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Proche-Orient : le Hamas rebat les cartes

Le sidérant exploit militaire des Palestiniens de Gaza suscite autant de crainte que d’admiration dans le monde déjà éprouvé par la crise ukrainienne. Cette guerre entre deux forces disproportionnées est ouverte sur tous les possibles.

Au deuxième jour de l’incroyable percée palestinienne sur le territoire qu’Israël occupe depuis 1948, Tsahal fait face à une nouvelle forme de résistance qui semble avoir pris pour credo : la meilleure défense, c’est l’attaque.

Les combattants de la Brigade Azzedine al Qassam ont vraisemblablement décidé d’occasionner le plus grand dommage possible à leur ennemi pour briser sa réputation d’invincibilité, voire d’infaillibilité forgé par une propagande de six décennies.

Hier, les pertes israéliennes sont passées à plus de 700 morts, 2 000 blessés et 100 otages. Au même moment, côté palestinien, 370 personnes, dont 20 enfants, ont perdu la vie et 2000 autres ont été blessées. Il faut s’attendre, cependant, à un probable carnage à Gaza puisque Benyamin Netanyahou a menacé les habitants de l’enclave des pires représailles. Il va certainement mettre en pratique la devise du  général et chef d’état-major Moshé Dayan, appliquée à la lettre par les dirigeants sionistes : «Israël doit toujours apparaître comme un chien enragé, trop dangereux pour les autres».

Toutefois, les canines du pitbull ont été, cette fois-ci, sérieusement ébréchées par les commandos du Hamas. Ceux-ci ont choisi une date symbolique pour dire qu’avec des hommes légèrement équipés ils étaient capables d’accomplir ce que les armées de plusieurs pays arabes réunis n’ont pas pu accomplir en octobre 1973.

D’un autre point de vue, l’action du Hamas semble viser un but géopolitique plutôt que strictement militaire. En choisissant de passer à l’offensive et à porter des coups dans le territoire occupé par Israël, les stratèges de Gaza ont voulu brouiller les cartes à un niveau régional, voire planétaire. Première conséquence, ils ont ralenti la cadence de la volonté de l’Arabie saoudite de normaliser ses relations avec Tel-Aviv. Ils ont également mis dans un profond embarras les Etats qui, comme les Emirats arabes unis, Bahreïn, Oman et le Maroc, ont déjà sauté le pas.

Nouvelle donne

Le Hamas a, en outre, ravivé la flamme de la résistance dans le cœur des peuples arabes et musulmans qui, dans leur écrasante majorité, vivent comme une profonde humiliation l’occupation par Israël d’une terre qu’ils considèrent sainte.

Dans un autre registre, la nouvelle donne a déjà créé la première fissure au sein des Brics. L’Inde et le Brésil ont ferment condamné l’attaque, l’Iran l’a ouvertement soutenue, l’Arabie saoudite, plus perplexe sur l’attitude à adopter, a accusé «les forces d’occupation israéliennes» d’être à l’origine «d’une situation explosive», mais sans signer de blanc seing en faveur des Palestiniens. La Russie, plus prudente, s’est limitée à exprimer sa «plus grande préoccupation» et à appeler les deux parties à un «cessez-le-feu immédiat» et idem pour la Chine.

Les pays occidentaux se sont tous rangés, pour leur part, derrière l’Etat sioniste mais cette posture peut être interprétée par leur opinion comme contradictoire avec leur position sur la guerre en Ukraine.

Certains d’entre redoutent, par ailleurs, l’exportation du conflit sur leur sol. Le ministre de l’intérieur français, par exemple, a annoncé sur son compte sur X (anciennement Twitter) qu’il a tenu dimanche matin «une réunion de sécurité avec tous les services du ministère de l’intérieur, pour protéger nos compatriotes juifs contre toute menace».

L’autre retombée qui risque de compliquer la situation mondiale déjà profondément mise à mal par la guerre en Ukraine et des suites de la crise sanitaire, c’est le possible impact sur le marché des hydrocarbures dont les cours sont déjà assez hauts.

On se rappelle, en effet, que le premier choc pétrolier de l’histoire a eu lieu au lendemain de la guerre d’octobre 1973 et que le deuxième a suivi la révolution iranienne et la guerre entre Bagdad et Téhéran.

En conclusion, le Hamas qui est listé par les pays occidentaux comme une organisation terroriste a réussi en quelques heures à devenir un acteur géostratégique de premier plan. Quelle que soit la suite des événements qu’il vient de déclencher, il a déjà acquis la stature avec laquelle il sera incontournable dans les prochaines négociations sur le Proche-Orient.

Mohamed Badaoui 

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