L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a rejeté, jusqu’à samedi dernier, les candidatures de 269 prétendants aux élections législatives prévues le 2 juillet prochain, tandis que 1 235 dossiers ont été validés. Cette opération intervient une semaine après le lancement de l’étude des dossiers des candidatures, un processus qui se poursuit encore.
Dans son dernier communiqué, l’Autorité précise avoir examiné 101 dossiers supplémentaires, dont 86 présentés sous l’étiquette de partis politiques et 15 relevant de listes indépendantes. Les formations politiques concernées ont été invitées à remplacer les candidats rejetés avant le 6 juin prochain. L’institution avait auparavant indiqué que les candidats exclus pouvaient introduire des recours devant les tribunaux administratifs dans un délai de trois jours après notification du refus.
Plus de 850 listes déposées
Au total, 854 listes ont été déposées, dont 788 sur le territoire national et 66 représentant la communauté algérienne à l’étranger. Ces chiffres concernent les dossiers étudiés jusqu’au samedi 23 mai à 15h30.
Selon le bilan publié par l’Autorité, les partis politiques ont déposé 708 listes, réparties entre 649 listes nationales et 59 à l’étranger. Les listes indépendantes représentent, quant à elles, 144 candidatures, dont 138 en Algérie et 6 à l’étranger, auxquelles s’ajoutent deux listes issues d’alliances partisanes.
Le Front de libération nationale et le Rassemblement national démocratique arrivent en tête avec 69 listes chacun à l’intérieur du pays et 6 listes à l’étranger. Ils sont suivis par le Front El Moustakbal, qui a présenté 68 listes nationales et 8 à l’étranger.
Les partis islamistes bien représentés
Du côté des partis islamistes, le Mouvement El Bina dirigé par Abdelkader Bengrina domine avec 67 listes nationales et 4 à l’étranger. Son rival, le Mouvement de la société pour la paix, a déposé 64 listes en Algérie et 6 hors du pays.
Le Front de la justice et du développement de Abdallah Djaballah n’a présenté que 13 listes nationales sans participation à l’étranger, tandis que le Mouvement Ennahda a déposé 10 listes nationales et une liste extérieure.
Le Sawt Echaab de Lamine Osmani a présenté 54 listes nationales et 4 à l’étranger. Le Parti El Karama a, de son côté, déposé 28 listes nationales et une liste extérieure, alors que Tajamou Amel El Djazaïr (TAJ) a enregistré 27 listes nationales et deux à l’étranger.
Retour de certains partis après le boycott
Parmi les partis revenant dans la compétition après avoir boycotté les précédentes législatives, le Parti des travailleurs arrive en tête avec 29 listes nationales. Le Front des forces socialistes (FFS) a présenté 22 listes en Algérie et 5 à l’étranger.
Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), quant à lui, n’a pu déposer que 8 listes nationales et 2 listes à l’étranger.
Concernant les alliances politiques, l’Autorité a enregistré une liste commune entre le Parti El Fadjr El Jadid et le Front de l’Algérie nouvelle à l’intérieur du pays, ainsi qu’une liste de l’alliance « El Bayane et El Karama » à l’étranger.
Controverse autour de l’article 200
Selon des sources politiques citées par le quotidien El Hourria, le « filtre » appliqué par l’Autorité électorale a entraîné l’exclusion de nombreux cadres de partis politiques sur la base de l’article 200 de la nouvelle loi électorale.
Cet article, issu de la loi organique n°26-05 du 4 avril 2026, stipule que « le candidat ne doit pas être connu du public pour ses liens avec les milieux de l’argent corrompu ou des activités suspectes, ni pour son influence directe ou indirecte sur la liberté de choix des électeurs et le bon déroulement du processus électoral ».
Le Mouvement de la société pour la paix a dénoncé récemment ce qu’il considère comme une application « arbitraire et excessive » de cette disposition, affirmant que plusieurs candidats ont été exclus sans preuves juridiques claires ni décisions judiciaires définitives. Le parti estime que cette pratique porte atteinte aux droits politiques et constitutionnels des citoyens ainsi qu’au principe d’égalité des chances.
Des interrogations sur les critères d’exclusion
Des sources politiques affirment que plusieurs responsables locaux de partis ont été écartés sur la base de soupçons liés à « l’argent sale », notamment au sein du Mouvement de la société pour la paix et du Mouvement El Bina, où même un député en exercice aurait été concerné.
Le Rassemblement national démocratique n’aurait pas non plus échappé à cette vague d’exclusions. Selon les mêmes sources, seul le Front de libération nationale semble avoir été relativement épargné, notamment parce qu’il n’a pas investi ses cadres locaux sur ses listes.
Ces exclusions soulèvent désormais de nombreuses interrogations dans la classe politique : s’agit-il de simples coïncidences ou d’une stratégie délibérée de l’Autorité électorale ? Plusieurs responsables demandent surtout comment les liens présumés entre certains candidats et « l’argent suspect » ont pu être établis sans décisions de justice définitives.
Sadek Yahiaoui
LA NATION Quotidien National D'information