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A cause d’atteintes répétées : la longue dégradation de l’espace urbain

Non-respect de la réglementation, programme de logement hâtif et irréfléchi, des pratiques qui ont fini par avilir toutes les villes et même les villages d’Algérie.  

L’urbanisme est le premier indice qui renseigne un étranger sur l’état général et la gestion du pays qu’il visite. Or, que voit un regard neuf de l’Algérie. D’abord, l’éclectisme, pour ne pas dire la désorganisation. Dès qu’il débarque dans la capitale, par exemple, via l’aéroport international Houari Boumediene, il remarque en premier un grand centre des affaires. Encore en chantier dans plusieurs secteurs, le quartier regroupe essentiellement des hôtels, des tours à bureaux et des centres commerciaux. Son architecture qui se veut moderne et colossale est déjà démodée par rapport à l’état de l’art dans le monde. De plus, à part le mall qui reçoit un tout-venant issu de toutes les catégories sociales, le reste ressemble à un désert urbain.

L’endroit est de surcroît ceinturé par un chapelet de HLM aux bâtiments sans âme et sans charme parsemés sur des centaines d’hectares jadis formés de vergers verdoyants. Le vieil Alger apparaît de cette distance comme un paquebot s’apprêtant à prendre la mer où, accrochées à son flanc, l’ancienne Médina (la Casbah) et la ville européenne coexistent de manière dissonante. Mariés de force par la colonisation française, les deux ensembles, que rien ne rassemble, possèdent chacun un cachet de haute facture. Mais à l’approche, ceux-ci se caractérisent par un choquant laisser-aller et une apparente saleté.

Hormis quelques immeubles bien entretenus, le parc immobilier du centre-ville se trouve dans un état déplorable et certains de ses éléments menacent ruine. La Casbah n’est pas mieux lotie. Classé pourtant au patrimoine mondial de l’Unesco, le cœur historique d’Alger, construit il y a plus de mille ans, était, trois siècles plus tôt, une puissante cité Etat qui faisait régner son hégémonie sur toute la Méditerranée occidentale. Il est devenu aujourd’hui une sorte de favela sur le point de s’effondrer. En dépit d’interminables opérations de restauration, Madinat El Djazaïr affiche un aspect repoussant.

Depuis l’indépendance, aucune ville ou même quartier répondant aux standards élevés n’a été édifié en Algérie. Au contraire, à compter des années 1990, on a assisté à une déstructuration, voire une destruction, de l’espace urbain du pays. Le massacre a commencé par les élus locaux du Front islamique du salut qui ont distribué des parcelles de terrains à des proches et des sympathisants pour y installer des unités d’habitation qui juraient avec les toutes normes architecturales. Un peu plus tard, les délégués de l’exécutif communal, ces responsables désignés pour diriger les mairies après la dissolution des Assemblée populaires élues, ont fini le travail de sape du paysage urbain. Ils ont ainsi attribué des terrains à une clientèle de pistonnés ou à de «bons payeurs» qui y ont érigé des horreurs sans permis et parfois sans papiers. Résultat, les villes et les villages ont été totalement défigurés par des lotissements formés de champignons en béton aux murs parfois cimentés et souvent non. Aucune wilaya n’a échappé à ce phénomène à tel point que, sur l’ensemble du territoire, il n’existe pas une agglomération qui mérite d’être cité en exemple d’organisation, d’ordre et de beauté.

Le dernier assaut contre l’esthétique de l’espace urbain algérien a été commis, à partir des années 2010, par l’Etat lui-même. Grisés par la manne pétrolière qui ne cessait de grossir, les pouvoirs publics ont lancé un programme pharaonique de logement la plupart du temps au détriment de l’agriculture et de l’environnement. Pour acheter la paix sociale et justifier le discours démagogique de l’ère Bouteflika, il a été décidé de caser hâtivement la population des mal-logés dans des cités dortoirs sur des assiettes à la viabilisation inachevée se trouvant sur des terres fertiles. Les habitants de ses ensembles se plaignent aujourd’hui, dans leur majorité, de la qualité médiocre de leur existence à l’intérieur de ces conurbations déprimantes.       

Comment rattraper ces atteintes à l’espace public ? Un décret publié, hier, dans la dernière édition du journal officiel se présente comme une solution à cette pagaille en régularisant les constructions non conformes à la réglementation.

Mohamed Badaoui

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