Douze ans après le crash du vol AH5017 d’Air Algérie, qui avait fait 116 morts au nord du Mali, la justice française a condamné lundi 28 septembre 2026 la compagnie espagnole Swiftair, propriétaire de l’appareil affrété par Air Algérie, à l’amende maximale de 225.000 euros pour homicides involontaires.
Le tribunal correctionnel de Paris a ainsi suivi les réquisitions du parquet formulées lors du procès qui s’était tenu en mars dernier. La juridiction a retenu la responsabilité pénale de Swiftair, estimant que des négligences dans la formation et l’entraînement de l’équipage avaient « contribué de façon certaine à l’accident ».
Le drame remonte au 24 juillet 2014. Le McDonnell Douglas MD-83, exploité par Swiftair et affrété par Air Algérie, effectuait la liaison Ouagadougou-Alger sous le numéro de vol AH5017 lorsqu’il s’est écrasé dans une zone désertique du nord du Mali, peu après son décollage du Burkina Faso. Les 110 passagers et les six membres d’équipage présents à bord ont tous péri.
Parmi les victimes figuraient notamment 54 ressortissants français, 23 Burkinabè, ainsi que des Libanais et des Algériens. L’accident avait suscité une vive émotion dans les pays concernés et donné lieu à plusieurs années d’enquêtes et de procédures judiciaires.
Au terme du procès, les juges ont considéré que les lacunes dans la préparation et l’entraînement de l’équipage avaient constitué des éléments déterminants dans la catastrophe. Selon les conclusions retenues par le tribunal, l’équipage n’avait pas été en mesure de réagir de manière appropriée à la situation ayant précédé l’accident.
La défense de Swiftair avait contesté cette analyse lors de l’audience de mars, mettant notamment en avant différents manquements et rappelant le non-lieu prononcé en Espagne dans cette même affaire. Ces arguments n’ont toutefois pas convaincu le tribunal correctionnel de Paris.
La décision a été accueillie avec soulagement par les associations de victimes. La Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac), partie civile dans le dossier, a estimé que cette condamnation constituait « une étape importante dans la reconnaissance des responsabilités pénales liées à cette catastrophe ».
De son côté, Suzanne Aillot, vice-présidente de l’association AH5017 Ensemble, a également salué le verdict après douze années de mobilisation. Elle a souligné que la décision mettait en évidence les manquements reprochés à Swiftair, alors que la compagnie avait, selon elle, tenté de mettre en cause d’autres facteurs, notamment les pilotes ou le fonctionnement du pilote automatique.
« Ça fait des années que, collectivement, avec l’association AH5017 Ensemble, on avait comme objectif d’obtenir un procès », a-t-elle déclaré, évoquant un « sentiment d’aboutissement » après une longue bataille judiciaire.
Le crash du vol AH5017 avait donné lieu à de multiples investigations au Mali, en France, au Burkina Faso et en Espagne. La procédure française s’est finalement concentrée sur les éventuelles responsabilités pénales de la compagnie exploitante, au regard notamment de ses obligations en matière de formation et de préparation de l’équipage.
La condamnation prononcée à Paris intervient ainsi douze ans après l’accident et constitue une nouvelle étape judiciaire pour les familles des 116 victimes, qui ont longtemps réclamé que les responsabilités dans cette catastrophe soient établies.
Abir.N
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