Invité de France Inter lundi 25 mai, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet a insisté sur la nécessité de reconstruire une relation profondément détériorée après près de deux années de tensions inédites entre la France et l’Algérie.
« C’est l’intérêt de la France », a déclaré Romatet, rappelant que l’Algérie demeure « le plus grand pays d’Afrique » et un partenaire incontournable, notamment sur les questions sécuritaires et migratoires. Rappelé à Paris le 15 avril 2025 dans un contexte de crise diplomatique aiguë, l’ambassadeur avait regagné Alger le 8 mai dernier, marquant ainsi un premier signe de réchauffement entre les deux États. Le même jour, il avait participé à Sétif aux commémorations des massacres du 8 mai 1945 aux côtés de la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo.
Selon le diplomate, les relations franco-algériennes ont traversé une période particulièrement difficile durant laquelle « pratiquement tous les contacts » entre Paris et Alger ont été interrompus. Il a souligné que la reprise du dialogue constitue aujourd’hui une nécessité politique et stratégique, rejetant les critiques du courant anti-algérien en France qui accuse le gouvernement français de faire preuve de faiblesse à l’égard d’Alger.
Stéphane Romatet a notamment évoqué le dossier sensible des expulsions et des obligations de quitter le territoire français (OQTF), devenu l’un des principaux points de friction entre les deux pays. « Il est facile de mettre des Algériens dans des avions, mais sans coopération ni confiance avec Alger, il sera impossible de les renvoyer », a-t-il expliqué, plaidant pour une approche fondée sur le dialogue plutôt que sur la confrontation.
Cependant, malgré les appels à l’apaisement lancés par l’ambassadeur, plusieurs dossiers continuent d’empoisonner les relations bilatérales. Parmi eux figure en premier lieu la question du Sahara occidental, considérée comme l’un des principaux points d’achoppement entre Paris et Alger.
Alors que les autorités algériennes défendent le principe d’autodétermination du peuple sahraoui conformément aux résolutions des Nations unies, la France a récemment réaffirmé son soutien à la souveraineté marocaine sur ce territoire disputé. En visite au Maroc, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a repris la position déjà exprimée par le président Emmanuel Macron, considérant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental comme une réalité « non négociable».
Cette prise de position a été perçue à Alger comme une remise en cause du rôle de neutralité attendu d’un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Les autorités algériennes estiment en effet que Paris s’écarte ainsi des résolutions internationales encadrant le conflit et adopte une ligne favorable à Rabat au détriment du processus onusien.
Dans ce contexte, si le retour de Stéphane Romatet symbolise une volonté de reprise du dialogue, les divergences profondes sur les questions mémorielles, migratoires et surtout sur le dossier du Sahara occidental continuent de peser lourdement sur l’avenir des relations entre la France et l’Algérie.
Sid Ali
LA NATION Quotidien National D'information