Le président français Emmanuel Macron a de nouveau évoqué les relations entre la France et l’Algérie, appelant à un apaisement des tensions entre les deux pays, tout en dénonçant l’existence de courants politiques hostiles à une réconciliation durable.
Dans une interview accordée au magazine Africa Report, le chef de l’État français a affirmé que certaines franges de la classe politique, aussi bien en France qu’en Algérie, ne souhaitent pas voir les relations bilatérales se normaliser. « Cette confrontation dans laquelle nos gouvernements se sont laissés enfermer n’est bonne pour personne », a-t-il déclaré, soulignant les conséquences négatives de cette crise sur les échanges économiques, la coopération sécuritaire ainsi que la lutte contre l’immigration clandestine et le terrorisme.
Pour Emmanuel Macron, les intérêts des deux pays convergent vers une relation apaisée et pragmatique. Il a insisté sur le fait qu’il est dans l’intérêt de la France « de bien s’entendre avec l’Algérie », tout comme il serait dans l’intérêt d’Alger d’entretenir des relations stables avec Paris, malgré les désaccords persistants.
Le président français est également revenu sur les origines des tensions récentes entre les deux capitales, rappelant que la reconnaissance par Paris du plan marocain d’autonomie au Sahara occidental avait fortement irrité Alger. Il a néanmoins défendu cette décision, qu’il qualifie de « choix souverain ».
Sur la question mémorielle, Emmanuel Macron a estimé être le président français ayant « fait le plus » pour reconnaître certaines vérités historiques liées à la colonisation et à la guerre d’Algérie. Depuis son arrivée au pouvoir en 2017, il affirme avoir engagé plusieurs initiatives visant à apaiser les mémoires entre les deux peuples.
Ces déclarations interviennent quelques jours après la visite en Algérie de la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, accompagnée de l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet. Les deux responsables ont participé, à Sétif, aux commémorations des massacres du 8 mai 1945, dans un geste qualifié de symbolique par plusieurs observateurs. Alice Rufo a ensuite été reçue par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, à qui elle a remis un message du président français.
Cependant, cette démarche n’a pas fait l’unanimité en Algérie. L’ancien ministre et diplomate Abdelaziz Rahabi a vivement critiqué ce qu’il considère comme un « opportunisme diplomatique » de la part d’Emmanuel Macron. Dans une publication diffusée sur les réseaux sociaux, Rahabi s’est interrogé sur la politisation des cérémonies commémoratives, estimant que la mémoire des victimes des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata ne devrait pas être intégrée à un agenda diplomatique.
Selon lui, les initiatives françaises autour de la mémoire relèvent davantage d’une « diplomatie transactionnelle » mêlant questions historiques, dossiers consulaires et enjeux politiques internes français, notamment à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
L’ancien ambassadeur d’Algérie en Espagne accuse également Emmanuel Macron de pratiquer un « jeu de balancier » entre les appels à la normalisation avec Alger et les gestes adressés aux harkis ou aux nostalgiques de l’Algérie française. Une attitude qui, selon Rahabi, risque de rendre les crises entre les deux pays récurrentes si la question mémorielle continue d’être instrumentalisée politiquement.
Abir.N
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