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Situation sociopolitique : mangez moins et payez plus cher !

Des voix s’élèvent, de plus en plus, pour appeler l’Etat à revoir sa politique de soutien aux prix des produits alimentaires de base et à instaurer une sorte de rationnement de la nourriture destinée à la population.

C’est une preuve que les finances de l’Etat s’amenuisent résolument tandis qu’aucune solution n’est en vue pour renflouer ses caisses. La préparation des esprits a donc commencé afin de justifier d’éventuelles coupes budgétaires à des endroits où le bât blesse déjà.

Tout porte à croire que les pouvoirs publics ont délégué à des communicants le soin de convaincre la population, avec des mots savants pesés au gramme près, d’accepter la restriction de leurs besoins de base et même payer plus cher ce qu’elle reçoit.

Le Conseil national économique, social et environnemental (CNESE) a ainsi organisé une journée d’études « sur la rationalisation de la consommation » des produits de première nécessité dont l’eau, le lait et le pain. Ce changement de mode de vie permettra, selon CNESE, de préserver les ressources financières et naturelles du pays en cette période économique difficile.

Les intervenants à cette rencontre ont recommandé l’adoption de mesures « efficaces et rapides » pour freiner « le phénomène de gaspillage et de surconsommation » qui, ont-ils estimé, « s’accroît à un rythme effréné ».

Présent à ce symposium, le secrétaire général de l’Union générale des commerçants et artisans algériens, Hazab Ben Chahra, est allé jusqu’à proposer « la criminalisation du gaspillage ». Il faut, a-t-il requis, « préserver les droits des générations montantes » à travers la mise en place d’une « charte commune devant consacrer la culture de consommation et de rationalisation pour assurer un développement durable continu ».

« Une affaire morale »

Pour sa part, le président de la Fédération nationale des boulangers, Youcef Kalafat, a indiqué que la cause du gaspillage du pain n’était pas seulement la subvention de l’Etat. Il a pointé du doigt la moralité des citoyens qui, d’après lui, jettent à la poubelle presque 10 millions de baguettes, soit 20% des 50 millions enfournées par les 8500 boulangers du pays.

Le théologien Djamel Abou Abdessalam a lui aussi estimé que la modération est une « une affaire morale » et que « l’avidité » à des « conséquences désastreuses sur l’attitude et la santé du citoyen ».

La santé est également un argument mis en avant par Aïssa Abdelguerfi, professeur à l’Ecole nationale supérieure d’Agronomie. Selon lui, la consommation excessive de certaines matières alimentaires comme le sucre et le sel constitue un danger pour la santé. Ces produits, de surcroît, importés sont, a-t-il rappelé, à l’origine de la propagation des maladies, comme le cancer, le diabète et l’hypertension artérielle qui viennent en tête des maladies les plus répandues dans le pays.

Abondant dans le même sens, le président de l’Association algérienne de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement, Mustapha Zebdi, a mis en exergue la nécessité de « changer certains comportements de consommation tant par les familles que par les institutions qui sont considérées ». Il a précisé que les universités, les écoles et les hôpitaux étaient parmi les grands gaspilleurs.

Rédha Tir, le président du (CNESE), a affirmé, quant à lui, que l’Etat supporte 60 et 70% du prix réel de la plupart des articles subventionnés. Il a indiqué que les matières les plus gaspillées étaient le pain, l’eau potable, l’électricité et l’essence. Tir a préconisé que les milliards de dollars consentis par le Trésor public pour le soutien du prix de ces denrées soient transférés à d’autres secteurs stratégiques, tels que la santé, l’éducation et l’enseignement.

Parfaite unanimité

Voilà donc une parfaite unanimité qui augure d’un serrage de vis supplémentaire de la dépense publique. Les Algériens doivent s’attendre à devenir encore plus pauvres dans les prochains mois, les prochaines années. Ils paieront leurs aliments plus chers sans voir leurs salaires ou leurs pensions augmenter au même rythme que les prix.

La question des subventions est une relique du système prétendument socialiste instauré par Houari Boumediene. Le débat sur le maintien ou la suppression de ce filet social revient à chaque crise. Cela prouve la fragilité de l’édifice économique algérien qui a de tout temps préféré assister la population que de lui donner les moyens de produire sa richesse.

Il y a près d’une trentaine d’années, feu Bélaïd Abdeslam, alors premier ministre avait préconisé « l’économie de guerre » pour faire face à la situation désastreuse que traversait le pays. Il était pourtant, quand il présidait aux destinées de l’industrie, l’architecte du modèle économique budgétivore créé dans les années 1970 et ayant abouti aux résultats observés aujourd’hui.

En 2021, et après que l’Algérie a engrangé des centaines de milliards de dollars, dont la plus grande partie a été gaspillée, voilà que l’on se rabat une nouvelle fois sur la miche du pain pour espérer combler le déficit du budget.

Si la situation politique de l’Algérie était au beau fixe, une réforme financière pour revoir les transferts sociaux n’aurait eu aucune conséquence sérieuse. Mais, depuis 2019, la scène est en effervescence ; un rien peut la faire déborder.

De plus, la relation entre gouvernants et gouvernés est caractérisée par la perte de confiance. Comment dans ce cas le pouvoir s’y prendra-t-il pour faire avaler au peuple la pilule amère de la fin des subventions alors que toutes ses décisions sont suspectées et, parfois, contrecarrées.

Ce mois de ramadan est un banc d’essai pour connaître jusqu’où la patience, la sobriété et la résilience des Algériens peut aller. Une chorba et des plats sans viande, une table sans boureks, sans « l’ham hlou (viande sucré) » sans pruneaux, sans abricots séchés et sans amandes, peut mettre les nerfs des jeûneurs à rude épreuve. Si en plus de cela on leur annonce qu’ils mangent trop et qu’il leur faudra réduire les portions, la moutarde pourrait vite monter.

Mohamed Badaoui

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