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Restauration rapide : la «malbouffe» envahit l’Algérie

Quand on est contraint de déjeuner dehors, il faut souvent accepter d’ingurgiter une nourriture de piètre qualité. Avec la détérioration de leur pouvoir d’achat, une grande partie des Algériens avalent des produits nocifs pour leur santé juste pour calmer la faim.

La restauration populaire algérienne s’est considérablement métamorphosée, ces quatre dernières décennies. Avant les années 1980, il était rare de trouver un fast-food. Les petites gens mangeaient dans des gargotes où l’on servait des plats cuisinés, des brochettes de mouton ou de la friture de poisson ordinaire, en général de la sardine.

La loubia (fayots), les lentilles, la hmissa (pois-chiches) venaient en tête des plats en sauce prisés par les plus pressés ou par ceux qui n’avaient pas les moyens de se permettre fréquemment de la chtitha (ragoût épicé) de bœuf, d’agneau ou de poulet. Les mets contenant de la viande, bien qu’abordables, n’étaient pas à la portée des plus pauvres. Ces derniers ont d’ailleurs baptisé la garantita, ce flanc salé à base de farine de pois-chiche, « kebda el beida » (le foie blanc) pour calmer leur frustration.

Les restaurants à nappe des grandes villes servaient rarement des spécialités algériennes. La gastronomie française est restée maîtresse des lieux huppés en Algérie jusqu’aux années 1980. Même les autres cuisines du monde n’ont intégré les menus que récemment.

La cuisine des petites bourses était peu variée. Elle se composait de chorba, d’un hors-d’œuvre (salade de macédoine ou jardinière), d’œufs durs à la mayonnaise et d’un plat principal semblable à celui qu’on mange d’habitude à la maison. Le dessert, généralement un fruit, était facultatif. Le poulet rôti et le steak accompagnés de frites faisaient partie des folies occasionnelles.

« Demi-plat » et verre de limonade

Pour manger, on s’asseyait autour d’une table couverte généralement d’une toile cirée. Le pain était découpé en morceaux et mis dans un panier commun. On pouvait commander un verre de limonade et se suffire d’un « demi-plat ». Ceux qui, comme les journaliers, devaient économiser le prix d’un repas relativement cher déjeunaient chez le « lebben » (le crémier) où ils pouvaient se restaurer avec un broc de petit lait ou du lait caillé, du pain beurré, de dattes et parfois de couscous mesfouf.

Des lieux pareils résistent toujours à la disparition en dépit des fast-foods orientaux ou occidentaux et des pizzerias. Cette restauration rapide à totalement chamboulé les habitudes culinaires populaires. Les débits de chawarma, de cheeseburger, de paninis, de tacos, et de tous les champions des « junk food » se sont multipliés comme les champignons dans les villes et même les villages.

Toutefois, avec la détérioration de leur pouvoir, la majorité des Algériens qui mangent dehors se suffisent d’une tranche de pizza ou d’un soufflet, faits de fromage synthétique pour un budget moyen de 50 dinars. La garantita et les mhadjeb demeurent aussi le plat du pauvre par excellence. Quelques améliorations leur ont été apportées ces derniers temps par l’ajout de frites afin d’obtenir une composition baptisée « mélange ». Même le fameux « frites-omelette » en sandwich devient inaccessible à une grande partie des travailleurs puisque son prix peut atteindre les 150 dinars, soit 4 500 par mois, le quart du Smig.

En général, les nouvelles modes culinaires adoptées par la restauration rapide sont très peu diététiques et parfois mauvaises pour la santé. En témoigne le développement de maladies qui étaient quasi inconnues en Algérie, telles que l’obésité, le diabète, l’irritation du côlon et d’autres pathologies liées à la qualité de la nourriture.

Les travailleurs, les écoliers, les lycéens, les étudiants et tous ceux qui pour une raison ou autre se trouvent dehors à l’heure du déjeuner n’ont, cependant, pas l’embarras du choix. Pour se sustenter hors de chez eux à bas coût, ils sont contraints d’ingurgiter des mets de piètre qualité. C’est l’un des symptômes les plus visibles de l’appauvrissement général de la population et celui de sa culture gastronomique qui a mis des siècles la disparition pour se former.

Mohamed Badaoui 

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