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Football : le pied de l’étranger

Plus que des professionnels du football de haut niveau, Zidane, Mahrez et Benzema sont des modèles de réussite inspirants pour les jeunes algériens, qu’ils soient nés ici ou à l’étranger.

Mahrez, Benzema et Zidane, des enfants d’émigrés de la deuxième et la troisième génération ont réussi à se hisser au plus haut degré de leur discipline. De part et d’autre de la Méditerranée, ils suscitent espoir et fierté. Les enfants terribles du football mondial risquent de se retrouver en finale de la Champion’s league européenne en ce mois de mai. A l’heure où nous mettons sous presse, le résultat du match retour entre le Real Madrid et Chelsea n’est pas connu, mais on sait d’ores et déjà qu’au moins un fils du bled évoluera sous le regard de centaines de millions de spectateurs à travers la planète. Il est sûr qu’il jouera pour lui-même, pour son équipe mais aussi pour le pays de ses parents.

Les trois gladiateurs des temps modernes sont nés dans le même pays. Ils partagent le talent, la pugnacité, la rage de vaincre et le sentiment de représenter les leurs, dans la France déclassée, mal aimée des banlieues, et en Algérie. Les trois joueurs possèdent aussi en commun la lettre Z. Elle orne leur nom de famille comme si le destin avait voulu les estampiller avec la deuxième consonne du sigle DZ, le symbole international de l’Algérie.

Ryad Mahrez, le plus jeune des trois a choisi d’endosser le maillot de l’équipe nationale d’Algérie avec laquelle il a obtenu la Coupe d’Afrique en attendant d’autres titres. Zineddine Zidane a gagné celles du monde et d’Europe sous les couleurs de la France. Karim Benzema qui, depuis des années, fait les beaux jours du Real Madrid a été pour sa part écarté par Didier Deschamps, le sélectionneur des « Bleus », pour une sombre affaire de sextape et de chantage encore en jugement. Il est pourtant jusqu’à preuve du contraire innocent et certainement l’un des meilleurs attaquants au monde. Il mérite amplement sa place parmi les coqs de l’hexagone, selon tous les spécialistes du foot, mais il en est proscrit à la manière d’un pestiféré. Certains soupçonnent le coach français de pulsions racistes, mais cette accusation n’a jamais été prouvée d’autant plus que celui-ci dirige une team multicolore dont plusieurs titulaires sont d’origine africaine.

Quoi qu’il en soit, les Algériens ne s’arrêtent pas à ces détails. Pour eux, leurs idoles sont tous des enfants du pays même s’ils sont nés et ont grandi en France dont ils possèdent la nationalité. Il en va de même pour les jeunes « beurs » qui en sont encore plus fiers parce qu’ils s’identifient totalement à eux. Ils sont en quelque sorte leurs porte-étendards et un marqueur important de leur identité. A ceux-là, les milieux d’extrême-droite reprochent leur passion pour l’équipe d’Algérie et les célébrations qu’ils organisent à chaque fois qu’elle est victorieuse. On se souvient des sifflements qui sont montés en même temps que les notes de la Marseillaise au stade de France, le 6 octobre 2001, lors de la rencontre amicale entre la France et l’Algérie. L’incident avait profondément choqué et scandalisé ceux qui se définissent comme des patriotes de souche. Il avait remis en cause l’union sacrée « black-blanc-beur » qui avait soudé le pays de Jacques Chirac lors du Mondial 1998.

Aujourd’hui, au pays de Voltaire, c’est plutôt la méfiance et la fracture qui caractérise les relations entre les différentes communautés. Chacune se recroqueville dans son héritage identitaire, ses croyances et sur sa xénophobie. La parole raciste s’est même libérée et, officiellement, on n’hésite plus à évoquer le « séparatisme » pour qualifier l’exacerbation du repli des habitants des cités sur eux-mêmes. Quoi de plus normal que le football, qui est la continuation de la guerre par d’autres moyens, soit devenu un enjeu de société décisif. Par esprit de provocation ou même d’appel à l’attention, le drapeau algérien est exhibé à la moindre occasion pour rappeler l’existence de toute une population parquée dans des ghettos.

Sans vraiment le vouloir, Zidane, Benzema et Mahrez sont devenus des acteurs géopolitiques de premier ordre. Leurs matchs ne constituent pas un simple divertissement mais une bataille contre la condition d’impuissance qu’éprouvent les jeunes algériens d’ici et d’ailleurs.

Leur réussite est une source d’inspiration et une promesse d’ascension. Souvent rongés par le désespoir, il leur suffit de regarder un match comme celui qui vient de faire Mahrez contre le Paris Saint-Germain pour renouveler l’énergie et guetter la chance pour briller.

Mohamed Badaoui

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