Une nouvelle étape dans le renforcement des relations bilatérales entre l’Algérie et le Tchad s’est ouverte mercredi avec l’accueil officiel, à l’aéroport international d’Alger, du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno par son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune. Cette visite d’État, hautement symbolique, s’inscrit dans une dynamique croissante de rapprochement entre les deux pays, portée par une volonté politique affirmée de hisser leur coopération à un niveau stratégique.
Une relation historique en pleine mutation
Les relations entre Alger et N’Djamena, historiquement fondées sur des liens de fraternité et de solidarité, connaissent ces dernières années un renouveau significatif. Les dirigeants des deux pays affichent une ambition commune : transformer cette proximité politique en un partenariat économique structuré et durable.
La visite du président tchadien intervient dans un contexte marqué par une multiplication des échanges de haut niveau, illustrant une détermination partagée à bâtir une coopération bilatérale exemplaire. Elle vient également consacrer une série d’initiatives concrètes visant à renforcer les liens dans des secteurs clés, notamment l’énergie, les infrastructures et le commerce.
Une coopération économique en expansion
Cette dynamique s’est notamment traduite par la participation de l’Algérie en tant qu’invitée d’honneur au Salon international des mines, des carrières et des hydrocarbures « SEMICA Tchad 2026 », organisé à N’Djamena en janvier dernier. Représentant le président Tebboune, le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, y avait réaffirmé l’engagement de l’Algérie à accompagner le Tchad dans la structuration de ses secteurs stratégiques.
Dans un message adressé à cette occasion, le chef de l’État algérien avait souligné la disponibilité de son pays à partager son expertise et à soutenir des projets concrets générateurs de croissance, dans le cadre du partenariat Sud-Sud. Cette approche s’inscrit dans une vision plus large visant à promouvoir l’intégration économique africaine.
Des accords structurants dans les hydrocarbures
La coopération entre les deux pays a franchi un cap supplémentaire avec la signature, en janvier à N’Djamena, de trois accords majeurs dans le domaine des hydrocarbures. Ces accords couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’exploration à la commercialisation, tout en incluant un volet important consacré à la formation et au développement des compétences.
Ils traduisent la volonté des deux États de bâtir un partenariat équilibré, fondé sur le transfert de savoir-faire et le renforcement des capacités humaines, éléments essentiels pour assurer un développement durable.
Connectivité et intégration régionale
Au-delà du secteur énergétique, l’amélioration des connexions entre les deux pays constitue un axe stratégique majeur. Le lancement, en octobre dernier, d’une liaison aérienne directe entre Alger et N’Djamena illustre cette orientation. Cette ligne, qui connaît un succès croissant, contribue à faciliter les échanges économiques et humains.
Dans le même esprit, les deux pays misent sur des projets structurants d’envergure continentale, tels que la route transsaharienne et la dorsale de fibre optique associée. Ces infrastructures sont appelées à devenir un véritable corridor économique, favorisant le désenclavement des régions sahélo-sahariennes et stimulant le commerce intra-africain.
Cette vision s’inscrit dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine, considérée comme un levier essentiel pour renforcer les échanges et les investissements entre pays africains.
Une convergence politique et sécuritaire
Sur le plan politique, Alger et N’Djamena affichent une convergence notable sur les grandes questions régionales et internationales. Les deux pays partagent une même approche fondée sur le respect de la souveraineté des États, le rejet des ingérences étrangères et la promotion de la stabilité régionale.
Cette coordination est particulièrement importante dans un contexte marqué par les défis sécuritaires dans la région du Sahel, notamment la montée du الإرهاب et des trafics transnationaux. Les deux capitales entendent ainsi renforcer leur coopération pour faire face à ces menaces communes.
Une volonté politique affirmée
Lors de la 4e session de la Commission mixte algéro-tchadienne, tenue récemment à Alger, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a souligné que les relations entre les deux pays étaient en passe d’entrer dans une nouvelle phase « tant par leur qualité que par leur profondeur ».
Il a mis en avant trois priorités majeures : intensifier les échanges économiques, accélérer les projets d’infrastructures et renforcer la concertation politique face aux défis communs. Il a également insisté sur l’importance de traduire la volonté des chefs d’État en projets concrets sur le terrain.
Une coopération multidimensionnelle
Les perspectives de coopération ne se limitent pas aux secteurs économiques. Elles englobent également des domaines essentiels tels que la santé, l’enseignement supérieur, la formation professionnelle et les affaires religieuses. L’Algérie accueille déjà de nombreux étudiants tchadiens dans ses universités, contribuant ainsi au renforcement des liens humains entre les deux nations.
De son côté, le ministre tchadien des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul, a souligné que la relation entre les deux pays devait évoluer vers un partenariat stratégique capable de produire de la valeur et de répondre aux défis contemporains.
Vers un partenariat stratégique durable
Pour N’Djamena, cette coopération ne peut plus se limiter à une solidarité historique. Elle doit désormais s’appuyer sur des complémentarités économiques réelles et contribuer à renforcer la résilience face aux chocs extérieurs.
Dans un contexte international en mutation, où l’Afrique cherche à affirmer sa place, le rapprochement entre l’Algérie et le Tchad apparaît comme un exemple de coopération Sud-Sud ambitieuse et pragmatique.
La visite d’État du président tchadien à Alger pourrait ainsi marquer un tournant décisif, en donnant une nouvelle impulsion à une relation appelée à jouer un rôle croissant dans la stabilité et le développement de la région sahélo-saharienne.
Synthèse : Sid Ali
LA NATION Quotidien National D'information