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Après 108 semaines de son déclenchement : le Hirak semble irrécupérable

Ils étaient encore une fois des milliers à marcher dans les rues du pays pour réclamer le changement radical du système de gouvernement. Comme d’habitude, les manifestations étaient fermement encadrées par un grand dispositif policier. A Alger, les protestataires étaient moins nombreux que lors de la semaine dernière, mais le mouvement qui les animait était particulièrement intense.

Tout au long de la rue Didouche Mourad, la foule était nombreuse et l’énergie des manifestants à son comble. Le seuil des revendications est, lui aussi, monté d’un cran dans l’échelle de la radicalité. Les slogans se sont concentrés sur l’armée, sans qu’elle ne soit prise à partie en tant qu’institution, et sur les forces de sécurité.

Ce crescendo n’émanait pas d’un groupe défini ou d’un courant mais de tous les participants à la démonstration. Il était donc illusoire de chercher dans ce magma hétéroclite des militants de tel parti, telle mouvance ou officine.

Une voix entonne un chant ou un mot d’ordre pour qu’il soit instantanément repris par les dizaines de personnes, différenciées par les vêtements, le comportement et même l’origine, qui l’entourent. Il arrive même que la rumeur se déplace vers l’avant ou vers l’arrière comme une traînée de poudre.

Des informations diffusées sur les réseaux sociaux et par certains médias ont fait état ces derniers jours d’emprise du mouvement islamiste Rachad sur le Hirak. Mais ce pouvoir n’était nulle part visible dans les rues d’Alger. Il est vrai que plusieurs manifestants étaient habillés (kamis, barbe, hidjab, nikab) de manière à laisser suggérer qu’il s’agissait de militants islamistes mais ils étaient fondus dans une population bigarrée et affichant des atours occidentaux. Comme lors des marches de 2019, toutes les catégories étaient mélangées et aucune ne semblait prendre le dessus sur l’autre. Les slogans imprimés ou scandés ne contenaient, eux non plus, aucune charge idéologique permettant de savoir les croyances de ceux qui les exhibaient.

En fait, la structure du Hirak empêche les parties de s’imposer à tout le mouvement. Celui-ci a créé, dès son apparition, une culture dans laquelle les groupes et les individus se dissolvent. Et même si on peut l’infiltrer ou même manipuler pour un instant un de ses compartiments, le flux finit toujours par se rééquilibrer.

Une image résume l’état de conscience qui règne au sein de ce chaudron. Au volant d’un Fiat Cinquecento flambant neuf, un jeune a voulu monter la rue Didouche en dépit de la masse qui l’entravait. Voyant qu’il n’avançait pas, il s’est mis alors à faire ronfler son moteur et à klaxonner. Il a même fait mine un moment de foncer dans le tas. Un cercle s’est aussitôt formé autour de sa voiture pour le tancer dans un premier temps puis, sourire au visage, des intervenants lui ont demandé gentiment de se calmer avant de lui ouvrir un passage. Il a ainsi pu progresser jusqu’à la haie de policiers qui fermait la route au niveau du cinéma l’Algéria. Là, il s’est arrêté et a fait marche-arrière avec l’aide, encore une fois, des manifestants.

Les forces de l’ordre semblent, elles aussi, avoir changé de stratégie. Elles agissent maintenant un peu comme un boa constrictor. De semaine en semaine, leur dispositif s’allège à certains endroits mais gagne quelques mètres sur la longueur. Ainsi, les éléments anti-émeutes qui bouclaient la rue Didouche Mourad au coin du boulevard Victor Hugo sont descendus, hier, une vingtaine de mètres plus bas. Ils ont également interdit le rassemblement des manifestants sur les escaliers jouxtant l’école Barberousse près la Faculté centrale où les jeunes avaient l’habitude de festoyer à coup de tambours et de trompettes. La bataille des positions semble donc commencer.

Mohamed Badaoui

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