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Il sera révisé en 2025 : l’accord d’association Algérie-UE : est-ce la fin du déséquilibre ?

Le volume des échanges commerciaux entre l’Algérie et l’UE a atteint 1.000 milliards de dollars alors que le volume des investissements européens en Algérie n’a pas dépassé 13 milliards de dollars, en majorité dans les hydrocarbures, et en échange du transfert de 12 milliards de dollars de dividendes durant la période 2005-2020.

La requête de l’Algérie pour une révision de l’accord d’association avec l’Union européenne, conclu en 2005, a abouti.  Pour cause, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a annoncé, samedi soir lors de son entrevue périodique avec des représentants des médias  que l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne (UE) sera révisé à partir de l’année prochaine. Il a précisé que  cette révision, désormais “nécessaire”, sera menée “avec souplesse et dans un esprit amical sans entrer en conflit” car, a-t-il dit, “nous entretenons des relations normales avec les Etats (de l’Union européenne), y compris la France”. Depuis quelques années déjà le gouvernement algérien n’a pas cessé de demander la révision de cet accord au motif qu’il est trop déséquilibré et en défaveur de l’Algérie.

Les raisons de cette révision?  «L’accord avec l’Union européenne a été conclu à une époque où l’Algérie était bien différente de celle d’aujourd’hui», a expliqué le chef de l’Etat, avant de poursuivre : «à l’époque, la contribution de l’industrie au revenu national ne dépassait guère 3% et nous importions des produits agricoles sans en exporter. En d’autres termes, l’Algérie d’alors n’avait pas de capacités d’exportation». Aux yeux du président Tebboune,  « la donne a changé» et l’Algérie produit et exportant désormais « une grande variété de produits manufacturés, électroménagers et autres». «Aujourd’hui, nous demandons une révision, car l’essence même de l’accord avec l’Union européenne repose sur le libre-échange, et nous souhaitons le faire dans un esprit amical sans entrer en conflit», a-t-il expliqué, avant de souligner que les Etats membres de l’Union européenne “veulent entretenir de bonnes relations économiques (avec l’Algérie) et ne s’opposent pas à une révision de l’accord”, a-t-il dit, saluant, par là même, le succès commercial remarquable des produits algériens sur les marchés européens. Autrement dit, si elle tient à la révision de l’accord d’association, l’Algérie ne veut en aucun affecter sa relation avec l’Union européenne qui reste son premier partenaire commercial.

Depuis 2020, dans un contexte de crise sanitaire mais aussi de reflux des recettes pétrolières, le gouvernement algérien avait alors pris un certain nombre de mesures pour limiter l’importation de nombreux produits, notamment ceux fabriqués localement. Ce qui n’avait pas été du goût de la Commission européenne qui s’était  élevée contre les mesures prises par l’Algérie qui, selon elle, avaient pour conséquence de diminuer de 45% en une décennie les exportations européennes vers l’Algérie. Ne s’arrêtant pas là, les Européens ont fait d’autres reproches à l’Algérie, à savoir « un système de licences d’importation ayant les mêmes effets qu’une interdiction d’importation», « l’interdiction depuis cette année de domiciliation bancaire de toute entreprise important des produits en marbre et en céramique sous leur forme finale », « l’obligation pour les constructeurs automobiles d’intégrer un pourcentage croissant de produits locaux pour la fabrication de véhicules et des subventions conditionnées au respect de cette règle » ainsi le gel des échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Espagne.  Pour la Commission européenne, ces mesures « violent l’accord d’association UE-Algérie entré en vigueur en 2005 et entravent le commerce bilatéral ». Aussi, elle a annoncé, le 14 juin dernier, l’ouverture d’une procédure de règlement des différends contre l’Algérie, non sans menacer de recourir à des mesures d’arbitrage si aucune solution n’est trouvée.

Cette sortie de la Commission européenne avait poussé le ministre du Commerce et de la Promotion des investissements, Tayeb Zitouni à monter au créneau pour remettre les pendules à l’heure, en assénant que  «l’Algérie est un pays souverain et ne tolère point de diktat». Dans un entretien accordé à la télévision algérienne, il a expliqué que l’Algérie n’a imposé aucun blocage sur ses mais a eu recours plutôt à une politique de « rationalisation des importations pour la préservation de la production locale» qui est d’ailleurs adopté par d’autres  pays comme  les Etats-Unis, de la Chine, voire même…l’UE.  «Nous n’apportons pas ce que nous produisons», a-t-il martelé,  avant de souligner que les commandes en provenance du continent européen représentent pas moins de 22 milliards de dollars sur un total de facture d’importation estimé à 45 mds de dollars par an.

Des précisions qui n’ont pas empêché les Européens à prendre une mesure qui s’apparente à des représailles contre l’Algérie en interdisant la vente de la pâte à tartiner algérienne El Mordjane sur les marchés européens. La commission européenne a aussi exprimé son mécontentement concernant la décision prise par l’Algérie d’accorder à la Grande Mosquée de Paris l’exclusivité de la certification des produits halal importés de l’UE qui selon elle est de nature à compromettre l’accès des produits européens au marché algérien. Face à ses remontrances,  un autre membre du gouvernement algérien a fait une sortie publique pour recadrer le débat. Mi sptembre dernier, dans une réponse à un député de l’émigration, Ahmed Attaf a démontré, chiffres à l’appui, le grand déséquilibre de l’accord d’association en faveur de l’UE.  « L’évaluation de l’accord d’association entre l’Algérie et l’UE a montré d’importants déséquilibres et qu’il n’était pas en phase avec la situation actuelle de l’Algérie », a-t-il expliqué, avant de pointer du doigt «le déficit chronique de la balance commerciale hors hydrocarbures qui caractérise cet accord depuis son entrée en vigueur en 2005 ».  « Alors que le volume des échanges commerciaux a atteint 1.000 milliards de dollars, le volume des investissements européens en Algérie n’a pas dépassé 13 milliards de dollars en majorité dans les hydrocarbures et en échange du transfert de 12 milliards de dollars de dividendes durant la période 2005-2020. », a-t-il asséné. Selon le patron de la diplomatie algérienne, les mesures prises par l’Algérie en matière d’importations « n’ont pas affecté le volume de ces échanges dans le cadre du dispositif préférentiel de l’Accord d’association ».  «Au contraire, il a enregistré une augmentation de plus de 20% en 2023 par rapport à 2022, et de 15% au premier trimestre 2024 par rapport à la même période de l’année 2023 », a-t-il souligné. C’est ce grand déséquilibre qui a poussé les autorités algériennes à réclamer «une révision de l’accord, article par article », avec une « vision souveraine » et selon le «principe gagnant-gagnant».

Ali.C

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