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Par Anouar El Andaloussi : 2023, Une année à oublier ; 2024, une année à appréhender.

L’année 2023 s’achève avec beaucoup de bruit, mauvais bruit ; tant au plan économique que géopolitique. Les deux sont interconnectés. Faut-il avoir peur de l’année 2024 ? Elle s’annonce difficile si l’on en juge par l’héritage qui lui sera transmis par l’année 2023.

Les points de rupture sont connus : la guerre en Ukraine, le génocide en Palestine, la crise énergétique et le changement climatique. Mais pas que. Les effets de la crise sanitaire Covid19 persistent encore.  Le ralentissement de la croissance en Chine impactera lourdement et négativement le redressement de l’économie mondiale. La Cop28, très attendue pour lancer les fondements de la nouvelle économie décartonnée, n’a rien apporté ni pour les défenseurs du point zéro (zéro émission de GES à l’horizon 2050) ni pour les producteurs et consommateurs des énergies fossiles. La recherche d’un compromis historique a neutralisé tout le monde. Au final peu d’investissement pour le fossile et moins d’engagement pour les ENR. Derrière ces résultats à minima, on trouve la Chine (plus grand pollueur par sa consommation effrénée du charbon et aussi premier importateur mondial de pétrole et de gaz), les USA, grands producteurs de gaz de schiste et aussi grands consommateurs. L’UE a voulu jouer la vedette en matière de promotion du renouvelable s’est retrouvée coincée dans une logique de grand payeur de fossiles à très haut coûts et grands investisseurs dans les ENR à coûts très élevés et donc au détriment de sa compétitivité.

L’année 2024 sera sans aucun doute l’année des recompositions géopolitiques et des reconfigurations des chaines de valeur mondiales. En effet, le ralentissement chinois est indéniable. Après vingt ans de croissance forte et ininterrompue, il était aussi attendu. « Il n’empêche qu’il intervient trop vite et trop fortement par rapport à la trajectoire anticipée tant par les autorités chinoises que par le reste du monde. »(Perspectives N°23/303 – 12 novembre 2023).  Ce ralentissement impacter fortement l’économie mondiale. Certains analystes font un parallèle entre le Japon de la fin des années 80 et la Chine d’aujourd’hui ; ils parlent de « Japonisation de l’économie Chinoise ». Le premier parallèle est celui du vieillissement de sa population et traverse une crise immobilière qui s’accompagne d’une spirale déflationniste. Mais la Chine dispose d’un complexe industriel et logistique unique dans le monde, ayant servi un modèle de croissance fondé sur le commerce extérieur et l’investissement en infrastructures. (Sophie WIEVIORKA in Perspectives).

Au plan des enjeux énergétiques, l’expert en énergie (Boussena, conférence du Club Energie, nov 2023) considère que « les deux crises, l’une sanitaire, le Covid-19 et l’autre géopolitique, le conflit Russie-Ukraine, ont sérieusement bousculé le monde de l’énergie. Si la première a mis le pétrole en exergue, le gaz naturel a été la vedette de la seconde… 2022 aura été l’année la plus perturbante de l’histoire du marché gazier international.

Certes, les enjeux gaziers sont secondaires au regard d’autres risques comme celui d’une possible conflagration conséquente aux conflits en cours ou d’une grave crise économique mondiale mais, en même temps, un exportateur principal de gaz naturel comme l’Algérie doit rester en veille stratégique pour ce qui concerne les développements possibles d’un marché qui le concerne au premier chef. »

Le conférencier note à juste titre que le marché gazier international est très sensible aux développements économiques et géopolitiques.

– D’abord la demande serait menacée en cas de ralentissement de l’économie mondiale, oud’une crise financière encore possible du fait des abus des politiques de facilités monétaires (QI)des pays occidentaux.

– Le risque de découplage économique Etats-Unis-Chine avec toutes ses conséquences, dont possiblement une « démondialisation » et une fragmentation des marchés.

– La « révolution » du schiste aux États-Unis et ses conséquences dans le monde.

– Le poids croissant de l’Asie et surtout de la Chine dans le marché gazier international.

– « L’agacement » croissant du Reste du Monde contre les « privilèges exorbitants » du dollar US.

In fine, les soubresauts de la géopolitique associés au ralentissement de l’économie chinoise vont reconfigurer l’économie mondiale qui ne se fera pas sans un coût pour l’ensemble des économies. Pour les unes, ce coût prendra le circuit de l’inflation, pour d’autres, celui de l’endettement et pour les plus vulnérables, une paupérisation. Tous ces phénomènes renforceront les politiques économiques souverainistes et la « démondialisation » ne fait plus peur à personne.

L’Algérie garde un atout majeur, celui d’exportateur gazier. En effet, le gaz et le nucléaire seront les énergies de la transition entre le pétrole et le charbon et les ENR (renouvelables). Mais attention, pour profiter de cet atout, faut-il mettre les moyens nécessaires en matière d’investissement et de mettre de l’ordre dans la consommation domestique. L’ajustement par les prix devient inévitable si l’on veut maintenir un rythme de développement économique et social face à des besoins d’une population en croissance. 

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