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Lyes Merabet (Président du SNPSP) à La Nation : « la situation épidémiologique est grave »

Pour le président du Syndicat national des praticiens de la Santé publique (SNPSP) Lyes Merabet, la situation épidémiologique en Algérie est grave.  « Les indices révélateurs, le nombre de cas contaminés en augmentation constante, parmi la population en général et les professionnels de santé. Le pourcentage élevé de décès parmi les cas compliqués et la pression suite aux flux incessants des malades que subissent depuis plusieurs semaines les établissements de santé débordés ne permettent pas une prise en charge efficace » a-t-il déclaré.

Le président du SNPSP a précisé que le test PCR n’est disponible ni pour les malades, ni pour le personnel de santé.

La Nation : Avant d’aborder le sujet lié à la pandémie du Covid-19, où en êtes- vous avec la campagne de vaccination antigrippale ?

 Dr. Lyes Merabet : La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière officiellement annoncée pour le 04 novembre 2020, a démarré avec un peu de retard, dans la plupart des établissements de santé, en raison du non acheminement à temps du vaccin et des quantités très insuffisantes distribuées. Une situation qui a généré des tensions dans beaucoup d’établissements publics de santé de proximité, chargés de dispenser cette prestation aux citoyens, d’autant plus que le vaccin est non disponible dans les pharmacies privées.

Comment appréciez-vous la situation pandémique en Algérie ?

 La situation épidémique est grave dans plusieurs wilayas, en région centre notamment mais aussi à l’Est du pays. Les indices révélateurs en sont l’augmentation constante de nombre de cas contaminés, parmi la population générale et les professionnels de santé, le pourcentage assez élevé de décès  parmi les cas compliqués et la pression que subissent depuis plusieurs semaines les établissements de santé débordés, par les flux incessants de malades candidats à une prise en charge hospitalière.

Vu la saturation des structures hospitalières, où en est la prise en charge ?

Je parlerai plutôt de désorganisation. Les structures hospitalières sont complètement débordées, car les capacités mobilisées pour l’admission des malades Covid19, aux dépens d’autres soins, n’arrivent plus à répondre aux besoins sans cesse croissants, à défaut d’un ralentissement de la progression de la contamination. Une situation qui pose problème pour la région centre, par exemple (Alger et Blida), où les familles trouvent beaucoup de difficultés à trouver une place pour leurs malades dans les services covid19 et c’est encore plus compliqué lorsqu’il s’agit de place en réanimation. Cette situation extrême augmente les pressions sur les équipes soignantes sollicitées sans répit, pour apporter soins et assistance dans des conditions de travail très difficiles et des moyens limités. Il faut dire que pour certains malades, la prise en charge intervient avec énormément de retard.

Pensez-vous que les hôpitaux de campagne pourraient être la solution ?

 Pourquoi parler d’hôpitaux de campagne, lorsqu’on peut mobiliser d’autres structures, plus adaptées et où on peut assurer de meilleures commodités. Le Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP) avait proposé, dans des recommandations faites aux autorités du pays et dès le mois de mars 2020, l’utilisation de structures extra sanitaires, pour l’hospitalisation de certaines formes de la maladie et à l’isolement des sujets contacts et des professionnels de santé. Une organisation qui est toujours d’actualité, notamment pour la prise en charge des malades covid19 et cela permettrait une reprise progressive à d’autres activités hospitalières pratiquement à l’arrêt depuis des mois.

Qu’en est-il du moral du personnel soignant ?

Le personnel soignant dénonce le manque flagrant en moyens de protection, dans certaines wilayas, plus que d’autres. Le personnel est fatigué et très affecté au plan psychologique, du fait du stress et de la pression sur les lieux du travail. Principalement pour ceux mobilisés dans les services covid19, les unités de réanimation ou au niveau des pavillons des urgences, bien que l’effort soit partagé par tous les corps du personnel de santé, des deux secteurs public et privé. A ce jour, le SNPSP comptabilise plus de 9500 cas de professionnels contaminés, plus de 142 décès et une déperdition en effectifs, en raison du confinement sanitaire et des arrêts de travail.

Les tests PCR, jugés les plus efficaces, restent très peu utilisés. Ne pensez-vous pas que cela a un impact négatif sur le suivi de l’évolution de l’épidémie en Algérie ?

 Effectivement, c’est d’ailleurs un de nos points faibles dans cette gestion hyper-centralisée de la crise sanitaire. Ça continue à ce jour de poser problème, puisque la majorité des malades et des sujets contacts trouvent beaucoup de difficultés pour effectuer un examen RT PCR, ce qui retarde le diagnostic et le dépistage autour des cas avérés atteints de la covid19, d’où l’inefficacité des enquêtes épidémiologiques sur le terrain. J’ajouterai que même pour le personnel soignant, cet examen n’est pas assuré par les établissements de santé.

Hormis le test PCR, que pensez-vous de la fiabilité du diagnostic fait sur la base de l’imagerie médicale et du test sérologique ?

 Lorsqu’on n’a pas le choix de disposer de moyens nécessaires au diagnostic ou au traitement de nos patients, on s’organise avec ce qui est possible de faire. La RT PCR reste l’examen de référence, après il y a un autre examen que beaucoup de pays ont homologué l’usage à grande échelle et c’est la recherche antigénique sur prélèvements naso-pharyngés, moins coûteux et plus rapides à réaliser. Le recours au scanner thoracique est une alternative au diagnostic à défaut mais le résultat de l’examen doit être confronté à un faisceau argumentaire clinique et épidémiologique, en plus du fait que le scanner permet une appréciation de l’étendue des lésions pulmonaires chez les personnes malades. La sérologie (pas les tests rapides) n’a aucun intérêt direct en urgence pour le diagnostic car le titrage détectable des anticorps spécifiques à l’infection n’est possible qu’à partir de la première semaine après le début des signes cliniques.

Le gouvernement a lancé des enquêtes épidémiologiques, mais les résultats tardent à venir, quelles en sont les raisons, selon vous ?

Comme je l’ai souligné déjà au début de cet entretien, l’autre faiblesse dans la gestion de cette crise sanitaire majeure est dans le volet inhérent au déroulement des enquêtes épidémiologiques. Un retard flagrant dans la mise en place d’un plan d’action, un déficit en coordination entre les différentes équipes mobilisées sur le terrain en plus des problèmes logistiques et manque de moyens indispensables à la réalisation de ce travail… sont autant d’éléments qui ont manqué pour la réussite des enquêtes épidémiologiques qui restent essentielles dans toute situation pandémique.

Où en est-on dans les négociations pour l’acquisition du vaccin Anti Covid-19 ?

Je considère personnellement que c’est un peu trop précipité de parler de vaccin à l’état actuel de l’avancement de ce dossier au niveau mondial. Il faut s’organiser en conséquence et préparer la logistique nécessaire à notre propre situation pour être prêt le cas échéant à l’entame d’une telle campagne de vaccination par les autorités sanitaires compétentes et habilitées indépendamment des communiqués de presse des laboratoires producteurs de vaccins. Il est peut être intéressant que beaucoup d’experts de par le monde, y compris de l’OMS, aient considéré que pour des raisons de validation des processus de fabrication, les délais possibles pour son utilisation sont annoncés pour le premier trimestre 2021. Le plus important pour nous, c’est de maintenir l’effort de sensibilisation et de la mobilisation citoyenne, pour ralentir la progression de l’épidémie et ramener le fonctionnement de notre système de santé à un niveau de normalité et d’efficience.

 Entretien réalisé par Samia Acher

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