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Célébrations de yennayer 2971 : remontée aux origines de l’une des plus vielles fêtes au monde (Reportage)

L’origine de la fête de Yannayer, célébrée chaque 12 janvier par les Algériens  dans la convivialité familiale suscite une polémique, dans certains milieux. Certains disent que c’est une fête païenne, d’autres pensent qu’elle est un héritage romain. Trois spécialistes, Abdenour Abdesslem, Brahim Tazaghart, et Mohamed Khaled lèvent le voile sur la question.

Abdenour Abdesslem, chercheur en langue et civilisation amazighe, auteur du recueil de proverbes berbère traduit en français et du dictionnaire abrégé du vocabulaire redressé de la langue berbère. Pour, il n’y a aucun doute, yennayer n’est pas d’origine étrangère, mais bien amazighe.

« C’est la somme des traditions qui fonde les cultures, les modes de vie et les civilisations, dit-il. La datation du temps, une de ces pratiques très ancienne, est considérée comme étant l’activité particulièrement commune à l’espèce humaine. Chez les Amazigh, Yennayer en est une. Elle est privilégiée et attestée, car historiquement et présentement d’actualité. Son importance s’explique par son application généralisée sur le vaste territoire de l’Afrique du Nord comme système d’indication et de la datation du temps du premier jour de l’année amazigh qui intervient chaque 12 janvier de l’année universelle. »

L’écrivain note que dans le système linguistique amazigh, un seul mot est à lui seul un énoncé doué de sens. Ainsi, le terme  Yennayer est une composition linguistique amazighe, formée des éléments « Yen » et « Ayer » avec leurs variantes successives « Yiwen ou Ayen» et « Ayyur ou Aggur » qui signifient respectivement « un ou premier » et « mois ».

« Yennayer (le premier mois) a aussi son prolongement dans l’autre appellation aussi courante et pour ainsi dire jumelle en sens : « Tibbura useggwas » qui signifie littéralement et précisément « les portes de l’année ». Yennayer annonce la fin d’un cycle et le commencement d’un autre ».

Par ailleurs, le chercheur précise que cette explication est l’expression du résultat de l’observation faite à l’œil nu sur les variations de l’univers cosmique qui fixe « les cycles mutants » selon les positions géographiques des pays par rapport aux hémisphères Nord et Sud.

Les éléments climatiques, atmosphériques, végétaux, arboricoles ou encore l’aspect de la terre et des cieux déterminent et organisent ainsi l’activité humaine au fil des intervalles temps formalisés en potions calendaires. Viennent se greffer ensuite des interprétations, des rites et des mythes en fonction des besoins sociologiques des peuples.

« Dans toute l’Afrique du Nord, les mêmes rites et traditions culinaires, vestimentaires sont célébrées avec faste et rigueur, précise Abdennour Abdesslam. Certaines de ces pratiques laissent apparaître des similitudes et analogies entre différents peuples comme c’est le cas du mythe de la vieille qui se lamente des terribles rigueurs hivernales que lui inflige le mois de janvier et dont la trame se retrouve aussi bien en Afrique du Nord, en France, en Grèce, en Iran, en Yougoslavie ou encore au Venezuela ». Les analogies sont nombreuses car en définitive « rien de ce qui est humain ne nous est étranger» pour paraphraser Térence le Berbère.

« La datation berbère amazighe de l’an zéro se réfère à la fois à Yennayer et à un fait historique lié au déplacement en 950 avant J.C. du roi berbère Sheshonq en route vers le Delta du Nil où il fonda la 22e dynastie pharaonique qui avait pour capitale Boubastis ».

L’événement est rapporté, entre autres, dans l’ouvrage de la préhistorienne Malika Hachid Les premiers berbères, entre méditerranée, Tassili et Nil où elle écrit : « Ainsi les deux événements, Yennayer et le déplacement du roi  Sheshonq, sont couplés car ils annoncent la même logique d’un commencement. Ils ont une valeur culturelle et historique. Dans la mythologie musulmane la datation du temps démarre à partir du déplacement du prophète de la Mecque vers Médina. Les arabes ont fixé la datation du temps à partir de cet événement référentiel qui est le leur. Les Amazigh ont choisi un autre référent. Cependant, nous amazigh, nous nous inscrivons à l’horloge universelle grégorienne car nous voulons continuer à être du monde et non en tangente du monde ».

Pour Brahim Tazaghart, écrivain d’expression amazighe, auteur de plusieurs ouvrages et l’un des principales figure du mouvement culturel berbère, estime pour sa part que tamazight ne doit pas être une culture de célébration, mais plutôt une culture à travailler, à développer, à vivre au quotidien. Sans culture, la vie cesse d’avoir un sens, prévient- il. Il  pense que pour se faire une idée sur l’origine de Yannayer, il est utile d’effectuer une comparaison avec les calendriers romain, égyptien, arabe et perse.

« Pour les Egyptiens, l’année est de 366 jours comme pour les Amazighs. Seulement, elle est divisé en quatre partie de quatre mois chacune, alors que l’année amazigh est de quatre saisons avec 93 jours pour les saisons fortes qui sont l’hiver et l’été et 90 jours pour les saisons douces comme le printemps et l’autonome »

Selon lui, le calendrier Julien a été très fortement influencé par le calendrier amazigh contrairement à ce qui se dit dans certains milieux. A la base, le calendrier romain, qui commençait par le mois de mars, était lunaire et comptait 304 jours répartis sur 10 mois.

Il a connu par la suite des réformes successives, essentiellement après le contact avec la civilisation amazighe par le biais des expéditions de l’empereur Jules César contre l’Afrique du Nord,  en 47 avant J.C., selon certains avis.

 « Il faut dire qu’il s’agit de conventions et non de faits établis. Le  calendrier romain remonte à l’an 750 avant J.C. qui coïncide avec la fondation de Rome. Celui des Egyptiens est lié à l’accession du Pharaon au pouvoir ; tandis que le calendrier arabo-musulman est le fruit d’un accord intervenu à l’époque du Calife Omar Ibn El Khettab pour faire de la  hidjra du prophète vers Médine le début de  du calendrier.»

La décision de commencer l’année zéro amazighe avec l’accession de Sheshonq au trône de l’Egypte découle d’un  consensus entre militants et intellectuels amazighs sur proposition d’Ammar Neggadi qui avait relevé une observation sur le terrain.

En effet, dans certaines région des Aurès, on appelle le jour de Yennayer « ass n Feraoun » ou jour du Feraoun.

  Yannayer est lié au calendrier solaire, très ancien »

Pour sa part, Mohamed Khaled, chercheur au centre national des recherches préhistoriques anthropologiques et historique et auteur de plusieurs études, estime que la fête de Yennayer est liée au calendrier solaire qui « est très ancien » puisqu’il « existait avant les religions » depuis que les Pharaons l’ont adopté à la suite des inondations du Nil. »

Selon l’anthropologue, la fête de yennayer est célébrée uniquement par les habitants du Nord Africain. Elle n’a aucune relation avec la religion. Elle est liée au calendrier solaire qui a désigné sa célébration le 12 janvier.

Pour Mohamed Khaled yennayer est, comme pour d’autres civilisations, le mois d’ouverture de l’année agricole. Le chercheur a donné plusieurs exemples où l’on trouve des similitudes, en Afrique où l’on retrouve des rites identique que ceux observés au Maghreb, mais s’est excusé de ne pas les rendre publics puisqu’elles sont incluses dans une recherche en cours.

 Samia Acher

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