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La monnaie des BRICS : une question très complexe

Par Anouar El Andaloussi

Loin d’être seulement une question technique, la monnaie BRICS, ou du futur espace BRICS, pose de nombreux problèmes les uns d’ordre économique et financier et d’autres de nature politique et géopolitique et même de sécurité. Une monnaie comme étalon de mesure, d’échange et de réserve doit avoir plusieurs attributs et plusieurs caractéristiques dont les deux plus importantes, sont la puissance économique de l’émetteur (ou des émetteurs) et la confiance de ceux qui souhaitent en faire usage. Aujourd’hui toutes les monnaies sont circonscrites dans un espace institutionnel et géographique, celui d’un pays ; à l’exception de l’Euro qui est une monnaie qui couvre une grande zone géographique composée de plusieurs Etats souverains. Le dollar est la monnaie des USA et de certains petits pays qui ont adopté le dollar comme monnaie nationale. Le dollar est devenu monnaie dominante dans les échanges internationaux et monnaie de réserves grâce à plusieurs facteurs dont l’avantage accordé au dollar par les Accords de Bretton-Woods grâce à son indexation sur l’Or. La sortie de cette indexation en 1971 a été une décision exclusivement américaine (il s’agit de leur monnaie nationale) et le dollar est demeuré une monnaie internationale dans les échanges et les réserves ; parce que derrière le dollar, il y a une économie forte et même dominante et surtout une puissance militaire présente dans toutes les régions et les océans, ce qui a donné confiance (plus qu’à d’autres monnaies) aux usagers de cette monnaie sans qu’elle soit garantie par l’Or.  Dès 1971, plusieurs projets avaient pour ambition non seulement la limitation de l’hégémonie américaine, mais aussi une redistribution des revenus entre pays développés et pays sous- développés. Mais aucun de ces projets n’a abouti. L’Amérique a fait jouer sa puissance pour empêcher toute velléité dans ce domaine. Les intérêts des USA dans le système d’hégémonie du Dollar sont immenses. Kadhafi aussi a fait une tentative pour créer une monnaie africaine et une Banque pour contourner le Dollar et le système Bretton-Woods. On sait maintenant comment Kadhafi a fini son parcours et avec lui son projet.

Plusieurspropositions concernant un système nouveau de “monnaie marchandises” basé sur les principales matières premières ont été élaborées même avant 1971. Mais depuis cette date, la création d’une ” monnaie marchandises ” servant d’unité de réserve internationale est devenue une priorité pour beaucoup de pays ou d’espaces économiques, dont l’Europe encore organisée en CEE. L’Europe a mis plus de 30 ans pour lancer sa monnaie (Euro) après avoir organisé l’intégration économique et l’utilisation d’une unité de compte, l’ECU, qui n’est pas une monnaie.

S’il faut remplacer, ou du moins compléter les monnaies internationales existantes (Dollar et Euro, Yen, Franc suisse,…) c’est parce que tout système monétaire a besoin d’un pivot autour duquel les autres éléments vont se définir.

L’idée qui séduit serait celle de revenir à un étalon ou un gage concret de l’émission monétaire, ce ne serait pas l’Or, puisque cette marchandise n’a pas une vie réelle dans les économies, mais un groupe de marchandises qui ont cours dans la vie économique. Ces marchandises pourraient être une combinaison de matières premières (énergie, céréales, phosphates, métaux…). Dans tous les cas il faut une institution qui va gérer cette monnaie, car le système d’étalon marchandises sera difficile à réguler. En raison de la fluctuation des prix de ces marchandises, la valeur de la monnaie risque elle aussi d’être instable en permanence, ce qui n’est pas de nature à construire la confiance. Mais comme la part de chaque marchandise dans le panier sera relativement faible, le système peut fonctionner dans une certaine stabilité ; mais à charge pour l’institution qui sera chargée de la gestion de la monnaie commune de suivre et de corriger les paramètres de cette dernière en fonction de l’évolution des valeurs des marchandises étalon. 

Tout compte fait, le remplacement du Dollar par le Yuan ou par le Rouble ou par la Roupie semble ne pas être la démarche la plus rationnelle ou la plus viable. En effet, la volonté de sortir d’une monnaie hégémonique, le Dollar, pour tomber dans une autre, le Yuan le plus probable, ne sera pas du goût des promoteurs du nouveau système. La lutte de leadership entre la Chine et l’Inde et les différends historiques entre eux seront les principaux obstacles à la construction du nouveau système.

La Chine est plus favorable à élargir le Club BRCS que l’Inde, car pour la Chine, plus il y a de membres de moindre importance, plus son influence sera plus grande grâce à sa puissance économique et ainsi neutralisera l’Inde.

La dé-dollarisation n’est pas pour demain, mais l’initiative des BRICS de lancer le projet d’une nouvelle monnaie plus juste est une grande opportunité pour amorcer le dialogue pour un monde plus juste, multipolaire, moins violent et surtout plus durable.

Pour l’Algérie, l’adhésion aux BRICS est une opportunité aussi pour être confrontée à des enjeux économiques internationaux et sortir du face à face « Recettes des hydrocarbures/dépenses publiques ». La diversification de notre économie n’est pas un choix, mais une nécessité absolue et cette dernière ne peut passer que par la ré-industrialisation du pays. Les BRICS ce n’est pas un club de charité pour les plus faibles ou une instance qui compense les amitiés et les fidélités, mais un espace d’alliances, de coopération, de complémentarité et de compétition. L’admission de l’Algérie est un bon challenge qui va mettre notre économie face à d’autres économies émergentes, une façon de la mettre sous pression.

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