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Entre convoitises et prédation : ces heures sombres qui attendent l’Afrique

L’Afrique semble avoir été choisie comme un nouveau terrain d’affrontement entre les puissances qui sont déjà, indirectement, aux prises en Ukraine. Le continent attire les convoitises pour ses richesses. Il fait également peur par son dynamisme démographique.

Soixante ans après les indépendances nationales, plusieurs pays africains sont déchiquetés par des conflits fratricides ou, comme en Libye, par des interventions étrangères. Une partie du continent fait également face à la rareté de l’eau, à une crise alimentaire qui risque de s’aggraver avec les conséquences de la guerre en Ukraine, et aux déplacements forcés de population.

En République démocratique du Congo (RDC), depuis deux décennies, une personne sur quatre vit d’aide humanitaire et la malnutrition affecte près de sept millions de personnes, en particulier les enfants de moins de 5 ans. Déchiré par une très longue guerre civile, le pays subit un autre phénomène tout aussi dévastateur : le déplacement de six millions d’habitants à l’intérieur du territoire. Il fait, d’autre part, face à des épidémies ravageuse : la rougeole, la fièvre jaune, le choléra et le paludisme, ce qui se traduit par l’un des taux les plus élevés de mortalité maternelle et infantile.

La Corne de l’Afrique subit, pour sa part, l’impact dévastateur de la crise climatique avec cinq épisodes consécutifs de sécheresse, et un sixième cette année. En Éthiopie, au Kenya et en Somalie (ou la situation est extrême), le tiers de la population risque de disparaître à cause d’une grave insécurité alimentaire.

Au Sahel, en plus d’une situation socioéconomique dégradée, le Burkina Faso, le Mali et le Niger font face à la violence politique, au terrorisme, au grand banditisme et à une sorte de protectorat militaire de l’ancienne puissance coloniale qui est de plus en plus rejeté. En dépit de la richesse de leur sous-sol, ces Etats n’arrivent pas à offrir les nécessités de base à une grande partie de leur population, en particulier en matière d’éducation puisque 11 000 écoles ont fermé leurs portes dans la région où environ 38 millions d’âmes ont besoin d’une aide humanitaire pour survivre.

Le Soudan qui affrontait une situation économique peu enviable, a sombré depuis quelques mois dans une effrayante guerre civile qui peut mener à nouvelle partition de son territoire.

Ce chaos africain n’est pas le fruit du hasard

En Libye, où un gouvernement bicéphale tiraille l’est et l’ouest, la situation politique est extrêmement fragile à cause des affrontements entre groupes armés se produisant sporadiquement dans toutes les régions du pays sans préavis. De plus, des intérêts étrangers qui manipulent les élites de cette terre exsangue depuis 2011, empêchent par divers moyens l’avènement d’une solution qui remette les Libyens d’accord.

Ce chaos africain n’est pas le fruit du hasard, mais doit une grande part de sa genèse et de ses développements à des luttes entre les puissants du monde qui veulent, comme au temps des expéditions coloniales, prendre une part du gâteau. Les Occidentaux (à leur tête la France), les Etats-Unis, la Chine, la Russie, Israël, la Turquie, sont au coude-à-coude pour se servir dans les richesses minières, l’énergie, mais également les terres fertiles, ainsi que la main-d’œuvre bon marché.

Chacun de ses acteurs avance ses pions par différentes stratégies. La France par les interventions militaires directes, les Etats-Unis par le renseignement, la Chine par les opérations de charme et les investissements et la Russie par la protection armée contre les groupes terroristes et, comme l’a annoncé récemment Vladimir Poutine, par l’aide alimentaire gratuite.

Une course contre la montre est engagée depuis un moment entre tous ses prétendants et prédateurs pour gagner le jackpot planétaire en contrôlant l’Afrique. Ce continent qui subit la marginalisation et le racisme, inquiète aussi par sa grande vitalité démographique qui en fera avant la fin du siècle la région la plus peuplée du monde : une menace pour les sociétés vieillissantes de l’hémisphère nord.

Sans un réveil inattendu des Africains pour défendre leur terre et leur héritage ancestral, ils doivent s’attendre dans un proche avenir à des heures aussi sombres et dramatiques que celles qui ont conduit, des siècles plus tôt, à leur colonisation.

Mohamed Badaoui

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