L’affaire, ouverte à l’automne 2024, a connu son épilogue judiciaire en Algérie. L’écrivain franco-algérien Kamel Daoud a été condamné à une peine de trois ans de prison ferme, assortie d’une amende de cinq millions de dinars, dans le cadre du dossier qui l’oppose à Saâda Arbane.
C’est l’auteur lui-même qui a rendu publique la décision, ce mercredi, via les réseaux sociaux. Le procès s’était tenu le 7 avril, tandis que le jugement a été prononcé la veille, mardi. Dans un message publié sur la plateforme X, il a indiqué avoir été condamné « à trois ans de prison ferme et à cinq millions de dinars d’amende », précisant que la décision s’appuie sur les dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.
Cette affaire intervient quelques mois seulement après la consécration littéraire de l’écrivain. En novembre 2024, Kamel Daoud s’était vu attribuer le prestigieux Prix Goncourt pour son roman Houris, une œuvre ancrée dans le contexte de la décennie noire qu’a traversée l’Algérie dans les années 1990.
Peu après cette distinction, une femme, Saâda Arbane, a estimé reconnaître dans le personnage principal du roman des éléments de sa propre histoire personnelle. Elle a alors engagé des poursuites judiciaires contre l’écrivain, l’accusant d’avoir utilisé son vécu sans son autorisation.
Selon la plaignante, des similitudes frappantes existent entre son parcours et celui d’Aube, protagoniste du roman. Enfant, elle aurait survécu à une tentative d’égorgement perpétrée par un groupe terroriste dans l’ouest du pays durant la décennie 1990, alors qu’elle n’avait que cinq ans. Elle affirme en conserver de lourdes séquelles physiques et psychologiques, notamment une cicatrice visible au niveau du cou.
Elle soutient également avoir confié les détails de ce traumatisme à une psychiatre qui la suivait, laquelle serait l’épouse de l’écrivain. Un élément central dans son accusation, qui alimente les soupçons d’appropriation de son histoire personnelle.
Le 21 novembre 2024, son avocate, Fatma-Zohra Benbrahem, avait annoncé lors d’une conférence de presse à Alger le dépôt de deux plaintes auprès du tribunal d’Oran : l’une au nom de Saâda Arbane, l’autre au nom de l’ensemble des victimes du terrorisme en Algérie.
De son côté, Kamel Daoud a toujours contesté les accusations portées contre lui. Il affirme que, hormis la blessure physique évoquée, aucun lien substantiel ne peut être établi entre le personnage fictif et la réalité vécue par la plaignante, évoquant une œuvre relevant de la création littéraire.
Par ailleurs, cette affaire dépasse le cadre national. L’écrivain fait également l’objet de poursuites en France, où une procédure judiciaire distincte a été engagée autour des mêmes faits, ouvrant ainsi un volet international à ce contentieux mêlant littérature, mémoire et justice.
R.N
LA NATION Quotidien National D'information