
Mouvement populaire pour le changement
Alger était bouclée, hier, comme à chaque vendredi. Les forces de la gendarmerie et de la police assuraient l’encerclement de la capitale. Une multitude de barrages pratiquaient un filtrage minutieux. Aucun véhicule immatriculé hors Alger n’était autorisé à passer. A la station «Tafourah» et à la place de la Grande Poste, les policiers vérifiaient les pièces d’identités. Ceux qui n’habitent pas Alger sont embarqués. Ceux qui habitent la capitale sont interrogés sur la raison de leur présence au centre-ville.
C’est ainsi que la capitale s’apprêtait à vivre, hier, son 32e vendredi de manifestation contre le pouvoir. L’image est devenue routinière, presque la même depuis des mois.
Vers la fin de l’été, beaucoup ont misé sur l’essoufflement du mouvement. Ce jugement était, un tant soit peu, logique. Sauf que les derniers développements de la situation politique sont venus changer la donne de bout en bout. D’abord, la volonté clairement affichée du pouvoir pour l’organisation des élections tout en gardant Bedoui et Bensaleh.
Ensuite sont venus les candidatures de Ali Benflis et Abdelmajid Tebboune. Benflis a clairement joué contre le Hirak, en sautant sur ce qui parait être sa dernière chance pour terminer président de la République. La candidature de Tebboune est, tout de suite perçue, comme celle du pouvoir. Le slogan «ma kanch el khamssa» (non au 5e mandat) a largement refait surface hier. Une autre façon pour dire que la candidature de Tebboune n’est rien d’autre qu’une tentative de remettre en selle l’esprit et la philosophie du cinquième mandat de Bouteflika. Des vidéos relayées sur les réseaux sociaux ont montré Tebboune jurant qu’il continuerait à appliquer le programme de Bouteflika. Il s’agit donc d’un homme du système…
Hier, dès la fin de la prière hebdomadaire de vendredi, une foule immense s’est déferlée des quatre coins de la ville blanche. Les rues, Hassiba, Didouche, Asselah et tant d’autres étaient noires de monde. Difficile à estimer le nombre. Ce qui est sûr c’est qu’il y avait de plus en plus de monde de vendredi en vendredi. Arrivant de Bab El Oued, un carré de jeunes scandait : « nous sommes arrivés à la capitale en Haraga.»
Les slogans suivent la même ligne de conduite : Une opposition ferme aux élections telle que tracées par le pouvoir en place. «Nous ne nous arrêtons pas avant le départ de toute la bande,» pouvait-on lire, ou, encore : « Vos élections ne règlent pas le problème de la légitimité,» « Ni Tebboune, ni Benflis, le peuple est président.» Sur une autre banderole, plus philosophique, on pouvait lire : « Ma voix n’arrive pas à la télévision, comment va-t-elle arriver à l’urne ?»
Hier matin, des informations circulaient selon lesquelles beaucoup de manifestants se sont donnés rendez-vous à Bejaïa et dans d’autres villes du pays afin de soutenir le Hirak dans d’autres régions que la capitale, et d’autre part, pour braver l’encerclement qui frappe Alger.
Effectivement, le hirak a enregistré son 32e vendredi intensément dans plusieurs régions du pays.
Des manifestations pacifiques se sont déroulées également à Batna, Blida et Biskra, Oran, Tisemssilt, Khenchela,Tlemcen, Bouira, Bejaia, Tizi Ouzou pour réclamer le changement, et dire non aux élections dans les conditions actuelles.
A Bordj Bou-Arreridj, les manifestants, très nombreux comme à chaque vendredi ont sillonné les rues de la ville pour réclamer le changement.
A l’extrême est du pays à El Tarf, les citoyens ont manifesté en très grand nombre pour réclamer le changement.
Des marches pacifiques se déroulent en même temps à Constantine, Jijel. Dans les rues de cette dernière ville, des dizaines de milliers de manifestants ont participé à la marche. Une marée humaine s’est formée sur l’esplanade du stade du 1er Novembre de Tizi Ouzou pour la marche du 32e vendredi.
Ha.sa