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Économie parallèle: l’insoluble équatiion du marché informel

Pendant que des pays, sous-développés ou émergents, adoptent des stratégies innovantes pour lutter contre le marché informel, l’Algérie peine à trouver la solution adéquate pour lutter contre ce phénomène. Le président Tebboune vient d’accuser des « parties » qui contrôlent cette sphère de chercher à déstabiliser l’Etat.

Le discours officiel n’établit pas vraiment de nuance entre le marchand ambulant, l’artisan sans registre de commerce et les gros mérous des affaires qui pratiquent l’évasion fiscale, les fausses déclarations et le transfert illicite de devises. Tout ce beau monde est classé sous le titre « informel ». Or, dans les faits, les petits commerces et les petits boulots font partie du travail autonome, même s’il n’est pas déclaré, tandis que les fraudes commises par les grandes fortunes contre la législation fiscale, du change et celle du travail relèvent du crime économique.

L’Algérie n’est pas le seul pays au monde qui souffre de cette plaie. Même les systèmes les plus développés connaissent et luttent, parfois en vain, contre le phénomène. Cela dit, plusieurs pays ont établi un distinguo très clair entre l’économie de subsistance souterraine et les magouilles de haut vol. Quelques-uns parmi eux commencent d’ailleurs à enregistrer des résultats rapides grâce à des démarches novatrices, mais surtout à la connaissance fine du fonctionnement de ce monde parallèle, à travers des études sérieuses.

Dans certains régimes, l’informel peut représenter plus ou moins 50% du Produit intérieur brut hors agriculture. Au Bangladesh, par exemple, il avoisine les 90%. Le secteur vit et prospère car il apporte des solutions au quotidien et emploie une main d’œuvre importante. Il se caractérise d’autre part par la flexibilité, la réactivité et la prompte adaptation aux besoins des consommateurs.

Les petits boulots, la vente ambulante, les transports clandestins sont parmi les services les plus fréquents que la sphère informelle peut offrir au marché, sans déclaration d’impôt ni enregistrement auprès de l’administration.

Plusieurs gouvernements de pays sous-développés ou émergents ont tout simplement reconnu l’utilité de ces activités et, au lieu de les réprimer de manière policière ou de les laisser grossir dans l’ombre, ils ont décidé de les intégrer par une couverture sociale.

Pratiques et mœurs hallucinantes du secteur de distribution algérien

Faute de politique rigoureuse pour gérer légalement et avec discernement le secteur informel, l’Algérie ressemble aujourd’hui à un grand bazar qui fonctionne selon ses propres lois. Les marchandises et les services y circulent dans la plus grande opacité, hors de portée des organismes chargés de les réguler. Les dernières pénuries de produits alimentaires ont révélé les pratiques et les mœurs hallucinantes en vigueur dans le secteur de distribution algérien. Des responsables ont ainsi indiqué que des détaillants refusent de s’approvisionner chez les grossistes qui leur imposent des factures et donc le paiement de la TVA. Les grossistes, eux-mêmes, cachent une partie importante de leurs revenus en falsifiant leurs déclarations.

La situation a pris une telle ampleur que le président Tebboune a affirmé, dans sa dernière rencontre avec la presse, que la pénurie de certains produits alimentaires de base avait pour but de « torpiller la stabilité du pays ». Il est allé jusqu’à avertir « les auteurs de ces tentatives que l’Etat algérien ne cèdera à aucune pression » et sommé « ces parties » de cesser leurs « basses manœuvres », sinon ils en paieraient le prix cher, a-t-il mis en garde en rappelant que « nul n’est au-dessus de la loi ».

Ce n’est donc pas le maçon, le plombier, l’ouvrier saisonnier, le marchand de légumes ambulant ou le taxi clandestin ainsi que tous ceux qui tirent une maigre pitance de leur labeur qui forment le secteur parallèle. Celui-ci est régi par des réseaux assez puissants pour mettre en danger la sécurité de l’Etat.

Ni religion, ni morale

Ces groupes occultes disposent d’ailleurs d’une force de frappe financière dont le volume oscillerait, selon Abdelmadjid Tebboune, entre 6 000 et 10 000 milliards de dinars (entre 45 et 75 milliards de dollars). Des fonds qui échappent à tout contrôle et qui peuvent être mobilisés, le cas échéant, dans des opérations susceptibles de mettre en danger l’Etat, toujours d’après le président de la république.

Le mécanisme qui a été retenu pour inciter l’argent intraçable à rejoindre le circuit officiel est la finance islamique. Est-ce parce que les barons du marché noir, les évadés fiscaux et autres riches habitants de la planète invisible appartiennent tous à une idéologie qui considère illicite l’intérêt versé pas les banques traditionnelles ? Pourtant, le marché parallèle est nourri par la voracité, par la corruption et les menées inavouables. Il n’a ni religion, ni morale pour exiger la pureté virginale des dépôts avant de daigner s’y réfugier.

Les détenteurs de petits métiers, de petites échoppes ne possèdent, pour leur part, aucune épargne à investir dans des placements financiers. Ils seront en revanche heureux d’exercer leurs activités dans un cadre organisé et bénéficier ainsi de sécurité sociale et de retraite à condition que le fisc ne les considère pas comme les propriétaires de grands business et les accable de taxes.

Les très petites entreprises et les entrepreneurs individuels soustraient leurs revenus aux Impôts par peur de travailler pour rien ou se retrouver sur la paille. Ce qu’ils gagnent, en effet, couvre à peine leurs besoins du mois.

Au lieu de les mettre dans le même sac que les ténors du trafic, il faut peut-être trouver le moyen de les sécuriser et de les intégrer au paysage économique régulier. Le Brésil et l’Afrique du Sud l’ont fait à travers des mesures créatives inspirées de leur propre réalité. Ils sont en train de réussir leur coup.

Mohamed Badaoui  

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