L’Iran a rejeté ce mercredi la proposition d’Oman visant à instaurer une gestion régionale conjointe du détroit d’Ormuz.
Selon un haut responsable iranien, Téhéran considère que le projet omanais n’a « aucune chance de réussir » et refuse tout partage de la gestion du détroit avec Mascate. La République islamique maintient sa position selon laquelle l’intégralité de la voie empruntée par les navires entrant dans le détroit, ainsi qu’une partie de celle utilisée par les navires quittant le golfe, doivent rester sous contrôle iranien.
Le responsable a également accusé les États-Unis et l’Arabie saoudite de faire pression sur Oman pour qu’il poursuive ce qu’il a qualifié de « plans irréalistes » concernant le détroit d’Ormuz. Selon lui, une administration conjointe à parts égales avec le sultanat ne servirait pas les intérêts stratégiques de l’Iran, malgré les relations de bon voisinage entretenues entre les deux pays.
Le projet omanais inspiré du détroit de Malacca
La proposition d’Oman, soutenue par plusieurs pays du Golfe, prévoit un système de gestion partagé du détroit assorti de contributions volontaires versées par les navires pour financer la sécurité de la navigation, la protection de l’environnement ainsi que les opérations de recherche et de sauvetage.
Ce mécanisme s’inspire du modèle appliqué dans le détroit de Malacca, où l’Indonésie, la Malaisie et Singapour sollicitent des contributions volontaires des navires empruntant cette route maritime stratégique.
Cette initiative diplomatique visait à sortir de l’impasse née après les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran à la fin du mois de février, qui avaient conduit Téhéran à considérer le détroit comme pratiquement fermé. Un accord conclu le mois dernier entre Washington et Téhéran avait permis une réouverture partielle de la voie maritime, mais celui-ci s’est effondré début juillet après que l’Iran a ouvert le feu sur des navires empruntant une route de navigation qu’il ne reconnaît pas.
Les tensions militaires s’intensifient
Parallèlement à cette impasse diplomatique, les affrontements militaires se sont intensifiés mercredi.
Les Gardiens de la révolution iraniens ont annoncé avoir intercepté trois pétroliers dans le détroit d’Ormuz et les avoir contraints à s’arrêter après qu’ils eurent ignoré des avertissements concernant un « itinéraire dangereux et illégal ». Dans un communiqué, la marine des Gardiens de la révolution affirme poursuivre l’exercice de son « contrôle total » sur cette voie maritime stratégique, tout en avertissant que « l’intervention militaire illégale des États-Unis » ne resterait pas sans réponse.
Dans le même temps, les États-Unis et l’Arabie saoudite ont mené des frappes contre des groupes armés soutenus par l’Iran dans l’est de l’Irak, les accusant d’être responsables d’attaques de drones contre des installations pétrolières saoudiennes.
Ces frappes sont intervenues quelques heures après que l’armée américaine eut affirmé avoir déjoué une tentative d’attaque iranienne contre ses forces dans la région. Les Gardiens de la révolution ont, de leur côté, déclaré avoir lancé plusieurs missiles balistiques contre des installations militaires américaines en Jordanie. L’armée jordanienne a annoncé avoir intercepté et détruit cinq missiles iraniens qui visaient son territoire.
À Bagdad, le Premier ministre Ali Falih al-Zaïdi a convoqué une réunion d’urgence du Conseil ministériel de sécurité nationale afin d’examiner la dégradation rapide de la situation sécuritaire et les frappes aériennes ayant visé le territoire irakien.
Les Forces de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) ont indiqué que plusieurs de leurs quartiers généraux avaient été frappés dans différentes régions d’Irak lors d’attaques qu’elles imputent aux États-Unis et à l’Arabie saoudite. Selon leur bilan, les bombardements ont fait au moins 20 morts et 32 blessés parmi leurs combattants.
Les autorités saoudiennes ont affirmé que leurs opérations répondaient aux attaques de drones lancées depuis le territoire irakien contre des infrastructures pétrolières du royaume. Riyad assure ne pas rechercher une escalade, tout en promettant de répondre à toute nouvelle agression.
Téhéran rejette toutefois toute implication dans les attaques contre les intérêts américains ou saoudiens. Un responsable du ministère iranien de la Défense, s’exprimant à la télévision officielle sous couvert d’anonymat, a qualifié d’« erreur majeure d’appréciation » les accusations attribuant à l’Iran les tirs de projectiles lancés depuis d’autres pays vers des cibles saoudiennes.
Les marchés pétroliers sous tension
La recrudescence des affrontements a immédiatement affecté les marchés de l’énergie. Les prix du pétrole ont bondi de plus de trois dollars le baril mercredi, les investisseurs redoutant une aggravation des perturbations dans le détroit d’Ormuz, passage essentiel pour les exportations énergétiques mondiales.
Cette nouvelle flambée intervient après une brève accalmie des combats. Le président américain Donald Trump avait suspendu de manière inattendue une campagne de bombardements de deux semaines, tandis que l’Iran semblait également avoir réduit ses opérations militaires. Cette trêve de courte durée a toutefois rapidement volé en éclats avec la reprise des attaques de part et d’autre.
R.I
LA NATION Quotidien National D'information