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Par Anouar El Andaloussi : le « Sud Global » une notion à contours imprécis.

Depuis plusieurs années, une notion nouvelle a fait son incursion dans les débats économiques et surtout dans la nouvelle géopolitique. Il s’agit de la notion de « Sud global » pour désigner, selon l’objet du débat, soit une zone géographique, soit un ensemble de pays, majoritairement situés au Sud, ayant des niveaux de développement encore modeste par rapport aux autres, ceux du Nord. Au plan économique, les contours de la notion correspondent exactement aux notions de « pays du tiers-monde », « pays en développement », « groupe des 77 ». Alors pourquoi une nouvelle notion pour désigner la même chose ? Sur le plan idéologique, la nouvelle notion ne fait aucune référence à aucun référentiel idéologique.  Le Sud Global est présenté comme un ensemble homogène d’économies situées dans  l’hémisphère sud. S’agit-il d’un simple concept géographique ? Une volonté politique de diviser grossièrement le monde en un clivage nord-sud ? Le concept de Sud Global demeure difficile à définir, car il ne représente ni une alliance formelle, ni un pôle, mais un ensemble flou dans lequel se reconnaissent de nombreux pays.

Du tiers-monde au Sud Global

Pour l’universitaire nord-américaine Anne Garland Mahler, Gramsci a appliqué un cadre politique qui a ensuite servi de base à la théorisation du Sud dans le Nord : « Une géographie déterritorialisée des externalités du capitalisme […] pour rendre compte des peuples assujettis à l’intérieur des frontières des pays les plus riches, de sorte qu’il y a des Suds dans le Nord géographique et des Nords dans le Sud géographique. » Mais il semblerait que le terme Global South ait été utilisé pour la première fois en 1969 par Carl Oglesby (un universitaire gauchiste américain).   Ecrivant dans le magazine catholique libéral Commonweal, Oglesby a soutenu que la guerre du Vietnam était le point culminant d’une histoire de « domination du Nord sur le Sud Global ». Mais ce n’est qu’après l’éclatement de l’Union soviétique en 1991 – qui a marqué la fin de ce qu’on appelle le « Second Monde » – que le terme a pris de l’ampleur. Jusqu’alors, le terme le plus courant pour désigner les pays en développement – les pays qui n’étaient pas encore pleinement industrialisés – était « tiers-monde », théorisé par Alfred Sauvy en 1952 afin de désigner les pays non alignés, les pays en développement, ou encore ceux subissant encore le joug colonial. Avec la chute du mur de Berlin, le terme de « tiers-monde » s’efface au profit de « pays en développement » par opposition aux « pays développés » ; la dichotomie sera supplantée par celle entre Nord et Sud. À partir de 2022, la notion de Global South englobera des pays qui refusent de s’engager militairement dans la guerre en Ukraine. Au même moment, l’émergence du bloc BRICS donne un autre sens au Sud Global, celui de l’émergence autonome et solidaire de certains pays, avec deux piliers, la Chine et la Russie. Au final, on risque d’avoir un Sud dans le Sud Global. Ce nouveau Sud sera principalement l’Afrique. L’Afrique est aujourd’hui convoitée, encore par rapport à ses ressources naturelles, par le Nord et par le « Sud global » incarné par les quelques pays dits émergents, comme la Chine, l’Inde, la Turquie ou la Malaisie ou encore les Philippines et le Vietnam…

Concrètement, la notion n’apporte rien de nouveau pour l’analyse. Pourtant, elle est devenue d’un usage courant. Mais pourquoi on ne parle pas de « Nord Global » ? Est-ce pour dire que le Nord n’est pas homogène, n’est pas globalisé, n’a pas une vision commune pour l’avenir. Pourtant, c’est tout le contraire qui est observé. Au Nord, les économies sont très convergentes en termes de niveaux de développement, et surtout d’appartenance à des organisations économiques et/ou politiques puissantes. La nouvelle notion est, peut être, une création des laboratoires de recherches pour des raisons de simplifications ou de réduction de situations très différentes à une seule catégorie générique. Le Nord Global est une réalité par le volume des échanges commerciaux et financiers intra zones, les normes de production, la mobilité des capitaux (financiers et humains, technologiques…).  La Division Internationale du Travail n’a pas beaucoup évolué en 80 ans de commerce, d’organisation et de régulation des échanges internationaux  et de « coopération » ; on a toujours les matières premières au Sud et leur valorisation au Nord, à l’exception notoire de la Chine et de quelques pays du Sud Est-asiatique, comme la Corée, la Malaisie, les Philippines ou plus tard l’Indonésie et le Vietnam où effectivement une valorisation locale se développe.  

Cette nouvelle terminologie semble signer la fin de la « Mondialisation heureuse ». Après plus de quatre décennies de promotion et de glorification de la Mondialisation (dont le sens le plus précis est la globalisation) aussi bien par les « politiques », les institutions internationales (Banque mondiale, FMI, OMC, et les autres institutions multilatérales …) et surtout les chercheurs et experts ; voilà que la notion devient inopérante, n’a pas apporté le bien-être souhaité et n’a pas supprimé les frontières. La notion de « Sud Global » revient en surface pour justifier le souverainisme économique, porté par les différentes pratiques protectionnistes, loin des libertés de circulation des marchandises et des capitaux prônées par le libre-échange. Ou peut-être aussi pour faire peur : le « Sud Global » arrive…..

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