Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé, hier lundi 26 octobre, l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire (ANP) au Niger, à la demande des autorités nigériennes, afin d’assurer la protection des intérêts énergétiques et économiques communs aux deux pays, a annoncé la présidence de la république dans un communiqué. Cette décision, prise conformément aux dispositions de la Constitution, intervient dans un contexte régional marqué par la persistance de l’instabilité au Sahel et les enjeux croissants de sécurisation des infrastructures stratégiques.
Selon le communiqué, cette décision a été prise après l’approbation unanime des deux chambres du Parlement, le Conseil de la nation et l’Assemblée populaire nationale (APN), lors de séances plénières à huis clos tenues dimanche 25 octobre. Le chef de l’État, également chef suprême des forces armées et ministre de la Défense nationale, a formalisé cette décision le lendemain, conformément aux dispositions constitutionnelles invoquées dans le texte officiel.
Les modalités concrètes de la mission, notamment le calendrier du déploiement, les effectifs, le matériel, et les sites à protéger, n’ont toutefois pas été rendues publiques. Cela dit, l’Algérie a déjà déployé des avions de combat au nombre de 4 chasseurs lourds de type Sukoi 30, un ravitailleur et un avion de transport militaire.
L’annonce marque une nouvelle étape dans la coopération sécuritaire entre Alger et Niamey, alors que les pays du Sahel restent confrontés à la menace des groupes armés, à la fragilité des dispositifs de sécurité et aux répercussions des tensions géopolitiques régionales.
Le vote parlementaire constitue un tournant dans la doctrine militaire algérienne, traditionnellement marquée par le principe de non-intervention à l’extérieur des frontières nationales. La révision constitutionnelle de 2020 a toutefois ouvert la voie à l’envoi de contingents de l’ANP à l’étranger, sous réserve de l’approbation des deux chambres à la majorité des deux tiers. Le double vote du 25 octobre a ainsi levé l’obstacle institutionnel à cette opération. Cette mission constituera le premier déploiement officiel de troupes algériennes à l’étranger depuis 1973, lorsque l’armée nationale populaire avait envoyé des troupes en soutien à l’Égypte durant la guerre israélo-arabe.
Sur le terrain, le Niger demeure confronté aux attaques de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique, notamment dans les régions occidentales et frontalières. La situation s’inscrit dans une crise sécuritaire plus large au Sahel, où les coups d’État, le recul de la coopération avec plusieurs partenaires occidentaux et la recomposition des alliances régionales ont profondément modifié les équilibres.
Pour Alger, l’enjeu est également économique et stratégique. La coopération avec Niamey concerne notamment les activités de Sonatrach dans l’exploration pétrolière, en particulier dans la région de Kafra, ainsi que le projet de gazoduc transsaharien destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Algérie, puis les marchés internationaux. La protection des infrastructures et des investissements liés à ces projets constitue ainsi un volet majeur du rapprochement bilatéral.
Sid Ali
LA NATION Quotidien National D'information