Les transferts de fonds des Algériens établis à l’étranger ont poursuivi leur recul en 2025, à contre-courant de la tendance observée dans les autres principales économies d’Afrique du Nord. Selon un rapport du Fonds international de développement agricole (Fida), agence spécialisée des Nations unies, l’Algérie a reçu 1,799 milliard de dollars de sa diaspora au cours de l’année écoulée.
Ce montant place l’Algérie nettement derrière ses voisins du Maghreb et, plus largement, derrière l’Égypte. Avec 41,517 milliards de dollars, cette dernière domine largement le classement régional. Le Maroc arrive ensuite avec 13,657 milliards de dollars, tandis que la Tunisie a enregistré 3,257 milliards de dollars de transferts. Les flux reçus par l’Algérie représentent ainsi un montant inférieur à celui de la Tunisie, malgré l’importance de sa communauté établie à l’étranger.
L’évolution sur une décennie souligne davantage l’écart entre l’Algérie et ses voisins. Entre 2016 et 2025, les transferts vers l’Algérie ont diminué de 10 %, alors qu’ils ont progressé de 123 % vers l’Égypte, de 114 % vers le Maroc et de 79 % vers la Tunisie. L’Algérie apparaît ainsi comme le seul pays d’Afrique du Nord cité dans le rapport à avoir enregistré une évolution négative sur cette période.
La différence apparaît également lorsqu’on rapporte ces transferts au poids des exportations. En 2025, les fonds envoyés par les Égyptiens de l’étranger équivalaient à 57 % des exportations du pays. Ce ratio atteignait 18 % au Maroc et 12 % en Tunisie, contre seulement 4 % en Algérie. Ces données illustrent le rôle relativement limité que jouent les transferts de la diaspora dans le financement extérieur de l’économie algérienne.
Cette situation contraste avec celle du Maroc et de la Tunisie, où les envois de fonds constituent une source importante de devises. Au Maroc, leur progression soutenue au cours des dernières années a renforcé leur poids dans les équilibres financiers extérieurs. En Égypte, les transferts de la diaspora constituent même l’une des principales sources de devises du pays.
À l’échelle africaine, le recul algérien se confirme également. Le pays, qui figurait auparavant parmi les cinq premiers bénéficiaires du continent, a quitté ce classement en 2025, au même titre que le Ghana. L’Éthiopie et le Kenya ont intégré le groupe dominé par l’Égypte, le Nigeria et le Maroc.
Selon le Fida, les cinq premiers pays africains bénéficiaires — Égypte, Nigeria, Maroc, Éthiopie et Kenya — ont capté ensemble 90,1 milliards de dollars en 2025, soit environ 73 % des transferts reçus par l’Afrique. À elle seule, l’Égypte en représentait près d’un tiers.
Pour l’Algérie, ces chiffres mettent donc en évidence un paradoxe : malgré une diaspora importante, les transferts officiellement recensés restent relativement faibles et ont même diminué sur dix ans. L’écart avec le Maroc, la Tunisie et surtout l’Égypte pose ainsi la question des facteurs qui limitent les flux financiers formels vers le pays et de leur contribution encore réduite au financement de l’économie nationale.
Sid Ali
LA NATION Quotidien National D'information