À moins de 36 heures de l’expiration de la trêve, les négociations entre l’Iran et les États-Unis demeurent plongées dans une forte incertitude. Sur fond de durcissement des positions, Téhéran qualifie les propositions américaines d’« irréalistes », tandis que la Maison-Blanche continue d’afficher un optimisme mesuré.
Selon plusieurs sources américaines et pakistanaises, le vice-président J. D. Vance est attendu à Islamabad pour participer à un nouveau cycle de discussions avec la délégation iranienne. Le média américain Axios indique qu’il s’est déjà rendu au Pakistan, tandis que des médiateurs, cités par l’Associated Press, confirment son arrivée ainsi que celle du président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf à l’aube de mercredi pour mener les pourparlers.
Malgré ces préparatifs, le flou persiste quant à la participation effective de Téhéran, qui n’a toujours pas confirmé sa présence. Ghalibaf a réaffirmé que son pays refuse toute négociation « sous la menace ». Parallèlement, un haut responsable iranien a indiqué à Reuters que la participation restait à l’étude, alors qu’ Islamabad tente de jouer les médiateurs pour alléger les restrictions américaines visant les ports iraniens.
Les tensions ont été exacerbées par des déclarations controversées du président Donald Trump. Selon CNN, ses propos jugés précipités sur le dossier de l’uranium enrichi ont désorganisé les échanges. Sur sa plateforme Truth Social, Trump a affirmé que l’Iran avait accepté de livrer son stock d’uranium et de suspendre sans condition son programme nucléaire, annonçant une fin imminente de la guerre — des affirmations immédiatement démenties par Téhéran.
Alors que les deux parties semblaient proches d’un accord pour mettre fin à un conflit de sept semaines, ces déclarations ont brisé la dynamique positive. En privé, certains responsables américains reconnaissent que cette communication a nui aux négociations, dans un contexte déjà marqué par une profonde méfiance iranienne envers Washington.
Des divisions internes au sein de la partie iranienne compliqueraient également le processus. Washington soupçonne un désaccord entre les négociateurs politiques, dont Abbas Araghchi, et les Gardiens de la révolution, ce qui alimente les incertitudes quant à la validation finale d’un éventuel accord.
Sur le fond, les positions restent éloignées. Les États-Unis exigent un arrêt total de l’enrichissement d’uranium et la remise des stocks existants, en échange du déblocage d’environ 20 milliards de dollars d’avoirs gelés. L’Iran propose, lui, un gel temporaire du programme nucléaire pour une durée de 5 à 10 ans, tout en maintenant ses exigences concernant la levée des sanctions et son rôle stratégique dans le détroit d’Ormuz.
À ces tensions diplomatiques s’ajoutent des incidents militaires, notamment la saisie d’un navire marchand iranien par un destroyer américain dans le golfe d’Oman, ce qui accentue les risques d’escalade à l’approche de la fin du cessez-le-feu.
Par ailleurs, des déclarations contradictoires de Donald Trump concernant le rôle de son vice-président et le calendrier de la trêve (mardi ou mercredi selon Washington) ont brouillé la lisibilité de la stratégie américaine. La Maison-Blanche maintient toutefois que les États-Unis « n’ont jamais été aussi proches d’un bon accord », présentant ces prises de parole comme relevant d’une tactique de négociation.
Dans ce contexte instable, l’issue des discussions — tout comme celle de la trêve — dépendra de la capacité des deux parties à faire rapidement des concessions.
Pendant ce temps, en Israël, certains responsables politiques et sécuritaires expriment ouvertement leur scepticisme, voire leur hostilité à un accord. Le gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahou considère qu’un compromis entre Washington et Téhéran constituerait une menace stratégique, en permettant à l’Iran de se maintenir et de se renforcer.
L’ancien conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat estime que la reprise du conflit ou l’échec des négociations serait préférable à un accord jugé insuffisant. Il appelle Israël à se préparer à une éventuelle reprise des hostilités, estimant qu’une prolongation de la trêve favoriserait Téhéran dans les négociations.
Selon lui, trois scénarios restent possibles : un accord, une prolongation du cessez-le-feu ou une reprise de la guerre. Il souligne toutefois que les signaux actuels — rhétorique escalatoire, renforcement militaire et incidents dans le détroit d’Ormuz — ne permettent pas de prédire l’issue.
Enfin, certains analystes israéliens, dont Amos Harel, estiment que l’échec des négociations serait l’option privilégiée par le gouvernement actuel. Officiellement aligné sur Washington, Israël resterait néanmoins en attente d’une opportunité pour relancer les opérations militaires, tout en évitant un affrontement direct avec l’administration américaine.
Dans ce climat de tensions et d’incertitudes, la réunion d’Islamabad apparaît comme une étape décisive, susceptible de faire basculer la région vers un apaisement fragile ou une reprise des hostilités.
R.I
LA NATION Quotidien National D'information