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Election du nouveau président de la FAF : ce que révèle l’image d’Amara et de Zetchi

Une comparaison entre les deux hommes peut permettre d’anticiper comment le football algérien sera prochainement perçu à l’intérieur du pays comme à l’étranger.

Au-delà de leur valeur intrinsèque, de leur compétence, leur intelligence, Kheïreddine Zetchi, l’ancien président de la Fédération algérienne de football, et Charf-Eddine Amara, son successeur, véhiculent deux images diamétralement opposées. Ces deux figures de proue de la discipline reine sont en même temps des managers mais aussi des symboles, localement et à l’étranger.

La fonction de premier responsable de la FAF est parmi les plus hautes charges puisque le football est plus qu’un sport en Algérie mais un culte, une culture, qui ont leurs gourous, leurs adeptes et leurs renégats. Celui qui accède à ce statut doit être performant, charismatique et jouir du respect de la communauté nationale. Il est en cela plus exposé que le président de la république à la surveillance populaire et certainement plus que son ministre de tutelle.

Quel enseignement peut-on donc tirer de la récente élection de la FAF qui a détrôné Zetchi et investi Amara ? La première, celle qui saute rapidement aux yeux, est celle de la corpulence. Ayant le même âge, les deux rivaux se distinguent par leur silhouette. Le premier est longiligne, mince, athlétique et souvent vêtu de manière décontractée. Le deuxième est obèse, bedonnant, court sur pattes et engoncé dans un costard dont il ne cesse de triturer le bouton fermé au niveau du ventre.

Amara a, cela dit, un visage d’acteur de cinéma plus avenant que celui de son prédécesseur, un regard intelligent, un sourire qui rassure et une expression charismatique même s’il partage une ressemblance avec l’ex-premier ministre Abdelmalek Sellal. A côté de lui, Zetchi paraît plus sombre, la mine inquiète et le haut de la face mangé par des sourcils broussailleux.

Linguistiquement, le nouveau patron de la FAF maîtrise indéniablement l’arabe et s’exprime avec aise comme le ferait un politicien déjà au pouvoir. On dit aussi qu’il possède d’autres langues en plus d’un bon bagage intellectuel.

Celui à qui il vient de ravir le poste est plus à l’aise en français qu’en langue nationale et parle plus en dirigeant technique qu’en rhéteur. Il semble même parfois manquer d’assurance devant un micro ou une caméra.

Un businessman du privé et un responsable du secteur étatique

Toutefois, sur d’autres tableaux, Zetchi creuse un certain écart avec son successeur. C’est un businessman issu du privé qui a réussi dans un environnement hostile à l’esprit d’entreprise et en dépit d’un climat d’affaires toxique. En plus de sa célèbre usine de céramique, il a créé une école de football qui exporte des joueurs en Europe, à l’instar de Hichem Boudaoui, et les place dans divers clubs du pays. Amara, lui, a toujours gravi les échelons dans des entreprises étatiques dopées à l’argent du Trésor public. Il a été directeur du développement de Ferphos avant d’être licencié en 2009 et ensuite réintégré.

Quelque temps plus tard, il a migré à l’ex-SNTA, Société nationale des tabacs et allumettes, pour occuper le poste de directeur-adjoint du site d’El Khroub à Constantine. Il a participé à partir de 2015 à la transformation de l’entreprise en une holding dénommée Madar avant d’en prendre la présidence.

Ce dernier coup franc constitue son plus grand succès mais c’est aussi celui qui risque de jaunir son image comme les doigts d’un vieux fumeur compulsif. En effet, comment peut-on envisager qu’un dirigeant sportif soit issu de l’industrie du tabac ? A la veille de la Coupe d’Afrique des nations et de la Coupe du monde, ce paradoxe risque de mettre en pétard les milieux anti-tabagiques internationaux avec l’Algérie.

Autre chose, si Zetchi a réussi à exporter du carrelage, de la faïence, des dalles de sol et des joueurs, le nouveau patron de la FAF est importateur de feuilles de tabac à fumer, à chiquer ou à mâcher même si son groupe a l’ambition de diversifier son activité dans d’autres secteurs comme le textile et l’hôtellerie.

Sur un plan politique, Amara est associé à des Emiratis dont l’image n’est pas très reluisante en Algérie depuis le déclenchement du Hirak. Zetchi, lui, a réussi à effacer les traces de ses accointances avec le clan Bouteflika en recrutant le coach Djamel Belmadi qui a offert la première coupe d’Afrique à l’Algérie hors de ses frontières, de surcroît en Egypte.

Le scrutin de renouvellement de la direction de la FAF s’est déroulé dans une ambiance qui rappelle le temps glorieux du parti unique puisqu’il n’y avait qu’un candidat à plébisciter. Le message envoyé à une population en rébellion qui marche depuis deux ans pour exiger le changement, la démocratie, la pluralité et la transparence peut paraître pas très judicieux.

La fin de parcours de Zetchi a été saluée, en revanche, par toute l’équipe nationale et son entraîneur dont on connaît la forte personnalité. Le « merci président » que les Verts lui ont adressé est une consécration qui vaut une grande victoire. Elle sert également d’avertissement à son remplaçant. Désormais, Charf-Eddine Amara est condamné à vaincre ou à mourir. A la première défaite ou contre performance, il aura tout le peuple sur le dos dont la largeur ne sera jamais assez suffisante pour supporter ce que les Algériens lui feront subir. Mais plus que tout, à la moindre erreur, c’est l’image du football algérien qui risque d’en pâtir.

Mohamed Badaoui

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