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Le 5 octobre 1988 : une date lourde de conséquences

Les natifs de ce jour-là ont aujourd’hui 35 ans. Leur vie a été marquée par des événements colossaux dont une décennie tragique. Arrivés à un âge décisif, beaucoup d’entre eux rêvent d’un meilleur destin.  

Les Algériens qui fêtent aujourd’hui leur trente-cinquième anniversaire ne souviennent certainement pas que leurs premiers vagissements ont été amplifiés par des cris de colère poussés par des millions de gorges dans la rue.

Le 5 octobre 1988, l’Algérie connaissait sa première émeute populaire depuis l’indépendance. Longtemps muselée par un système politique qui n’acceptait pas la moindre contestation, la population est sortie en masse réclamer plus de liberté, plus de justice et de meilleures conditions de vie.

Jeunes et vieux se sont soulevés dans le désordre pour détruire tout ce qu’ils considéraient être des symboles du pouvoir. Ces manifestations dont on ne connaît, jusqu’à aujourd’hui, que l’aspect extérieur étaient l’expression d’un réel ras-le-bol général et d’un malaise profond. Quelques semaines plus tôt, des rumeurs persistantes parcouraient la rue et faisaient état d’une explosion populaire prévue au début octobre.

Le discours virulent prononcé le 19 septembre le président de la République de l’époque a été le détonateur d’un mécontentement dévastateur. Feu Chadli Bendjedid a fustigé, ce jour-là, l’immobilisme du système de gouvernement et d’autres dysfonctionnements qui, selon lui, empêchaient l’Algérie d’avancer. Que le premier responsable du pays demande au peuple de défendre ses droits confirmait, sans l’ombre d’un doute, que quelque chose n’allait pas au sommet de l’Etat.

L’atmosphère était lourde comme en témoignait l’arrestation par les services de sécurité de plusieurs militants de mouvances politiques clandestines, en particulier de la gauche. A partir du 2 octobre, des troubles ont été signalés dans des établissements scolaires de l’est d’Alger. Les élèves des lycées Abane Ramdane, dans la commune d’El-Harrach, et des Eucalyptus, à Bourouba, ont investi l’espace public pour protester contre l’ordre établi.

Traînée de poudre

L’agitation a rapidement gagné, dans la nuit du 4 au 5 octobre, le quartier de Bab-El-Oued au centre pour s’étendre comme une trainée de poudre à tout le pays. Les émeutiers ont vandalisé plusieurs magasins, notamment les Souks El Fellah, ces centres de distribution alimentaire propriété de l’Etat que la population associait aux pénuries et au trafic qu’elle subissait. Des administrations ont également été saccagées, et des voitures d’entreprises publiques ou même privées ont été incendiées. Les manifestants s’en sont même pris à des commissariats, à des bâtiments régaliens et aux locaux du parti unique, le Front de libération nationale, qui cristallisait le courroux des frondeurs. Ceux-ci ont également érigé des barricades pour filtrer l’accès à certains quartiers par le biais de check-points improvisés.

La situation menaçait de se transformer en chaos. Le 6 octobre, Chadli Bendjedid a alors décrété l’état de siège et déployé un dispositif sécuritaire d’envergure pour éviter le pire. Appuyées par des unités de l’armée, la police et la gendarmerie ont reçu l’ordre d’intervenir avec force pour rétablir le calme. Une forte répression s’est ensuivie faisant des morts par centaines et des blessés par milliers. Le 10 octobre, au soir, le même Chadli est apparu à la télévision, les traits tirés, les yeux embués, parlant comme un père à sa famille prise de folie pour l’appeler à cesser le conflit. Il avait endossé la responsabilité de la gestion des troubles bien que, selon des témoins proches de lui à l’époque, il n’avait à aucun moment ordonné l’usage des armes à feu contre les manifestants. Plus tôt dans la journée, en effet, un groupe mené par le controversé Ali Belhadj a assailli le siège de la Direction générale de la sûreté nationale pour en découdre. La riposte des troupes en faction dans le périmètre de l’édifice a été sanglante : 159 morts dont un journaliste de l’APS, Sid-Ali Benmechiche qui couvrait la marche. Les «événements», comme on les a appelés un peu plus tard, ont cessé rapidement et demeurent jusqu’à aujourd’hui enveloppés d’un grand mystère, mais ont eu un fort impact sur l’histoire du pays.

«Vaccin»

Les natifs du 5 octobre 1988 avaient quatre ans quand une «décennie noire» a débuté et plongé le pays dans une gigantesque mare de sang. Ce n’est qu’à leur adolescence qu’ils ont pu reprendre une vie paisible. Le souvenir des massacres des années 1990 ont agi d’ailleurs comme un «vaccin» contre la violence politique, pour paraphraser feu Réda Malek, premier ministre au moment le plus chaud de la tragédie. L’auteur du célèbre slogan «la peur doit changer» a émis son diagnostic au déclenchement, en 2011, de ce qu’il convenu d’appeler «le printemps arabe» auquel les Algériens se sont abstenus de participer craignant de revivre le cauchemar dont ils venaient de se réveiller.

Huit ans plus tard, cependant, ils ont à nouveau pris d’assaut la rue, le 22 février 2019, mais en inventant cette fois un style inédit de revendication fait de chants, d’humour et de sourire qui a fini par avoir gain de cause. Le pouvoir de feu Abdelaziz Bouteflika a cédé sous cette pression et ouvert l’Algérie sur une nouvelle réalité.

Les personnes vont souffler leur 35 bougies attendent de voir se réaliser leurs aspirations : une vie décente et épanouie. D’autres, se démènent comme ils peuvent pour joindre les deux bouts en maudissant le destin. Une autre partie pour ne pas sombrer dans le désespoir rêve de partir à l’étranger pour déployer leur potentiel. Une dernière frange a totalement baissé les bras de désespoir pour se réfugier dans la noirceur et les paradis artificiels.

Mohamed Badaoui     

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