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Exil des cadres vers l’étranger : l’Algérie est en train de dilapider sa sève

L’affaire a fait grand bruit. Des milliers de médecins algériens s’apprêtent à s’exiler en France après avoir réussi un concours de sélection. On oublie, toutefois, que la saignée ne concerne pas uniquement les professionnels de la santé. D’autres diplômés ont quitté le pays ou rêvent de le faire. La gelée royale se perd dans une étonnante indifférence.  

L’exode de 1200 médecins algériens vers la France ne finit pas de provoquer une forte émotion dans le pays. Jusqu’aux années soixante-dix du siècle passé, Paris importait plutôt des ouvriers pour les besoins de ces chantiers. Des hommes pour la plupart célibataires rasant les murs, se faisant discrets, de crainte d’être remarqués par des racistes qui, sans aucune raison, leur en voulaient.

Ce traitement avait provoqué une réaction au plus haut sommet de l’Etat. Feu Houari Boumediene prônait le retour des émigrés, un slogan qui n’a convaincu qu’une poignée de personnes puisque les expatriés, en majorité, avaient décidé d’élire domicile là où ils avaient passé toute leur vie à travailler. Ils ont fondé des familles et mis de nombreux enfants au monde qui ont été, par la suite, parqués dans des réserves urbaines surnommés par euphémisme «banlieues», «périphéries», «zones» et récemment «cités». Ostracisés, soumis à un contrôle permanent, ces ghettos hermétiques étaient des impasses contre lesquelles les meilleures volontés de ceux qu’on appelle «les Beurs» ou «les Rebeux» se sont fracassées. Rêver d’ascension sociale lorsqu’on vit dans de tels enclos, c’est comme blasphémer. Un rideau de fer les sépare de la réussite et de l’épanouissement. Certains d’entre eux ont compris qu’ils devaient, comme leurs parents, s’exiler pour vivre. Alors, ils se sont déportés vers le Royaume-Uni, l’Amérique du Nord ou le Golfe persique. Là-bas, une fois le plafond de verre brisé, beaucoup d’entre eux se sont lancés dans des carrières impossibles à envisager en France.

Dans les années 1990, durant la décennie noire, une autre gigantesque vague de migrants craignant pour leur vie a atterri en catastrophe au pays de Voltaire. Nombreux étaient des cadres, des professionnels, des artistes, des intellectuels mais peu ont pu se refaire dans leur discipline et ont dû, la mort dans l’âme, accepter de petits boulots ou vivre des aides sociales.

Les dernières années, des cohortes de Harragas ont déferlé sur les rives nord de la Méditerranée en empruntant la mer sur des embarcations de fortune. Formée de têtes brûlées et de desperados, cette population est prête à accepter n’importe quelle épreuve, même la prison et les sévices, pour s’installer en Europe. Evidemment, une telle catégorie crée une peur panique dans les milieux de droite et d’extrême-droite qui en font un formidable outil de propagande politicienne. Il s’agit d’un pain béni électoral pour Marine Le Pen, la patronne du Front national, et Eric Zemmour, le sulfureux chroniqueur qui se rêve en président exterminateur d’immigrés clandestins. Sans cette manne sortie des eaux, les deux personnages tomberaient vite dans l’anonymat.

Toutefois, quoi penser de l’exfiltration officielle et au grand jour de 1200 médecins algériens, tous formés sur des deniers publics algériens ? La masse est trop volumineuse pour passer inaperçue. Le coup à l’estomac est, certes, dur mais il va sans dire que, dans leur majorité, les Algériens comprennent que leurs jeunes toubibs choisissent une destination où ils pourront exercer leurs compétences. Dans un pays où un footballeur sorti du cycle primaire gagne en un mois ce qu’un médecin de santé publique touche en deux ans, le calcul est vite fait.

Beaucoup vont inéluctablement déchanter, car ils seront pour la plupart orientés vers des postes qui n’attirent pas les médecins autochtones comme les urgences, la gériatrie ou des spécialités ternes. Il s’agit, néanmoins, d’une promotion par rapport à ce qu’ils laissent.

L’affaire des 1200 médecins candidats à l’exil a fait grand bruit, mais ils ne sont pas les seuls à quitter le navire. Des ingénieurs, des informaticiens et tant d’autres têtes bien faites ont quitté, par milliers, le pays vers d’autres cieux. Le reste guette la chance d’effectuer le grand pas.

L’être humain, algérien ou pas, est ainsi fait. Lorsqu’il vit mal dans une terre, il met un pied devant l’autre puis s’en va.

Ali Younsi-Massi

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