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Education nationale : la terrifiante escalade de la violence à l’école

Deux actes de violence commis, la semaine dernière, dans deux collèges ont provoqué un fort émoi dans l’opinion. Le phénomène va grandissant, mais, faute d’études sérieuses, il reste méconnu et, donc, difficile à endiguer.

Un collégien qui poignarde son enseignante dans le dos avec une lame de 16 centimètres, une autre qui blesse au cou son camarade de classe avec un objet contondant : deux faits divers sanglants qui ont défrayé la chronique la semaine dernière.

On est encore loin des fusillades qui se déroulent de manière récurrente aux Etats-Unis où des adolescents armés de fusils commettent des carnages dans leurs écoles. En Algérie, les armes à feu ne sont pas, certes, en vente libre mais les armes blanches sont souvent utilisées dans les bagarres et les agressions. Il n’est pas rare que des élèves du primaire et du secondaire les transportent dans leur cartable pour se défendre le cas échéant ou pour contraindre leurs congénères à se soumettre à leur loi. La violence gagne ainsi l’institution censée éduquer les jeunes et les préparer à une vie épanouie en société.

L’attaque subie par l’institutrice de Batna, qui est la première du genre, inaugure une nouvelle forme de brutalité. Il est vrai que les maîtres et les professeurs font souvent face à des insultes, des brimades et, parfois, à des voies de faits. Cependant, aucune attaque préméditée avec intention de donner la mort n’a été commise contre un éducateur dans l’exercice de ses fonctions. Cela renseigne sur l’image du corps enseignant dans les représentations de la jeune génération.

Le phénomène est plus répandu dans le cycle moyen

En 2020, deux universitaires de Béjaïa ont publié dans la Revue des sciences humaines de l’université d’Oum El Bouaghi un article consacré à la «violence en milieu scolaire en Algérie» à l’issue d’une recherche sur le sujet. Ils concluent que c’est dans le Moyen que le phénomène est le plus répandu. C’est aussi durant ce cycle que les relations sont les plus conflictuelles entre les élèves et les enseignants. «Les actes de violence peuvent, en outre, être posés au sein de l’école comme en dehors de ces structures», soutient l’étude.

Quant à l’origine de ce fléau, les auteurs retiennent un faisceau de causes à commencer par les résidus psychologiques liés à la «décennie noire» qui auraient profondément déstructuré les valeurs anciennes de la société.

Ils citent aussi l’agressivité caractéristique au stade de l’adolescence en raison d’une crise de développement biologique et psychique. Ainsi, avancent-ils, «les enfants dont l’émotivité est plus intense et qui font preuve de peu de contrôle de soi, comme c’est le cas pour les enfants ayant un tempérament difficile, vont exprimer plus facilement leur colère par l’agressivité».

L’autre facteur qui conduit à ces comportements puise sa sève dans les conditions socio-économiques. «Les actes de violence à l’école ne peuvent absolument pas être des actes isolés à ce qui se passe à la maison, dans les rues, les stades, les terrains de sport et autres lieux publics», affirment les chercheurs. «Certainement, cette violence vécue quotidiennement par les jeunes enfants va être transmise à l’école sous l’effet de plusieurs facteurs sociaux et économiques». Elle est, de surcroît, contagieuse puisque l’enfant à cet âge est fortement influençable par ses pairs. L’autre élément catalyseur réside dans «la qualité de la relation des adolescents avec leurs parents».

En outre, «lorsque l’institution scolaire ne joue pas son rôle fondamental de protecteur, les élèves deviennent eux-mêmes des auteurs de la violence par l’imitation de comportements et actes violents». Autrement dit, «le climat régnant dans l’école, la taille de l’école, le type d’enseignement donné, l’attention spécifique pour l’accompagnement des élèves, la composition multiculturelle, les organes de participation» constituent des déclencheurs du passage à l’acte. Les médias et les réseaux sociaux rapportent souvent les conditions difficiles dans lesquelles se déroulent les cours dans plusieurs établissements, particulièrement en hiver, faute de chauffage et de transport.  

L’école algérienne est, d’autre part, le théâtre d’un bras de fer permanent entre les employés et la tutelle, ce qui donne lieu à des grèves à répétitions et des perturbations des programmes. Les élèves sont pris dans cet étau qu’ils ne contrôlent pas mais qui affecte leur développement cognitif et mental.  

En état de cause, l’ambiance générale du pays, le cumul des frustrations, la pression sociale, le sentiment d’échec en plus de la consommation grandissante des jeux vidéo violents ainsi que les psychotropes favorisent les attitudes déviantes. L’école n’est, un mot, que le reflet de la société.

Mohamed Badaoui 

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