Pendant deux ans, Donald Trump a gouverné en faisant cavalier seul, fort d’un Congrès et d’une administration largement acquis à sa politique. Le vote de mi-mandat d’avant-hier change les rapports de force à Washington, avec des conséquences sur le monde entier, y compris l’Algérie.
Depuis son retour aux affaires, le président américain Donald Trump a exercé ses prérogatives avec une liberté d’action exceptionnelle. Il a ainsi multiplié les décisions unilatérales, aussi bien dans les domaines militaire et diplomatique que commercial, privilégiant les décrets, les mesures d’urgence et les décisions exécutives.
Il a ainsi mené des opérations militaires contre l’Iran et les Houthis, des frappes dans le nord du Nigeria et contre des embarcations suspectées de narcotrafic, ainsi qu’une opération au Venezuela, le 3 janvier 2026, visant à capturer Nicolás Maduro.
Il a, d’autre part, utilisé les droits de douane comme des moyens de pression diplomatique sur ses partenaires et ses rivaux, et expulsé manu militari des migrants sans papiers.
Le pouvoir de Trump n’a cependant jamais été juridiquement illimité. La Constitution américaine garantit la séparation des pouvoirs et les tribunaux ont parfois suspendu ou invalidé certaines de ses initiatives. Mais la majorité républicaine au Congrès avait considérablement réduit les obstacles politiques à son action.
Le Congrès reprend ses prérogatives
La victoire démocrate change considérablement la donne. Pour la première fois depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump sera désormais obligé de composer avec une Chambre des représentants et un Sénat contrôlés par ses adversaires.
Les démocrates pourront reprendre la direction des commissions parlementaires, multiplier les enquêtes, convoquer les responsables de l’administration et contrôler davantage les dépenses publiques et militaires. Le Sénat aura également un droit de regard sur les nominations présidentielles, qu’il pourra bloquer ou retarder.
Toutefois, Trump ne perd pas sa maîtrise du pouvoir exécutif et pourra faire usage de son droit de veto. Il conserve notamment ses prérogatives en matière de commandement des forces armées et de diplomatie. Il doit, en revanche, s’attendre à des confrontations politiques, budgétaires ou judiciaires pour faire passer ses desiderata au Congrès, qui dispose de leviers de blocage concernant le financement du gouvernement, la défense et les politiques économiques.
Pour l’Algérie, une nouvelle fenêtre diplomatique
Comme pour le reste du monde, le retournement de la situation politique aux États-Unis aura des répercussions sur l’Algérie et son voisinage. Il se pourrait, même s’il est prématuré de l’affirmer, qu’une nouvelle approche américaine soit adoptée concernant l’Afrique du Nord et le Sahel. Le dossier du Sahara occidental pourrait ainsi connaître un nouveau traitement si la majorité démocrate favorise un retour au processus onusien et au principe du droit à l’autodétermination.
Les démocrates pourraient, par ailleurs, exercer un contrôle parlementaire accru sur les engagements militaires et privilégier la coopération régionale, le renseignement et les instruments diplomatiques, dans une approche fondée sur la souveraineté des États et le règlement politique des conflits.
Au Moyen-Orient, ils disposent désormais des moyens de pousser à une désescalade avec l’Iran et d’exiger un débat plus approfondi sur le soutien militaire américain à Israël. Pour l’Algérie, qui défend la cause palestinienne, une évolution du débat démocrate pourrait ouvrir des possibilités diplomatiques supplémentaires.
Le véritable enjeu pour la planète entière demeure cependant celui de l’économie. Même si le protectionnisme ne disparaîtra pas du jour au lendemain, une politique commerciale américaine moins imprévisible, plus favorable aux échanges et aux investissements, devient désormais envisageable.
En ce qui concerne les hydrocarbures, l’évolution des prix dépendra surtout de l’apaisement des tensions internationales, particulièrement au Moyen-Orient.
En un mot, Trump reste président, mais il ne dispose plus du même environnement politique pour gouverner. Pour l’Algérie, l’enjeu n’est pas d’espérer un changement de cap américain, mais de savoir exploiter intelligemment les nouvelles divisions institutionnelles de Washington pour défendre ses intérêts nationaux et préserver son autonomie stratégique.
Mohamed Badaoui
LA NATION Quotidien National D'information