Le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), Amar Takdjout, a déclaré, dans une interview au quotidien El Khabar, que « la majorité des transporteurs privés qui ont lancé la grève en cours ne sont pas représentés et n’appartiennent à aucune organisation syndicale » et que « le syndicat officiel des transporteurs n’a annoncé aucun mouvement de protestation ».
Selon le même responsable, l’UGTA a adressé aux ministères concernés par cette, notamment l’Intérieur, les Collectivités locales, les Transports et le Commerce, la « nécessité d’organiser tous les transporteurs au sein de représentations syndicales et de les enregistrer auprès des chambres de commerce afin de leur permettre de négocier leurs revendications de manière structurée ».
Pourtant, le succès des transporteurs privés à paralyser dans une large mesure la vie économique et sociale du pays — retards, absences au travail, reports d’examens universitaires — ainsi que la persistance de leur mouvement pendant une semaine entière, soulève une question cruciale sur les mécanismes utilisés par la société civile pour contester les décisions du gouvernement.
Il s’agit probablement de la première grève de cette ampleur et de cette durée depuis l’adoption, en 2023, de la loi relative à la prévention et au règlement des conflits collectifs du travail et à l’exercice du droit de grève. Cette loi avait suscité l’opposition des syndicats indépendants et des partis politiques, dont le Parti des travailleurs et le Front des forces socialistes.
Cette situation confirme que le succès de toute action de protestation contre les décisions gouvernementales est souvent lié au fait qu’elle échappe à l’encadrement imposé aux activités syndicales et professionnelles.
Le secrétaire général de l’UGTA reconnaît que « les revendications des transporteurs privés sont légitimes », mais il souligne en revanche que la grève et ses conséquences sont injustifiées, car elles n’ont pas respecté les procédures légales en vigueur dans de telles circonstances. La question se pose donc : comment les autorités peuvent-elles gérer cette situation ?
Les syndicats avaient récemment mis en garde contre ce qu’ils ont qualifié de « politique de répression » ciblant le mouvement syndical dans le pays, dénonçant l’augmentation des arrestations de syndicalistes. L’automne dernier, la Confédération des syndicats regroupant 12 syndicats indépendants de la fonction publique avait affirmé dans un communiqué que « ces pratiques constituent une menace directe pour les libertés syndicales et la stabilité sociale ».
Des partis politiques ont également appelé à mettre fin à la répression des libertés syndicales. En décembre dernier, le Parti des travailleurs avait dénoncé l’arrestation de 11 syndicalistes dans le secteur ferroviaire, dont le secrétaire général de la fédération des travailleurs des chemins de fer, considérant cette mesure comme un développement grave visant à criminaliser l’action syndicale et le droit de grève.
Nous sommes donc face à une situation inédite : un nombre important d’acteurs du secteur du transport, non représentés légalement — selon le secrétaire général de l’UGTA — exigent le retrait d’un projet de loi élaboré par le ministère des Transports, validé par le Conseil du gouvernement, puis par le Conseil des ministres et le Conseil populaire national, et actuellement devant le Conseil de la nation.
Accepter le retrait du projet reviendrait à céder aux revendications d’un mouvement hors cadre organisationnel, consolidant l’idée que le succès d’une protestation dépend de son absence d’encadrement syndical ou professionnel, avec tous les risques que cela implique. Aller de l’avant nécessite donc de trouver une solution pour mettre fin à la grève. Cela pourrait vider de leur sens les organisations syndicales et professionnelles, comme cela a déjà été observé pour les partis politiques.
Mehdi B.
LA NATION Quotidien National D'information