Le conflit entre les États-Unis et l’Iran a connu une nouvelle escalade après une série de frappes américaines contre des installations militaires iraniennes, menées à la suite d’une attaque attribuée aux Gardiens de la révolution contre un porte-conteneurs battant pavillon chypriote qui traversait le détroit d’Ormuz. En réponse, Téhéran a annoncé la fermeture du détroit jusqu’à nouvel ordre, faisant craindre une aggravation de la crise dans le Golfe.
Selon le Commandement central américain (CENTCOM), les forces américaines ont mené une troisième vague de frappes aériennes cette semaine, visant près de 140 objectifs militaires iraniens. Les cibles comprenaient des sites de missiles, des bases de drones, des installations navales, des dépôts de munitions, des réseaux de communication ainsi que des postes de surveillance côtière.
Les médias iraniens ont confirmé la mort d’un militaire lors de ces bombardements. Les agences Mehr et Tasnim ont rapporté que le lieutenant Hamid Reza Dehghani, membre de la marine de la République islamique, a été tué lors d’une frappe américaine contre le port stratégique de Jask, situé au sud de l’Iran sur les rives du golfe d’Oman.
Le détroit d’Ormuz fermé après une attaque contre un navire marchand
La marine des Gardiens de la révolution a annoncé avoir fermé le détroit d’Ormuz après avoir ouvert le feu à titre d’avertissement sur un navire accusé d’avoir emprunté une voie de navigation non autorisée.
Le CENTCOM a indiqué que le porte-conteneurs MV GFS avait subi d’importants dégâts dans sa salle des machines et qu’un membre civil de son équipage était porté disparu.
L’Agence britannique des opérations commerciales maritimes (UKMTO) a précisé que l’équipage avait évacué le navire et se trouvait à bord d’un canot de sauvetage. L’incident s’est produit à environ 17 kilomètres à l’est des côtes omanaises.
L’Inde a également annoncé que onze de ses ressortissants se trouvaient à bord du navire attaqué. Dix d’entre eux ont été secourus, tandis qu’un marin indien reste porté disparu.
L’Iran étend ses frappes à plusieurs pays du Golfe
Les tensions se sont rapidement propagées à l’ensemble de la région. Des explosions ont été entendues à Doha après que les Gardiens de la révolution ont revendiqué une attaque de missiles balistiques contre la base aérienne américaine d’Al-Udeid, affirmant avoir détruit un centre de maintenance d’avions de combat ainsi qu’un centre de commandement et de contrôle.
Les systèmes de défense aérienne qataris sont intervenus pour intercepter plusieurs projectiles, tandis que les habitants recevaient des alertes leur demandant de rester à l’abri. Le ministère qatari de l’Intérieur a fait état de trois blessés, dont un enfant, touchés par des éclats de débris issus des interceptions.
Le ministère qatari des Affaires étrangères a dénoncé une « dangereuse escalade » après les frappes iraniennes visant le Qatar et d’autres États du Golfe, réaffirmant son droit de répondre conformément au droit international et appelant à un arrêt immédiat des opérations militaires dans la région.
Par mesure de précaution, le ministère qatari des Transports a suspendu jusqu’à nouvel ordre toutes les activités maritimes, à l’exception des navires soumis aux conventions maritimes internationales.
Alertes militaires aux Émirats, à Bahreïn, au Koweït, à Oman et en Jordanie
Les Émirats arabes unis ont annoncé que leurs systèmes de défense aérienne étaient mobilisés pour intercepter des missiles balistiques, des missiles de croisière et des drones. À Bahreïn, les autorités ont déclenché les sirènes d’alerte et demandé à la population de rester dans des lieux sécurisés.
Au Koweït, l’armée a indiqué faire face à des cibles aériennes hostiles, alors que les Gardiens de la révolution affirmaient avoir frappé un radar militaire américain dans le pays dans le cadre d’une « opération de représailles ».
L’Iran a également revendiqué la destruction de centres logistiques et de plateformes de ravitaillement destinés aux porte-avions américains dans le port omanais de Duqm. De son côté, l’agence de presse officielle d’Oman a signalé des attaques de drones contre plusieurs sites de la province de Musandam.
Les autorités iraniennes ont par ailleurs affirmé avoir visé un centre de commandement et des hangars abritant des drones MQ-9 sur la base aérienne Prince Hassan, en Jordanie. L’armée jordanienne a toutefois indiqué que trois missiles iraniens étaient tombés sur son territoire sans faire de victimes, les dégâts se limitant à des dommages matériels mineurs. Les forces armées jordaniennes ont assuré qu’elles ne permettraient pas que leur espace aérien ou leur territoire soit utilisés comme théâtre d’affrontement.
Le détroit d’Ormuz, au cœur des enjeux stratégiques
La fermeture de facto du détroit d’Ormuz par l’Iran accentue les inquiétudes sur les marchés mondiaux de l’énergie. Ce passage maritime, par lequel transite une part importante des exportations mondiales de pétrole, est un axe stratégique majeur. Les perturbations de la navigation ont déjà entraîné une hausse des prix du pétrole et des carburants, alimentant les craintes d’un regain de l’inflation à l’échelle mondiale.
Washington exige désormais que Téhéran mette fin aux attaques contre les navires commerciaux et garantisse la libre circulation dans le détroit, sans restrictions ni droits de passage.
De son côté, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, accuse les États-Unis d’avoir violé les engagements liés au cessez-le-feu et affirme que tout respect des accords doit être réciproque.
La semaine dernière, les États-Unis avaient révoqué l’autorisation permettant certaines ventes de pétrole iranien, après des tirs contre trois pétroliers commerciaux qataris et saoudiens. Cette décision avait été suivie de frappes américaines sur des positions iraniennes, auxquelles Téhéran a répondu par des attaques contre plusieurs installations militaires américaines dans le Golfe.
Des efforts diplomatiques toujours en cours
Malgré la poursuite des hostilités, des discussions diplomatiques se poursuivent en parallèle. Selon une source iranienne de haut rang, l’Iran, les États-Unis, le Qatar et le Pakistan auraient convenu d’engager des négociations grâce à une médiation internationale.
Le chef de la diplomatie iranienne s’est rendu à Oman, où il a rencontré son homologue omanais, Badr Al-Busaidi, afin d’examiner les mécanismes permettant de garantir la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz.
Les autorités omanaises ont confirmé que les discussions se poursuivraient aux niveaux politique et technique. Selon des informations relayées par CNN, Mascate aurait présenté un projet d’accord prévoyant la liberté de navigation dans le couloir sud situé dans les eaux territoriales omanaises. Les navires souhaitant emprunter le couloir nord, situé dans les eaux iraniennes, devraient obtenir une autorisation préalable de Téhéran, sans qu’aucun droit de passage ne soit exigé.
À ce stade, aucune percée diplomatique n’a toutefois été annoncée et l’issue des négociations demeure incertaine.
R.I
LA NATION Quotidien National D'information