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Madrid préfère ses intérêts à ses valeurs : La leçon espagnole

La récente volte-face espagnole sur la question sahraouie a plongé l’opinion publique algérienne dans la perplexité comme la réaction occidentale sur la guerre en Ukraine a profondément troublé les pays du Tiers-Monde qui aspirent à la liberté et la démocratie.    

Avec le revirement aussi intempestif qu’injuste de l’Espagne sur la question sahraouie, les Algériens découvrent que les démocraties occidentales interprètent, souvent, les lois internationales en fonction de leurs intérêts du moment. Madrid a, en effet, liquidé du revers de la main la lutte vieille de cinquante d’un peuple qui aspire à exprimer son droit à l’autodétermination. Colonisés par l’Espagne, puis par le Maroc, les habitants du Sahara occidental ont patienté pendant des décennies avançant, pacifiquement, leurs revendications de vivre libres sur leur terre. Une cause qui a reçu l’assentiment de l’Organisation des Nations Unies et de l’Union africaine ainsi que de nombreux pays à travers le monde. L’Espagne était, hier encore, favorable à «une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidentale», tel que préconisé par l’Onu.

 Il a suffi d’un chantage à l’immigration clandestine organisée par le royaume marocain pour faire peur à la démocratie européenne et la pousser à piétiner un principe de gouvernement. Il s’agit là d’un impair sans précédent commis non seulement contre la République arabe sahraouie mais aussi contre toute la région du Maghreb. C’est, d’un autre côté, un appel d’air pour des opérations similaires qui, semble-t-il, en méditant la réaction ibérique, constituent un moyen efficace pour atteindre ses fins.

La Turquie a maintes fois menacé de lâcher sur le vieux continent les réfugiés syriens qu’elle accueille sur son sol si l’Union européenne n’assouplissait pas ses positions sur certaines questions et elle a eu gain de cause. D’ailleurs, elle suspend jusqu’à présent cette épée de Damoclès sur la tête des Européens.

Aujourd’hui, c’est la Russie qui brandit la menace de faire exploser la planète, s’il le faut, pour dissuader les armées occidentales de s’approcher de ses frontières. Elle fait, en outre, planer le doute sur la fermeture du robinet du gaz, du pétrole et l’arrêt des approvisionnements en d’autres matières premières dans le cas où ses adversaires persistent dans leur volonté de la punir juste parce qu’elle réclame le droit de vivre en paix.

De Washington, à Paris, de Londres à Rome, les discours propagandistes ont remplacé les leçons d’ordinaire administrées aux pays du Tiers-Monde pour telle ou telle vétille. Ni les Irakiens, ni les Syriens, ni les Libyens et encore moins les Yéménites n’ont eu droit à la reconnaissance de leur souffrance qui dure depuis de nombreuses années. Ces pays ont été pourtant détruits, d’une façon ou d’une autre, par l’ordre qui domine le monde depuis la chute du mur de Berlin. Même les Ukrainiens servent aujourd’hui de chair à canon pour défendre la sécurité et le confort de l’Europe occidentale qui a décidé de rester au chaud, loin de la ligne de front, se contentant d’envoyer des armes aux habitants de l’ex-Petite Russie, de la nourriture ou d’accueillir les rescapés qui la fuient en privilégiant les blonds aux yeux blonds.

Il est difficile de ne pas remarquer le deux poids deux mesures, les doubles standards, que cette guerre a mis en évidence. Les peuples qu’on qualifie d’habitude de sous-développés béniraient ainsi les dictateurs qui les gouvernent en assistant à l’ouverture, grandeur nature, de cette page d’histoire.

En Algérie, l’opinion suit avec acuité le déroulement de ce scénario inédit où l’Occident se met à piétiner, en vociférant, les valeurs qu’il veut imposer dans le monde souvent par les armes et les intrigues. Dans le cas de l’Espagne, le citoyen lambda, même celui qui n’est pas concerné par le conflit entre le Maroc et la Rasd, a été estomaqué par la position du gouvernement de Pedro Sanchez.  Celui-ci a avoué une sorte de lâcheté en défendant une relation «plus solide» avec le Maroc qui, a-t-il dit, est un allié «stratégique» dans la lutte contre l’immigration illégale. C’est une démonstration éclatante du principe machiavélique qui veut que la fin justifie toujours le moyen.

Ali Younsi-Massi

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