Les marchés énergétiques mondiaux restent fortement sous tension mardi, portés par l’intensification des tensions militaires dans le Golfe et les perturbations du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. Vers 09h45 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai gagnait 5,25 % à 81,82 dollars, tandis que le West Texas Intermediate pour livraison en avril progressait de 5,38 % à 75,06 dollars.
Selon les analystes, les acteurs du marché redoutent un blocage prolongé d’Ormuz, rendu impraticable pour de nombreuses compagnies maritimes en raison de la hausse des primes d’assurance. Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates, évoque une « fermeture de facto » du détroit, même si celui-ci n’est pas techniquement bloqué. Les attaques récentes contre plusieurs navires, dont un pétrolier visé par les Gardiens de la Révolution iraniens, accentuent l’incertitude. En conséquence, entre 8 et 10 millions de barils par jour pourraient ne pas trouver d’acheminements alternatifs, affectant directement les exportations de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, d’Irak et du Qatar.
Le marché du gaz n’est pas épargné. La suspension de la production par QatarEnergy, premier exportateur de gaz naturel liquéfié de la région, a entraîné une nouvelle flambée des prix. Vers 08h50 GMT, le contrat à terme TTF néerlandais bondissait de plus de 23 %, après un pic de 33 % la veille, à 59,445 euros le MWh. La combinaison de la crise pétrolière et des perturbations gazières met particulièrement en difficulté l’Asie, destinataire de plus de 80 % des flux transitant par Ormuz, et menace la sécurité énergétique européenne, notamment en Allemagne, dont les stocks sont faibles en cette fin d’hiver.
Face à ces tensions, les experts anticipent un risque de flambée des prix. Selon Eurasia Group, le pétrole pourrait rapidement atteindre 100 dollars le baril si les exportations via Ormuz restent interrompues, un seuil dépassé pour la dernière fois au début du conflit en Ukraine. Une période prolongée de prix élevés pourrait peser sur l’inflation mondiale et le commerce international, affectant le transport et la production industrielle, en particulier en Chine.
Toutefois, Oxford Economics tempère ces craintes, estimant qu’une perturbation grave et durable est peu probable si le conflit ne se prolonge pas. Néanmoins, la volatilité des marchés restera élevée tant que la situation dans le Golfe restera incertaine, faisant de la stabilité d’Ormuz un enjeu majeur pour l’économie mondiale.
Sid.A
LA NATION Quotidien National D'information