La Russie s’est dite prête à jouer un rôle actif pour apaiser la crise internationale aiguë autour du détroit d’Hormuz. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a affirmé que Moscou restait fidèle à son appel initial en faveur d’une solution diplomatique.
Dans un entretien accordé au média indien « First Post », Zakharova a souligné que la Russie avait « toujours appelé à ramener le conflit sur la voie politique et diplomatique », saluant à la fois l’accord de cessez-le-feu et l’ouverture de négociations entre l’Iran et les États-Unis à Islamabad. « Nous sommes toujours prêts à contribuer à la résolution de cette situation internationale extrêmement tendue », a-t-elle déclaré.
La diplomate a également rappelé une initiative russe plus ancienne visant à instaurer un système de sécurité collective dans la région du Golfe. Ce projet repose sur le principe d’une sécurité « égale et indivisible », incluant à la fois l’Iran et ses voisins arabes. Selon Moscou, cette approche apparaît aujourd’hui plus pertinente que jamais.
Ces déclarations interviennent dans un contexte de crise sans précédent dans le détroit d’Hormuz, par lequel transite environ 20 % de l’approvisionnement mondial en النفط. Depuis le déclenchement de la guerre contre l’Iran le 28 février dernier, la navigation y est presque totalement paralysée.
Les États-Unis imposent un blocus maritime aux ports iraniens, tandis que les Gardiens de la révolution iraniens ont saisi plusieurs navires soupçonnés de coopérer avec l’armée américaine. Dans ce contexte, la Russie réaffirme son opposition aux sanctions unilatérales, qualifiant les mesures américaines d’illégales.
Selon plusieurs rapports occidentaux, Moscou multiplie les contacts diplomatiques avec l’ensemble des parties prenantes — notamment l’Iran, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Pakistan — afin de relancer l’idée d’un « pacte de sécurité collective » comme alternative à la domination militaire américaine sur les voies maritimes stratégiques.
Parallèlement, la situation politique à Washington devient de plus en plus délicate. D’après des informations de l’agence Reuters, le président Donald Trump fait face à une pression politique considérable pour mettre fin à la guerre contre l’Iran, devenue un lourd fardeau pour la Maison-Blanche.
Les services de renseignement américains étudient actuellement plusieurs scénarios concernant la réaction de Téhéran si Trump décidait d’annoncer unilatéralement une « victoire » et de mettre fin aux principales opérations militaires sans accord global. Une évaluation préliminaire suggère que l’Iran pourrait interpréter un retrait américain comme une victoire stratégique, tandis que le maintien d’une présence militaire importante serait perçu comme une simple manœuvre de négociation.
Cette réflexion stratégique intervient alors que la guerre reste très impopulaire auprès de l’opinion publique américaine. Un sondage Reuters/Ipsos indique que seuls 26 % des Américains estiment que la campagne militaire en valait le coût, et 25 % seulement considèrent qu’elle a renforcé la sécurité du pays.
Outre la pression politique, l’administration américaine doit faire face à des conséquences économiques immédiates. L’incapacité des négociations diplomatiques à rouvrir pleinement le détroit d’Hormuz a entraîné une hausse des coûts énergétiques à l’échelle mondiale, ainsi qu’une augmentation des prix du carburant aux États-Unis.
Sur le plan militaire, plusieurs options restent officiellement à l’étude, dont la reprise de frappes aériennes ciblant des responsables politiques et militaires iraniens. Toutefois, l’hypothèse d’une invasion terrestre de l’Iran semble désormais moins probable qu’auparavant, notamment en raison des efforts de Téhéran pour reconstituer ses capacités militaires durant la trêve.
Interrogée sur ces développements, la porte-parole de la Maison-Blanche, Anna Kelly, a affirmé que les États-Unis poursuivaient les négociations avec l’Iran, tout en refusant « tout mauvais accord ». Elle a rappelé que Washington exigeait avant tout des garanties sur la sécurité nationale américaine, notamment l’impossibilité pour l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.
Malgré ces déclarations, les perspectives d’un accord restent lointaines. L’annulation récente par Trump de la visite de ses émissaires, dont Steve Witkoff et Jared Kushner, au Pakistan illustre l’impasse actuelle.
Dès lors, une question majeure demeure : le président américain choisira-t-il de proclamer une victoire et de se retirer du conflit afin de limiter les pertes politiques de son camp, au risque de permettre à l’Iran de se renforcer à long terme ? Ou poursuivra-t-il l’escalade militaire pour contraindre Téhéran à faire des concessions décisives sur son programme nucléaire et son influence régionale ?
R.I
LA NATION Quotidien National D'information