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Feux de forêts : l’incendiaire n’est pas toujours un pyromane

Le mot pyromane est souvent associé en Algérie à un feu de forêt. Or les incendies ne sont pas toujours le fait de ce type de personne qui souffre d’un trouble psychologique assez rare.

Les incendies qui ont touché le nord du pays en particulier qui ont endommagé le parc national d’El Kala et causé la mort de plusieurs personnes ont, une nouvelle fois, été attribués à des pyromanes. Or les études dans le monde entier démontrent que les départs de feu commis par des auteurs souffrant de ce trouble de la personnalité sont assez rares. Ces malades mentaux ne représentent d’ailleurs que 1% de la population et ne passent pas nécessairement à l’acte.  

Le pyromane, comme le kleptomane (voleur pathologique), ne réfléchit pas son acte mais obéit à une pulsion irrépressible. D’après une étude intitulée «Motifs des incendies de forêt en Algérie : analyse comparée des dires d’experts de la Protection Civile et des Forestiers par la méthode Delphi», il existe une confusion sur les origines des feux de forêt.

L’enquête publié en décembre 2014 dans la revue Vertigo ne laisse aucun doute sur le concept. La pyromanie, écrivent les chercheurs Ouahiba Meddour-Sahar, Rachid Meddour, Vittorio Leone et Arezki Derridj «est un trouble du comportement qui entraîne chez celui qui en est atteint une fascination extrême pour le feu. Dans les cas les plus graves, ce trouble se traduit par des pulsions qui poussent le patient à provoquer lui-même des incendies, sans aucun profit si ce n’est un soulagement psychique. Quelquefois, le mot pyromane est erronément employé comme synonyme d’incendiaire».

La différence consiste dans le fait que l’incendiaire a des motivations rationnelles, donc préméditées et condamnable par la loi. Il agit par vengeance, par désir de détruire, par jalousie ou par convoitise. Le pyromane recherche plutôt une jouissance, selon les experts. C’est une façon de guérir une blessure d’enfance car la majorité des personnes qu’on peut classer sous cette appellation ont subi une violence ou une maltraitance durant leur jeune âge. Le cas peut se retrouver également chez les individus privés d’affection et qui, par conséquent, présente une carence des capacités de communication des émotions.

Une autre étude menée en Australie par l’Institut australien de criminologie révèle que la majorité des départs de feu volontaires seraient d’ailleurs l’œuvre d’incendiaires.

L’étude algérienne retient, pour sa part, que dans 60 % incendies sont à l’origine involontaires ou accidentels. Il s’agit souvent de «jets de mégots, avec une fréquence de plus de 90 %, l’utilisation négligente des feux agricoles, le brûlage des chaumes en particulier (82,97 %) et les jeux d’enfants (65,30 %)».

Concernant les incendies volontaires, «les résultats mettent en évidence l’importance relative des feux allumés à partir des décharges sauvages (85,49 %), le renouvellement de l’herbe par les pasteurs (65,93 %) et la collecte de miel (65,30 %). Les résultats confirment l’absence des causes naturelles, qui sont très rares ou presque inconnues dans le pays (la foudre surtout)».

L’enquête foisonne de détails et de nuances, mais s’attarde peu sur la pyromanie considérée comme négligeable par rapport aux autres motifs qui, pour la plupart, ne naissent pas d’une volonté de nuire mais d’un mauvais usage du feu.

«Certaines motivations avec un rang modeste (6 à 8), comme les débris de verre et la pyromanie, à notre avis, sont influencés par la presse et les mass-médias. D’autre part, ces derniers reprennent de façon non critique certaines déclarations officielles, dans lesquelles la désinformation est évidente. Invoquer avec fatalisme l’action prédatrice des pyromanes ou l’action absolument improbable des tessons de bouteille dans la concentration des rayons solaires, c’est ne pas comprendre que les incendies sont un problème complexe d’ordre socio-économique, largement révélateurs d’enjeux économiques et de conflits pour la maîtrise de l’espace».

Les auteurs sont formels : les forêts de la zone qu’ils ont étudiée (en Kabylie) «sont dégradées par l’action d’une population riveraine à forte densité, contrainte à les exploiter de façon peu soutenable, dans des conditions incompatibles avec leur préservation».

Mourad Fergad

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