L’escalade militaire entre l’Iran, les États-Unis et Israël a franchi un nouveau seuil critique. Selon le Croissant-Rouge iranien, 555 personnes ont été tuées et 131 villes ont été touchées par des frappes depuis le début de l’offensive américano-israélienne il y a deux jours.
Un membre de la commission parlementaire iranienne de la santé, Mohammad Beighi, a indiqué que cinq hôpitaux et centres médicaux ont été endommagés par les bombardements. Craignant de nouvelles attaques, certaines structures ont été évacuées. Le ministère iranien de la Santé a par ailleurs annoncé l’évacuation complète de l’hôpital Gandhi, à Téhéran, après qu’il a été visé par une frappe de missile, dans un contexte d’intensification des opérations militaires dans la capitale.
Téhéran refuse toute négociation avec Washington
Sur le plan politique, le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne, Ali Larijani, a affirmé lundi que l’Iran « ne négociera pas avec les États-Unis ». Il a accusé le président américain Donald Trump d’entraîner la région « dans le chaos par des rêves illusoires ».
Dans un message publié sur la plateforme X, Larijani a démenti les informations selon lesquelles des responsables iraniens auraient cherché à entamer des discussions avec l’administration Trump après les frappes conjointes américaines et israéliennes menées le week-end dernier. Il a estimé que le président américain, en poursuivant sa stratégie, aurait transformé son slogan « America First » en « Israel First », sacrifiant les soldats américains au profit des intérêts israéliens.
Frappes iraniennes contre des cibles israéliennes
De son côté, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a annoncé avoir mené une frappe visant le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, dans le cadre d’une nouvelle vague d’attaques baptisée « Promesse véridique 4 ».
Selon un communiqué officiel, cette dixième vague de frappes comprenait des tirs de missiles balistiques, dont des missiles « Kheibar », ainsi que des attaques de drones contre plusieurs cibles, notamment quatre bureaux attribués au chef du gouvernement israélien et un site lié au commandement de l’armée de l’air israélienne. Des centres militaires et sécuritaires à Haïfa ainsi qu’à Jérusalem-Est figureraient également parmi les objectifs.
Le CGRI a averti les civils israéliens de ne pas s’approcher des bases militaires et des centres gouvernementaux, les appelant à quitter le pays, affirmant que « l’alerte ne cessera jamais ».
Des tirs de missiles iraniens ont par ailleurs été signalés en direction d’Israël, tandis que des sirènes d’alerte retentissaient à Tel-Aviv et dans le centre du pays, placé en état d’alerte maximale.
Incident autour du porte-avions USS Abraham Lincoln
Dimanche, les Gardiens de la révolution ont également affirmé avoir visé le porte-avions américain USS Abraham Lincoln dans le Golfe, au lendemain de l’attaque américano-israélienne qui a conduit à l’assassinat du guide suprême iranien.
Dans un communiqué relayé par les médias locaux, ils ont déclaré que le navire avait été touché par quatre missiles balistiques, avertissant que « la terre et la mer deviendront de plus en plus le cimetière des agresseurs terroristes ».
L’armée américaine a immédiatement démenti, affirmant que le porte-avions n’avait pas été atteint et que les missiles « ne se sont même pas approchés de leur cible ». L’USS Abraham Lincoln est l’un des deux porte-avions dépêchés récemment par Washington dans la région, et le plus proche des côtes iraniennes.
Tensions maritimes et menaces sur le détroit d’Ormuz
La situation est également très tendue dans le Golfe et le détroit d’Ormuz. Les Gardiens de la révolution ont déclaré avoir frappé trois pétroliers américains et britanniques dans le Golfe et le détroit stratégique.
Des sources du secteur maritime ont indiqué qu’au moins trois pétroliers ont subi des dommages au large des côtes du Golfe, dans un contexte de représailles iraniennes ayant exposé les navires commerciaux à des risques collatéraux.
Les risques pour la navigation commerciale ont fortement augmenté au cours des dernières 24 heures. Selon des données maritimes, plus de 200 navires, dont des pétroliers et des transporteurs de gaz naturel liquéfié, sont immobilisés autour du détroit d’Ormuz et dans les eaux environnantes. Téhéran affirme avoir fermé ce passage stratégique, par lequel transite environ 20 % des exportations mondiales de pétrole.
Le chef de la sécurité de l’Association mondiale du transport maritime (BIMCO), Jakob Larsen, a averti que l’attaque américano-israélienne contre l’Iran accroît considérablement les risques sécuritaires pour les navires opérant dans le Golfe. Selon lui, les bâtiments ayant des liens commerciaux avec des intérêts américains ou israéliens sont particulièrement exposés, sans exclure des frappes accidentelles contre d’autres navires.
Un centre de sécurité maritime omanais a signalé qu’un pétrolier battant pavillon des Palaos et soumis à des sanctions américaines a été attaqué au large de la péninsule de Musandam, faisant quatre blessés. Deux sources de sécurité maritime ont également indiqué qu’un pétrolier battant pavillon des Îles Marshall a été endommagé par un projectile alors qu’il naviguait au large d’Oman, à environ 44 milles nautiques au nord-ouest de Mascate.
L’Agence britannique des opérations commerciales maritimes a fait état d’une explosion signalée par un navire marchand dans la même zone. D’autres incidents ont été rapportés aux Émirats arabes unis, notamment au port de Jebel Ali, où un pétrolier aurait frôlé des dommages causés par des débris lors d’interceptions aériennes.
Face à la montée des tensions, l’administration maritime américaine a recommandé aux navires battant pavillon américain ou appartenant à des intérêts américains d’éviter le détroit d’Ormuz et le golfe d’Oman. Elle a également conseillé aux navires commerciaux américains de maintenir une distance d’au moins 30 milles nautiques des bâtiments militaires américains afin de réduire le risque d’erreur d’identification.
Des sources sécuritaires évoquent enfin la possibilité que des forces iraniennes posent des mines dans les passages étroits du détroit d’Ormuz, ce qui ferait peser une menace supplémentaire sur l’une des routes maritimes les plus stratégiques au monde.
Synthèse : Ab.N
LA NATION Quotidien National D'information