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Union européenne : la vue double de Bruxelles

Sous la direction d’Ursula von der Leyen, l’Union européenne modifie sa morale politique au gré des circonstances et devient de plus en plus va-t-en-guerre, piétinant souvent ses principes et ses valeurs.

La présidente de la Commission européenne est devenue ces dernières années une véritable VRP de la guerre. La nouvelle dame de fer est sur tous les fronts où des humains se massacrent à coups d’obus et de missiles. Une nostalgie probablement héritée de son poste de ministre de la Défense qu’elle a exercé de 2013 à 2019 au sein du gouvernement allemand.

Elle s’est évidemment déplacée cette semaine à Tel-Aviv pour assurer Benyamin Netanyahu de son indéfectible soutien. «Je suis arrivée en Israël avec la présidente du Parlement européen pour exprimer notre solidarité avec le peuple israélien après la terrible attaque terroriste du Hamas», a-t-elle écrit sur X (ex-Twitter).

Von der Leyen a, en revanche, gardé un silence de momie sur la liquidation de masse et l’ultimatum d’expulsion que subissent les civils palestiniens de Gaza. Cela fait plusieurs jours que l’armée israélienne bombarde intensivement l’enclave avec un arsenal qui aurait fait le poids dans une guerre mondiale.

La Commissaire européenne n’a probablement pas eu vent du communiqué d’Amnesty international à ce sujet, à l’instar de la grande majorité de la presse occidentale qui ne lui a pas réservé les manchettes. L’organisation de défense des droits humains a pourtant qualifié de «crime de guerre» les exactions de Tsahal contre les Palestiniens et fait état, vidéos et photos à l’appui, de son utilisation du phosphore blanc, interdit par le droit international dans les zones à forte population civile. Pas un mot, non plus, sur les milliers de morts et de blessés, dont des enfants et des femmes enceintes, ainsi que sur la privation d’eau, de nourriture, d’électricité et de médicaments appliquée sans pitié contre une population qui n’a pas où fuir.

Pour la galerie

On est loin de sa position sur l’Ukraine et de ses harangues répétées à l’armée de Volodymyr Zelenski pour poursuivre le combat perdu d’avance contre l’ours russe. Von der Leyen a également gardé une quasi neutralité sur la déportation de dizaines de milliers de chrétiens arméniens du haut Karabakh par l’Azerbaïdjan qui achète ses armes chez Israël. Pour la galerie, Von der Leyen a condamné «fermement» l’acte commis par Bakou puis a laissé les choses se faire. Avec la crise énergétique qui touche l’Europe de plein fouet, l’Azerbaïdjan est une bouée de sauvetage à ne surtout pas dégonfler.  

Aux yeux des habitants de ce qu’il est convenu d’appeler désormais «le Sud global», la position de l’UE paraît de plus en plus incohérente, voire paradoxale. Celle-ci s’est donnée pour principes à l’intérieur de ses frontières, la promotion de la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples. Elle se veut, selon son site officiel, «un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures» mais prend, cependant, «des mesures appropriées à ses frontières extérieures en matière d’asile, d’immigration et de prévention et de lutte contre la criminalité».  

 Ses objectifs «par-delà ses frontières» se résument à la promotion de «ses valeurs et ses intérêts». Elle se met ainsi au service de la paix et de la sécurité mondiales, œuvre pour le développement durable de la planète, contribue à la solidarité et au respect mutuel entre les peuples, etc..

Valeurs et vices

Ses valeurs sont la démocratie, bien sûr, la dignité humaine, les libertés individuelles, «telles que le respect de la vie privée et la liberté de pensée, de religion, de réunion, d’expression et d’information, sont protégées par la charte des droits fondamentaux de l’UE. La liste contient aussi l’égalité de tous les citoyens quels que soient leur sexe, orientation, croyances, devant la loi comme fondement à l’État de droit. Dans les faits, l’UE se mure derrière des valeurs de la civilisation occidentale, enrichies de nouvelles tendances portées par des minorités jadis, il est vrai, mises au ban des sociétés. Cette position est clairement exprimée et sans complexes par plusieurs médias, tribunes publiques et par des partis politiques. Les orateurs et les plumitifs de ces courants ne se cachent plus derrière des tournures alambiquées pour appeler au maintien de la suprématie de la civilisation blanche et judéo-chrétienne sur le reste de la création. Les sons discordants ou les avis opposés sont, quant à eux, étouffés, parfois interdits ou soupçonnés de tous les vices.    

Les peuples qui n’ont pas encore accédé au degré de développement, au niveau de culture, de prospérité et d’épanouissement atteint par l’Europe la prenait pour un modèle à suivre. Mais ces dernières années, le vieux continent est en train de montrer un visage moins attrayant et moins inspirant. Le sourire figé, si peu empathique, d’Ursula von der Leyen est la preuve que les principes ne valent rien en politique lorsque les intérêts sont en jeu.

Ali Younsi-Massi 

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