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Les enjeux miniers en Afrique : partir seul ou en groupe

Un proverbe africain célèbre dit : « si tu veux aller vite, pars seul. Si tu veux aller loin, partons ensemble. » Il résume bien la situation actuelle de l’Afrique face aux prédateurs de tout bord, de l’Est ou de l’Ouest ou même parfois du Sud. Les ressources naturelles s’épuisent tendanciellement, parfois très vite, parfois plus lentement. Il est arrivé le tour des hydrocarbures fossiles, qui malgré les avancées technologiques, les projections des grandes études géologiques annoncent, au moins, une réduction des découvertes et les réserves disponibles ont largement été exploitées. De nouvelles réserves sont cependant découvertes, mais souvent dans des conditions d’exploitation extrêmement complexes et surtout économiquement coûteuses ; c’est le cas notamment des hydrocarbures de schiste ou des réserves en Offshore. Les hydrocarbures ont marqué l’histoire du développement des pays qui en sont dotés. Certains, peu nombreux, ont tiré profit de cette manne providentielle en la transformant en développement économique durable, beaucoup d’autres ont au contraire « consommé » cette ressource par une extraction massive et une exportation à l’état brut sans valorisation locale ; ce qui a créé une dépendance chronique au marché mondiale des hydrocarbures, car leurs budgets en dépendent lourdement. Chaque « trébuchement » des prix mondiaux fait « toussailler » les budgets publics.  D’aucuns diraient que les ressources minières viennent succéder aux hydrocarbures pour remplir la même fonction : couvrir toutes les failles et les mauvais choix en matière économique ; financer la consommation pas le développement.  Ce qui était une providence, est devenu une malédiction pour certains pays. EN effet, l’extraction cette ressource et sa valorisation sur les marchés internationaux garantissait un standing de vie sans effort. Plus grave, elle pervertit toute la société entre la corruption, l’économie informelle et l’aversion pour l’effort et la compétitivité. L’une de manifestation de cette malédiction des ressources est le phénomène économique dit du « syndrome hollandais » ou Dutch Disease. Doit-on reproduire en Afrique ce schéma avec les ressources minières ? Les dirigeants africains doivent méditer sur cette situation pour que leur intelligence ne les autorise pas à « rater » encore une fois leur décollage économique en valorisant les ressources naturelles autrement que par des exportations de matières brutes et l’encaissement d’une rente monétaire.

Les enjeux miniers en Afrique posent une question simple : exploite-t-on pour extraire ou pour construire ? Cette réflexion interroge les conditions du « marchons ensemble » : partage de la rente, transferts de compétence, transformation locale et responsabilité post-extraction.

Surtout ne pas répéter les mêmes schémas des hydrocarbures qui ont conduit à la « Malédiction des ressources naturelles » : une extraversion de l’économie par les importations des produits manufacturés et la dépendance chronique aux prix des matières premières sur les marchés internationaux.  Alors que la valorisation locale des ressources naturelles aurait laissé plus de traces dans l’économie nationale en termes de développement économique et social et surtout de capacités compétitives.

L’Afrique concentre 30% des réserves minières mondiales mais ne capte que 10% de la valeur ajoutée. Entre l’urgence d’extraire pour financer le développement et l’impératif de transformer pour industrialiser, l’arbitrage est souvent rendu difficile ; non pas parce que les termes de l’équation ne sont pas connus, mais parce que les décideurs ont une préférence pour le court terme, l’urgence, l’immédiat, le flambant neuf mais sans relief.

La valorisation locale des ressources minières n’est pas facile ; faut-il avoir des industries locales de transformation. Mais l’Afrique peut organiser ses chaines de valeur continentales ou régionales pour rendre compétitif les produits africains sur les marchés mondiaux.

La géo-économie minière de l’Afrique se joue dans ce choix : exporter vite ou construire loin. Cette approche évalue les leviers fiscaux, logistiques et diplomatiques permettant de passer de la rente brute au corridor d’échange, de partenariat et de croissance.

La voie de l’intégration prônée par les discours de l’UA et formalisée par la ZLECAf ne doit pas rester au stade des voeux.  Le Cobalt de la RDC, le fer de l’Algérie et de la Mauritanie ou de la Guinée, forment une carte minière d’avenir et ils doivent « voyager » entre les différents pays africains. La vitesse d’extraction a structuré des économies d’enclave ; la distance du développement exige désormais des infrastructures partagées, des marchés régionaux et une négociation collective des contrats avec les autres pays. Il y a lieu de cartographier les flux possibles, les dépendances et les marges de souveraineté des Etats producteurs à l’horizon 2050. La valorisation locale (nationale ou continentale) est le principal défi pour les pays détenteurs de ces richesses.

Lithium, terres rares, platine ce sont les minerais critiques qui redessinent à l’avenir les alliances entre producteurs de matières premières et intégrateurs dans les nouvelles technologies. Face à la compétition USA-Chine-UE, pour sécuriser l’amont des batteries et de la transition énergétiques, les pays africains détenteurs font face à un arbitrage géoéconomique : Monétiser vite les gisements ou négocier loin en consortium, en ZLECAF, en Cartels. S’organiser en consortium donne plus de pouvoir de négociation. Les Etats africains n’ont pas encore atteint le niveau de conscience collective pour imaginer un avenir commun.  Ils sont encore, pour une majorité, satellisés à des Etats « protecteurs ou affiliés » à des anciens empires.   C’est ici que se jouent la légitimité, la pertinence, l’utilité, l’intérêt, … d’une Union continentale.

M.C BELMIHOUB 

Professeur d’Économie et de management stratégique 

Ancien Ministre 

 

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