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L’Eau et l’Energie, les fondements de la souveraineté

La souveraineté d’un pays dans un domaine comme l’alimentation, l’énergie, la technologie, la santé de la population… consiste à en disposer ou à en contrôler l’usage dans un certain seuil jugé critique pour la population et le pays. Disposer de produits alimentaires de base comme les céréales ou d’autres sources de protéines produites localement ou encore disposer de semences stratégiques, peut être considéré comme relevant de la souveraineté.

“La géopolitique n’est plus la préoccupation des seuls professionnels de la question, qu’ils soient diplomates, militaires ou experts. Elle concerne chacun au quotidien, le terme d’«affaires étrangères» ayant perdu son sens. Ce qui se passe loin a un impact chez nous. Il est donc indispensable de maîtriser un minimum de connaissances géopolitiques si on veut rester pertinent dans un monde globalisé. Mais la généralisation de l’intérêt pour la géopolitique ne doit pas conduire à la simplification.” (Extrait du livre “50 idées reçues sur l’état du Monde”, de Pascal Boniface, 2026).

Le monde devient fou, la violence des États n’a plus de limite, le droit international est foulé aux pieds de beaucoup de dirigeants de ce monde. La crise sanitaire du COVID19 est passée par là et a montré l’égoïsme de ceux-là mêmes prônant et promouvant la mondialisation solidaire et inclusive.  Le souverainisme et même le nationalisme dans le domaine économique sont de retour, y compris dans les pays du camp de la “mondialisation heureuse”.

Les souverainetés futures se préparent aujourd’hui, le monde sera encore plus violent et les intérêts égoïstes plus présents. Les États n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts, adage que nous avons utilisé plus d’une fois dans nos précédentes chroniques.

La souveraineté va au-delà de la sécurité. La sécurité alimentaire par ex. peut être assurée si vous disposez de ressources financières suffisantes pour s’approvisionner sur les marchés internationaux ; mais il peut arriver que même avec vos moyens financiers, on refusera de vous vendre ou on vous imposera plusieurs conditions pour différentes considérations (vaccins du COVID en a été l’illustration). La souveraineté d’un pays dans un domaine comme l’alimentation, l’énergie, la technologie, la santé de la population… consiste à en disposer ou à en contrôler l’usage dans un certain seuil jugé critique pour la population et le pays. Disposer de produits alimentaires de base comme les céréales ou d’autres sources de protéines produites localement ou encore disposer de semences stratégiques, peut être considéré comme relevant de la souveraineté. Il en est de même pour l’énergie ou les produits pharmaceutiques. Dans le domaine de la technologie et particulièrement dans le numérique, le problème est encore plus complexe; il ne s’agira pas de disposer des outils, mais surtout des liens de ces outils avec leur racine qui peut être hors frontières et dont l’usage peut devenir à tout moment stérile ou soumis à de nouvelles exigences, allant jusqu’au domaine politique.

Pour la présente chronique nous nous limiterons aux domaines de l’eau et de l’énergie et à leurs conditions de production. La souveraineté sur l’eau doit être absolue, sans limite et sans conditions. L’Algérie vit un stress hydrique chronique. Il touche aussi bien la consommation humaine que les besoins de l’agriculture et accessoirement les autres activités. Les réservoirs des systèmes aquifères du Sahara et du Sahel sont effectivement considérables (plus de 5000 Mds de M3), mais ils sont non renouvelables ou très marginalement. Leur exploitation extensive pour les besoins de l’agriculture exige une rationalisation pour ne pas avoir les conséquences constatées en Tunisie avec la salinité en surface. Tout ce qui n’est pas renouvelable n’est pas durable et présente une vulnérabilité à terme. L’anticipation pour l’investissement dans les stations de dessalement de l’eau de mer a été salutaire, la poursuite dans cette démarche est une décision stratégique. L’eau de mer est une ressource renouvelable, mais très coûteuse. Elle doit, elle aussi, être soumise à des règles strictes dans ses usages. Le facteur de production critique est certainement l’énergie. Cette eau sera appelée à devenir la principale ressource hydrique du pays. Elle doit arriver le plus loin possible à l’intérieur du pays pour libérer les autres ressources pour l’agriculture. L’Eau dessalée, c’est essentiellement de l’électricité et quelques composants mécaniques et chimiques.

L’énergie est l’autre domaine où la souveraineté doit être établie. L’Algérie a bénéficié d’une dotation généreuse en énergies fossiles qui lui a permis d’être totalement à l’abri des différentes perturbations sur les marchés. Cette sécurité énergétique et même une souveraineté est encore garantie pour plusieurs années ; mais le moment est venu pour préparer une alternative. Encore une fois l’Algérie est bien dotée en une énergie renouvelable sur l’ensemble du territoire ou presque ; on peut se targuer d’avoir le meilleur gisement solaire au Monde avec 3000h/an et 2.200 KWh/m2/an. En plus du solaire, nous avons des potentiels conséquents en éolien. Cette énergie a l’avantage d’être décentralisée (puisque disponible partout) et donc proche du lieu de son usage.

Avec ces deux ressources réellement souveraines, on peut être souverain sur beaucoup d’autres domaines, comme la souveraineté alimentaire par ex.Les besoins en énergie de l’IA et des DataCenters sont des systèmes extrêmement énergivores. Déjà leurs localisations se font sur la base, entre autres, de la disponibilité et du coût de l’énergie. 

Le couple Energie/Eau sera le moteur de la croissance économique, celui du bien-être de la population, et surtout de la souveraineté nationale.

Le couple ne deviendra un système efficace et durable que dans le cadre d’une planification rigoureuse à moyen et long terme. En effet, ce couple ne sort pas du néant. Il y a des investissements massifs à réaliser, une ingénierie à maîtriser, une industrie des composants à développer, des arbitrages budgétaires à organiser sur le long terme.

On peut commencer maintenant pour avoir un système complexe et cohérent Eau/Energie dans dix ans ; bien entendu dans le cadre d’une planification rigoureuse.

Commençons par la création d’un seul ministère chargé de l’Energie et de l’Eau. 

M.C BELMIHOUB 

Professeur d’Économie et de management stratégique 

Ancien Ministre 

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