Le procureur général près la Cour d’Alger a indiqué que les investigations menées par les services de sécurité compétents ont révélé “une faille dans la protection de la sécurité sanitaire”. Pas moins de 3.615 moutons issus de la cargaison déchargée au niveau du port de Béjaia sont morts et 10.727 autres ont fait l’objet d’un abatage sanitaire, tandis que des milliers d’autres têtes ont été retenues à titre conservatoire.
Après les révélations fracassantes du procureur sur les irrégularités ayant entaché l’opération d’importation de 1 million de mouton en prévision de l’Aid El Adha 2026, la question de l’indemnisation des familles victimes est d’ores et déjà posée. En effet, Président de l’Association algérienne de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement (Apoce), Mustapha Zebdi, a réclamé l’indemnisation des familles, dont les moutons acheté dans le cadre de cette opération ont péri. « Nous demandons à la société ALVIAR d’indemniser les familles dont les moutons destinés au sacrifice sont morts avant l’accomplissement du rite », a-t-il soutenu, dans un post publié, hier, sur sa page Facebook. «À la suite de la confirmation de manipulations et d’irrégularités, ainsi que de l’ouverture d’une enquête judiciaire, ces familles sont en droit d’obtenir le remboursement des sommes qu’elles ont versées », a-t-il clamé. Selon lui, « des irrégularités avaient été constatées dans la gestion de la distribution sur le marché intérieur, notamment la vente de moutons malades qui sont parvenus jusqu’au consommateur final ». « Ces animaux se sont transformés en « carcasses » le jour de l’Aïd, au lieu d’être de véritables ‘’bêtes sacrificielles’’ », a-t-il ajouté, non sans préciser que « ces cas avaient été signalés et documentés au moyen de certificats vétérinaires et de photographies ». Aussi, il n’a pas manqué de solliciter « l’intervenant a appelé les autorités, à leur tête le Premier ministre, à intervenir afin de rendre justice aux familles concernées et de les indemniser».
41 mis en cause face à la justice
Le procureur général près la Cour d’Alger, Mohamed Kamel Ben Boudiaf, a annoncé lors d’une conférence de presse animée samedi, que treize accusés ont été placés en détention provisoire et vingt-huit autres sous contrôle judiciaire dans une affaire liée à l’abus de fonction, au trafic d’influence, à la dilapidation de deniers publics, à la violation des dispositions législatives et réglementaires relatives à la conclusion de marchés publics et au blanchiment d’argent, dans le cadre de l’opération d’importation des moutons de l’Aïd Al-Adha 2026. Il a précisé que 41 mis en cause ont été déférés devant le procureur de la République près le Pôle pénal économique et financier, lesquels sont impliqués dans des affaires de fraude concernant l’opération d’importation d’un million de têtes ovines à l’occasion de l’Aïd Al-Adha, et poursuivis pour les délits “d’abus de fonction, de trafic d’influence, de dilapidation de deniers publics, de violation des dispositions législatives et réglementaires relatives à la conclusion de marchés publics et de blanchiment d’argent”. Après l’audition des mis en cause, le juge d’instruction a ordonné le placement de 13 accusés en détention provisoire et la mise des autres prévenus sous contrôle judiciaire. “La plupart d’entre eux sont des responsables des points de vente, poursuivis pour le délit de négligence manifeste”.
Le procureur général près la Cour d’Alger a souligné que les services de sécurité compétents ont ouvert l’enquête sur instruction du parquet près le Pôle pénal économique et financier, “immédiatement après la détection d’indices sérieux faisant état de dysfonctionnements et de dépassements ayant entaché l’opération d’importation des bêtes de sacrifice de l’Aïd, mise en œuvre en application des directives des hautes autorités visant à garantir la disponibilité des moutons et à en réguler les prix”. Les enquêtes préliminaires ont révélé l’existence de “dépassements ayant touché deux volets principaux: le premier concerne les aspects sanitaires et vétérinaires, et le second a trait aux aspects financiers et contractuels liés à la passation des marchés publics”.
Sur le plan sanitaire, le procureur général a précisé que l’opération a permis l’importation de 1.002.332 têtes ovines durant la période allant du 25 mars au 29 mai 2026 au profit de l’Algérienne des viandes rouges (ALVIAR). Cependant, les investigations ont révélé “une faille dans la protection de la sécurité sanitaire”. En effet, avant le déchargement de la cargaison du navire, l’inspectrice vétérinaire des postes frontaliers de Béjaïa avait signalé au directeur général des services vétérinaires du ministère de l’Agriculture la présence de “symptômes cliniques révélateurs de maladies contagieuses”. Pour justifier cette situation, le directeur général a dépêché une commission ne disposant pas de l’expertise requise. Ces décisions ont entraîné la mort de 3.615 têtes et l’abattage sanitaire de 10.727 autres têtes issues de cette cargaison, tandis que des milliers d’autres têtes ont été retenues à titre conservatoire. Les enquêtes ont également révélé des manœuvres frauduleuses dans le pays d’origine en date du 23 avril dernier, consistant à remplacer, avant leur embarquement, les ovins agrées par d’autres d’origine inconnue, a ajouté le procureur général.
A.C
LA NATION Quotidien National D'information