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Recyclage et emploi des déchets : les mots et les maux de l’environnement

Énergie photovoltaïque, biomasse, biogaz et transition énergétique, les deux ministres dont le travail est de protéger l’environnement et de développer des énergies alternatives utilisent un discours technique et grandiloquent alors que le pays croule sous les déchets.

En Algérie, les responsables aiment les mots et les expressions qui sonnent bien, qui inspirent le futur radieux, qui font rêver d’une Algérie post-moderne quitte à faire de la science-fiction. Ainsi, un communiqué du ministère de l’Environnement annonce qu’un projet visant à « produire un mix énergétique depuis le photovoltaïque et particulièrement depuis les déchets comme une biomasse », est à l’étude. Celui-ci sera « doté en dispositifs de traitement du biogaz, de lixiviats, de puits d’évacuation de et vers les infrastructures de traitement ».

La faisabilité d’une telle réalisation n’est cependant qu’au stade de l’examen. A cet effet, une séance de travail a réuni, il y a deux jours, Dalila Boudjemaa, ministre de l’Environnement, et Chems Eddine Chitour, ministre de la Transition énergétique et des énergies renouvelables, autour des « opportunités de promotion et de développement de l’énergie biomasse produite à partir des matières organiques et des déchets », selon le même texte.

Le modèle existe, dit-on. Il s’agit de la décharge d’Oued Smar, à 20 kilomètres à l’est d’Alger, transformée en parc verdoyant après avoir servi pendant des années de gigantesque dépotoir. Jusqu’à sa fermeture en 2006, trente millions de m3 de déchets d’une hauteur de 25 mètres, soit l’équivalent d’un immeuble de 7 étages, s’entassaient dans cet espace de 30 hectares. Il ressemble aujourd’hui à une colline arborée mais dont le cœur, pourri et suintant les lixiviats, condense des millions de tonnes de détritus empoisonnés.

Les lixiviats très dangereux pour l’environnement

L’étude ainsi que les travaux de fermeture, de conversion et d’aménagement du site avaient été confiée à un bureau libanais. Cependant, nous ne savons rien de son impact sur l’environnement, particulièrement sur la nappe phréatique puisqu’il peut produire par percolation un ruissellement continu de lixiviats. Ceux-ci forment un liquide résiduel généré par le contact des déchets et de l’eau, en général, de pluie qui s’infiltre par percolation dans les zones de stockage des déchets.

Les lixiviats sont très dangereux pour l’environnement. Il résulte de la dissolution des matières organiques et d’autres éléments comme les métaux lourds, les polluants organiques et chimiques, et les nucléides radioactifs. C’est donc une source de nuisance mortelle pour les sols et les eaux, y compris souterraines. Le traitement des lixiviats nécessite donc des mesures draconiennes de contrôle, de collecte et de dépollution. Personne ne sait ce qu’a fait le cabinet Liban-Consult et il faut se croiser les doigts en espérant qu’un dispositif d’imperméabilisation ait été installé à Oued Smar pour sécuriser la région.

Feuille de route

Selon le ministère de l’Environnement, il existe 111 centres d’enfouissement technique et 120 décharges contrôlées qui peuvent être utilisés pour produire du « gaz vert » et couvrir ainsi les besoins des ménages en électricité. « Un groupe de travail dont la mission sera de mettre une feuille de route qui se chargera de tous les aspects réglementaires, normatifs et économiques relatifs à la production de l’électricité depuis la biomasse et la mettre sur le réseau public », précise le communiqué du ministère.

Autrement dit, rien ne sera fait dans l’immédiat ou même dans un proche avenir. Entre-temps, l’Algérie croule, d’est en ouest et du nord au sud, sous des immondices de toute nature. Les décharges sauvages fleurissent partout dans tout le territoire, les plages regorgent de plastique et de matière chimiques, les rivières, les ruisseaux également. Les terrains agricoles sont en outre rognés chaque jour par le béton des constructions, saupoudrés de pesticides et corrodés par les rejets toxiques qu’ils soient liquides, solides ou gazeux.  Aucune réglementation bâtie sur un plan de contrôle sérieux pour faire face à ces fléaux ne semble appliquée.

D’autre part, les emballages en aluminium, en nylon, en papier ou en verre jonchent les rues, les bas-côtés des routes, les sols des forêts, les champs et le fond marin. Le ramassage des ordures se fait à l’emporte-pièce par des entreprises mal équipées, désorganisées, employant des éboueurs sous-payés, non protégés par des combinaisons adéquates contre les risques de maladie et surtout socialement déconsidérés.

Les entreprises polluantes non concernées par le recyclage de leurs déchets

Toute cette catastrophe ne semble pas non plus émouvoir les entreprises qui participent à la dégradation de l’environnement. Les producteurs de boissons, de chips, de friandises et d’autres aliments emballés dans du plastique ou du nylon ne contribuent en rien à l’organisation ou, du moins, au financement du recyclage de leurs déchets. De leur côté, les collectivités locales, en premier lieu les mairies, sont parcimonieuses en matière d’hygiène des agglomérations et, dans certains cas, totalement indifférentes.

En résumé, avant de parler de biomasse ou même d’aller chercher de l’eau sur la planète Mars, il serait peut-être plus utile, plus urgent de nettoyer le pays pour lui redonner un visage sain, radieux.

Mohamed Badaoui 

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