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Par Anouar El Andaloussi : l’économie mondiale à l’épreuve de la géopolitique.

Par Anouar El Andaloussi

Jamais la géopolitique n’a été aussi présente dans la vie des Nations et dans l’économie mondiale. Les enjeux énergétiques et alimentaires sont les plus visibles, mais tous les autres secteurs et phénomènes économiques sont liés directement ou indirectement aux enjeux géopolitiques. Ce n’est pas nouveau me dira-t-on. Mais la fréquence des crises et leurs impacts sont une nouveauté. 

« Il y a peu de générations qui n’aient eu l’impression de vivre une “crise” ou même d’être à un “tournant”. Depuis le XVIe siècle, ce que l’on trouverait difficilement, c’est une génération qui ait cru vivre dans une période stabilisée », (Raymond Aron.)

D’ailleurs, la sémantique s’est enrichie de nouvelles notions pour caractériser la permanence des crises ; ainsi, la « permacrise » proposée en 2023 par le dictionnaire britannique de référence Collins, ou la « polycrise » (Edgar Morin) qui est devenue récurrente chez les organisateurs du Forum de Davos.

Au plan politique, on assiste au retour du populisme, du souverainisme et même le nationalisme le plus radical. La dernière crise sanitaire a propulsé ces « idéologies » dans la sphère économique. Ainsi on est passé, par exemple de la sécurité alimentaire à la souveraineté alimentaire ; de l’éclatement international des chaines de valeur (CVM) à la récupération territoriale des segments-clés de ces dernières (semences dans l’agriculture par ex). 

Les crises ne sont pas seulement géopolitiques, il y a celles qui sont de nature climatiques, sanitaires ou même financières, mais leurs impacts deviennent rapidement internationaux et géopolitiques

Ces crises s’enchevêtrent et sont interdépendantes : la question climatique est inséparable de nos choix énergétiques, qui ont été mis à rude épreuve par la guerre en Ukraine ; la crise sanitaire, outre ses effets dévastateurs sur les économies, a aiguisé les tensions géopolitiques entre l’Occident et la Chine.

La libéralisation des échanges, principe fondateur de la mondialisation, est désormais perçue comme un mal. Elle détruirait les emplois et accentuerait les inégalités. Elle créerait des dépendances anormales pour les pays occidentaux, comme on le voit en temps de crise dans le domaine des terres rares ou des semi-conducteurs, de la santé, ou du gaz, mais aussi pour leurs adversaires, qui se trouvent exposés aux sanctions (Iran). Sans compter les excès de la finance dont on a vu les résultats dévastateurs lors de la crise de 2008 ou celle de l’euro en 2011. On assiste ainsi à une « corrosion de la mondialisation » sous les coups de boutoir des nationalismes. (B. Tertrais « La guerre des Mondes : le retour de la géopolitique et le choc des empires », 2023).

Si l’on peut parler de retour de la géopolitique, c’est pour signifier que les rapports de forces politiques territorialisés entre États sont redevenus les principaux déterminants de la vie internationale.

Les rapports de forces redeviennent plus importants que les institutions et les normes. La géographie reste dominante (crise Ukrainienne et Génocide à Gaza) : l’importance des flux immatériels n’annule pas celle des territoires, de leur localisation et de leurs ressources. On ne peut pas comprendre la place de l’Amérique, de la Chine, de la Russie ou de la Turquie, ni disserter de leur avenir, sans regarder une carte. Les États n’ont pas été supplantés par les institutions internationales, les villes, les organisations non gouvernementales ou les multinationales. Si les décisions prises par un Elon Musk, un Bill Gates ou un George Soros peuvent avoir un impact sur la vie de centaines de millions de personnes, ce sont les États qui légifèrent, et qui décident de la guerre ou de la paix. A ceci près, les Etats restent maitres de leur souveraineté dans les pays dominants, alors que ces Etats deviennent vassaux d’autres Etats puissants ou soumis à des législations élaborées ailleurs, sous des appellations variées (Normes, Règles, Conventions, Accords…..)

Au plan économique, cette situation complique davantage la situation des pays « émergeants », Face à la puissance des pays dominants et face aux règles imposées par les institutions internationales. Ces dernières n’interviennent jamais en cas de crise pour réguler les relations internationales, mais viennent mettre à jour leurs catalogues de règles, de normes et de conventions. Les alliances entre pays voisins, complémentaires économiquement, proches idéologiquement deviennent la seule alternative à cette géopolitique envahissante et agressive (conflit ukrainien), arrogante et inhumaine (crise de Gaza), prédatrice pour les ressources naturelles (Afrique).

Au final, on ne peut concevoir des relations économiques, commerciales, financières (Swift dans le cas de la Russie) si l’on n’a pas sa « géopolitique » (une géographie dominée et portée par une puissance militaire). De plus en plus de routes commerciales seront sécurisées et « privatisées » ; malheur à celui qui n’a pas sa part de la route pour laquelle il doit être capable de la sécuriser. Les pays isolés paieront le prix de la nouvelle géopolitique pour assurer l’écoulement de leurs marchandises et l’approvisionnement de leurs économies et leurs populations.

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