Deux mois après son retour à Alger, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, revient sur la reprise progressive des relations franco-algériennes après une période de crise qui a profondément affecté les liens entre les deux pays. Dans un entretien accordé à TSA, le diplomate évoque les priorités de sa mission, la coopération sécuritaire et judiciaire, la question des visas ainsi que la relance des échanges économiques.
Stéphane Romatet explique être revenu en Algérie avec une mission claire : rétablir une relation fondée sur la confiance, à la demande du président français Emmanuel Macron et avec l’accord des autorités algériennes. Selon lui, le moment est venu d’ouvrir « une nouvelle page » dans les relations bilatérales.
L’ambassadeur estime que la crise traversée par les deux pays a eu des conséquences importantes, notamment sur les échanges officiels et la coopération dans plusieurs secteurs. Toutefois, il souligne que les contacts n’ont jamais été totalement interrompus et que la dynamique de reprise est désormais engagée à travers plusieurs visites de responsables français et algériens.
La coopération dans les domaines de la sécurité, de la justice et des migrations figure parmi les priorités. Stéphane Romatet cite notamment la lutte contre le narcotrafic comme un domaine où la collaboration entre les deux pays est indispensable, considérant ce phénomène comme une menace commune pour les sociétés française et algérienne.
Concernant les dossiers judiciaires sensibles, notamment celui des biens mal acquis, il affirme que les échanges ont repris après une période de suspension. Il rappelle que les visites du ministre français de la Justice à Alger et d’une délégation de magistrats algériens en France ont permis de rétablir le dialogue sur ces questions.
Sur la question des visas, l’ambassadeur assure que l’objectif de la France est d’éviter que les populations des deux pays ne subissent les conséquences des tensions diplomatiques. Avant la crise, la France délivrait environ 250.000 visas par an aux citoyens algériens. Ce volume a diminué en raison notamment des difficultés liées aux effectifs consulaires et à la prise de rendez-vous.
Stéphane Romatet affirme que des efforts sont engagés pour renforcer les services consulaires et revenir progressivement au niveau de délivrance antérieur.
Le volet économique occupe également une place centrale dans la reprise des relations bilatérales. L’ambassadeur reconnaît que les échanges commerciaux ont été affectés durant les deux dernières années, mais estime que la relation économique dispose d’un potentiel important.
Il cite plusieurs signaux positifs, notamment la participation française à la Foire internationale d’Alger avec une trentaine d’entreprises, la reprise des contacts entre le Medef et le Conseil du renouveau économique algérien (CREA), ainsi que l’intérêt croissant des entreprises françaises pour le marché algérien.
Les secteurs de l’industrie, de la santé, du numérique, de l’intelligence artificielle, de la finance et de l’automobile sont identifiés comme des domaines prioritaires. Concernant l’automobile, Stéphane Romatet évoque notamment le projet de réouverture de l’usine Renault d’Oran et la présence de Stellantis en Algérie.
Pour conclure, l’ambassadeur estime que la relance actuelle marque le retour d’une relation basée sur la confiance et le dialogue. « La France et l’Algérie ont beaucoup de choses à construire ensemble», résume-t-il, appelant à exploiter davantage les opportunités offertes par ce partenariat historique.
Synthèse : M.B
LA NATION Quotidien National D'information