En visite officielle à Alger, le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, a affiché lundi sa volonté de renforcer la coopération judiciaire entre la France et l’Algérie, notamment sur des dossiers sensibles liés aux « biens mal acquis », à la lutte contre le trafic de drogue et aux questions d’extradition. Reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le garde des Sceaux français a souligné l’importance de « renouer la confiance » entre les deux pays.
À l’issue de son entretien avec le chef de l’État, Gérald Darmanin a indiqué que cette visite visait à «améliorer la coopération judiciaire et pénitentiaire» entre Alger et Paris. Depuis son arrivée dimanche soir, le ministre français a multiplié les réunions avec son homologue algérien, Lotfi Boudjemaa, accompagné de hauts responsables de la justice française, dont la directrice des affaires criminelles et des grâces, le procureur national financier et la procureure nationale chargée de la criminalité organisée.
Les discussions ont porté sur plusieurs dossiers sensibles, en particulier celui des «biens mal acquis». Selon Gérald Darmanin, les autorités algériennes ont formulé «près de 130 demandes » auprès de la justice française afin de récupérer des biens issus de la corruption impliquant d’anciens responsables algériens. Il a annoncé qu’une délégation judiciaire algérienne serait prochainement invitée à Paris afin d’approfondir les échanges sur les procédures de saisie et de confiscation engagées en France.
Le ministre français a également insisté sur la nécessité de renforcer la coopération sécuritaire face à la montée de la criminalité organisée et des réseaux de trafic de stupéfiants. « Nous partageons la difficulté de lutter contre les mafias de la drogue et des psychotropes », a-t-il déclaré, évoquant un travail conjoint de renseignement judiciaire entre les deux pays dans la lutte contre certains réseaux impliqués dans le trafic de cocaïne.
Sans entrer dans les détails, Gérald Darmanin a révélé que des informations « très précieuses» avaient été échangées entre les deux parties, accompagnées de demandes d’extradition réciproques. Il a par ailleurs indiqué que la coopération bilatérale s’étendait également aux domaines pénitentiaire et de la justice civile, notamment pour répondre aux préoccupations des nombreuses familles vivant de part et d’autre de la Méditerranée, avec une attention particulière portée à la protection des enfants.
Le ministre français a aussi affirmé avoir évoqué plusieurs « cas individuels », dont celui du journaliste Christophe Gleizes, à la demande du président Emmanuel Macron. Il a dit espérer une « libération prochaine » du journaliste français et assuré faire « confiance » au président Abdelmadjid Tebboune pour trouver une issue favorable à cette affaire.
Un traité d’amitié à la place de l’Accord de 1968
Au-delà des questions judiciaires et sécuritaires, Gérald Darmanin a relancé un vieux dossier diplomatique : celui d’un traité d’amitié entre la France et l’Algérie. De retour en France, lors d’un entretien accordé à la chaîne CNews, il a exprimé son « rêve » de voir un tel projet aboutir un jour. « Il faut un traité avec l’Algérie. J’espère, je rêve, un jour, d’un traité d’amitié qui respecte les deux pays », a-t-il déclaré.
Ce projet, initié au début des années 2000 sous les présidences de Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika, avait été abandonné après les tensions provoquées par la loi française de février 2005 évoquant les « bienfaits » de la colonisation. Deux décennies plus tard, c’est la première fois qu’un responsable français de ce niveau remet publiquement cette idée sur la table.
Interrogé sur l’accord franco-algérien de 1968 relatif à l’immigration, régulièrement critiqué par la droite et l’extrême droite françaises, Gérald Darmanin a estimé qu’il fallait désormais « dépasser » ce texte. Selon lui, les réalités démographiques, politiques et sociales des deux pays ont profondément changé depuis l’époque du général de Gaulle. « Il faudra renégocier ce traité et le dépasser », a-t-il insisté, affirmant que cette évolution devait permettre de mieux défendre « les intérêts des deux pays ».
Le ministre français a également répondu aux critiques du Rassemblement national, qui accuse le gouvernement français de faire preuve de faiblesse vis-à-vis d’Alger. « Nous n’avons pas de leçons à recevoir du RN », a-t-il lancé, rappelant que l’Algérie demeure un partenaire stratégique majeur pour la France, notamment sur les questions sécuritaires au Sahel.
Malgré des relations tendues, Gérald Darmanin a plaidé pour un dialogue constant entre les deux États. « Il faut se parler, même quand c’est difficile », a-t-il affirmé, soulignant que les services de renseignement des deux pays coopèrent « quasi quotidiennement » pour la sécurité des Algériens et des Français.
Synthèse : Sid Ali
LA NATION Quotidien National D'information