Plus de quatre ans après son éclatement, le scandale Pegasus continue de susciter de vives interrogations et de nouvelles révélations. Un documentaire diffusé par France Télévisions relance aujourd’hui le débat, en mettant en lumière des éléments inédits sur cette affaire d’espionnage à grande échelle impliquant notamment le Maroc et plusieurs dirigeants étrangers.
Au cœur de ces révélations figure une hypothèse avancée par Bernard Bajolet, selon laquelle le piratage du téléphone du président français Emmanuel Macron aurait eu pour objectif d’obtenir des informations stratégiques sur l’Algérie. Le logiciel Pegasus, développé par une entreprise israélienne, aurait été utilisé par les services marocains dès 2017 pour surveiller des milliers de cibles, parmi lesquelles des opposants, des journalistes et des responsables politiques étrangers.
Révélé en 2021 par le collectif de journalistes Forbidden Stories, le scandale avait provoqué un choc diplomatique majeur. Parmi les cibles figuraient non seulement Emmanuel Macron, mais aussi l’ancien Premier ministre Édouard Philippe et plusieurs membres du gouvernement français. Cette affaire avait contribué à un net refroidissement des relations entre Paris et Rabat, qui ne s’est atténué qu’à partir de 2024.
Dans le documentaire diffusé sur France 5, Bernard Bajolet souligne que le contexte régional de l’époque, marqué par le Hirak en Algérie en 2019, aurait renforcé l’intérêt du Maroc pour les positions françaises vis-à-vis d’Alger. Selon lui, ces informations relevaient d’un enjeu stratégique majeur pour Rabat.
Les révélations mettent également en avant la réaction particulièrement vive d’Emmanuel Macron. D’après le journaliste Laurent Richard, le président français aurait exprimé sa colère à l’égard du roi Mohammed VI, accusant implicitement les autorités marocaines d’être derrière cette opération. Un échange téléphonique tendu aurait même opposé les deux dirigeants, le chef de l’État français mettant en doute les dénégations du souverain.
Malgré la gravité de l’affaire, aucune communication officielle détaillée n’a été faite par l’Élysée. Cette retenue continue d’alimenter les interrogations, notamment sur les raisons ayant conduit Paris à normaliser ses relations avec Rabat, allant jusqu’à soutenir la position marocaine sur le Sahara occidental.
D’autres pays européens, comme l’Espagne, également touchés par Pegasus, ont adopté une attitude similaire, privilégiant l’apaisement à la confrontation. Pour certains observateurs, cette posture s’explique par les intérêts stratégiques et politiques en jeu.
Enfin, l’ancien président Nicolas Sarkozy a relativisé l’ampleur du scandale, le comparant à un simple différend passager entre deux nations liées par une longue histoire commune. Une vision qui contraste avec la gravité des faits dénoncés et qui illustre les divisions persistantes autour de cette affaire.
Sid Ali
LA NATION Quotidien National D'information