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Pour tenter de résoudre pacifiquement la crise au Niger : Alger lance une offensive diplomatique sur la Cédéao

Résolument opposée à l’intervention militaire au Niger qu’envisage de lancer des pays de l’Ouest africain, l’Algérie dépêche Attaf dans trois de la région pour promouvoir l’idée d’une solution pacifique à cette crise.

Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a mis le cap, hier, sur le Nigeria, le Bénin et le Ghana, dans une tentative de désamorcer la crise au Niger et lui trouver une solution pacifique.

Les trois pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) sont partisans de l’intervention militaire dans le pays du Sahel. Ils espèrent ainsi déloger les putschistes du pouvoir –et éventuellement les punir- puis rétablir le président Mohamed Bazoum à son poste.

L’Algérie qui s’est déjà prononcée pour le retour à la légalité à Niamey a un autre point de vue sur l’issue militaire qu’elle considère comme une menace directe contre sa propre sécurité. C’est pourquoi, le président de la République a chargé Attaf d’aller à la hâte à Abuja, à Cotonou et à Accra pour crever l’abcès. Les concertations qu’il aura avec les dirigeants de ses pays porteront sur “la crise au Niger et les moyens de la prendre en charge, à travers la contribution à une solution politique qui évitera à ce pays et à la région tout entière les retombées d’une éventuelle escalade de la situation”, selon un communiqué des AE.

La Cédéao qui se dit privilégier le dialogue a également déclaré que la stratégie de l’opération militaire est déjà posée et les moyens pour l’exécuter sont fins prêts. On ne sait, cependant, pas s’il s’agira d’une invasion terrestre ou de frappes menées par des avions et des drones.

Certaines analyses ont même avancé l’idée que l’armée française pourrait participer d’une façon ou d’une autre à l’effort de guerre en assurant la logistique, la couverture aérienne et le renseignement. Mais Paris se défend de vouloir prendre part à une quelconque offensive contre le Niger même s’il a des centaines de soldats sur le terrain ainsi que des bases. La France se défend, toutefois, de vouloir être partie prenante d’une expédition armée contre le général Abdourrahmane Tiani et ses hommes se contentant d’appuyer, en coulisses, celle envisagée par la Cédéao.

«Gorge profonde»

C’est dans ce contexte qu’il faut mettre la révélation de la Radio nationale, diffusée lundi soir, sur le refus de l’Algérie d’autoriser le survol de son territoire par des avions militaires français en partance pour le Niger. La «gorge profonde» à l’origine de la divulgation qui a eu l’effet d’une bombe à Paris voulait apparemment ébruiter un plan secret et bien charpenté.

Une source dans l’état-major français a d’ailleurs démenti dès le lendemain l’information et a précisé qu’il n’y avait «absolument aucune velléité d’attaque contre le Niger». Elle a ajouté, d’autre part, qu’aucune demande de «clearance» pour un vol militaire n’a été déposée ces derniers jours par la France. Cette prompte réaction démontre, selon des observateurs, que le coup a été durement ressenti en France puisque l’article qui est toujours visible sur le site de la Radio algérienne recèle un fond de vérité. Citant des «sources confirmées», il annonce également que «l’intervention militaire serait imminente» et que tout le dispositif était «en place». La diplomatie algérienne a, pour sa part, gardé le silence sur la mise au point de l’armée française et n’a pas cru utile de la commenter.

Le départ précipité d’Ahmed Attaf au fief de la Cédéao peut, en quelque sorte, confirmer l’accélération des événements. Les services de renseignement algériens ont certainement eu vent des préparatifs et ont alerté le sommet de l’Etat qui a décidé d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

Reste maintenant à savoir si les leaders de la Cédéao vont prendre en considération les arguments de l’Algérie ou s’ils ont des intérêts que la guerre contre le Niger permet de réaliser.

En tout état de cause, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a averti dès le début de la crise qu’il «n’y aura aucune solution sans nous» du moment que «nous sommes les premiers concernés ». Il a également fait remarquer que le Mali et le Burkina Faso étaient «prêts à entrer dans la bataille» avant de prédire qu’en cas d’opération militaire, «tout le Sahel s’embrasera». 

Mohamed Badaoui

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