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Abdelaziz Rahabi  (ancien ambassadeur d’Algérie en Espagne) :  « la géopolitique du chaos à nos frontières doit être prise au sérieux »

L’ancien ambassadeur d’Algérie en Espagne, Abdelaziz Rahabi, estime que la récente vague d’arrivées de plus de 60 000 Marocains à Ceuta dépasse largement la seule question migratoire. Dans une interview accordée à TSA, le diplomate considère que cet épisode s’inscrit dans une stratégie de pression diplomatique menée par Rabat et révèle les profondes recompositions géopolitiques à l’œuvre en Méditerranée occidentale.

Selon lui, cette « marche bleue » vers l’enclave espagnole n’est ni un phénomène spontané ni un événement isolé. Il rappelle qu’en mai 2021, plus de 10 000 migrants étaient entrés en quelques heures à Ceuta après l’hospitalisation en Espagne du président sahraoui Brahim Ghali. Quelques mois plus tard, Madrid modifiait sa position sur le Sahara occidental en soutenant le plan d’autonomie marocain. Pour Rahabi, ces précédents illustrent l’utilisation des flux migratoires comme un instrument de pression politique, à l’image de la « Marche verte » de 1975.

L’ancien diplomate n’écarte pas non plus l’hypothèse d’un lien avec la récente adoption, en Espagne, d’une proposition de loi ouvrant la nationalité espagnole aux Sahraouis nés à l’époque où le territoire était une colonie espagnole. Une mesure susceptible de concerner plus de 80 000 personnes ainsi que leurs descendants.

Pour l’Algérie, cette nouvelle crise doit être analysée au-delà des seules relations maroco-espagnoles. Abdelaziz Rahabi estime que la multiplication des acteurs internationaux au Maroc, mais aussi en Libye et au Mali, constitue une source majeure de préoccupation pour la sécurité régionale.

Il souligne que les flux migratoires ne relèvent plus uniquement d’une problématique humanitaire. Ils sont désormais devenus, selon lui, un outil de pression diplomatique et militaire, s’inscrivant dans les nouvelles formes de « guerre hybride ». Face à cette évolution, il appelle l’Algérie à renforcer sa vigilance, compte tenu de l’étendue de son territoire et des défis sécuritaires à ses frontières.

Rahabi estime toutefois que l’Algérie maîtrise aujourd’hui les flux migratoires sur son territoire, notamment grâce à l’intégration d’une partie de la main-d’œuvre étrangère dans les secteurs agricole et du bâtiment. Il met néanmoins en garde contre le risque de voir le pays devenir une zone de rétention des migrants pour le compte de l’Europe, dénonçant un discours européen qui, selon lui, exagère la responsabilité de l’Algérie dans les migrations irrégulières.

Interrogé sur la relative indulgence des Européens à l’égard du Maroc, l’ancien ministre explique cette attitude par les profondes mutations géopolitiques intervenues ces dernières années. Il évoque notamment le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le renforcement du partenariat stratégique entre Washington, Israël et Rabat, ainsi que l’intérêt croissant des États-Unis pour le contrôle des routes maritimes et la sécurité au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

Selon lui, le Maroc bénéficie désormais d’un soutien diplomatique et militaire renforcé de la part de Washington et d’Israël, qui voient dans le royaume un point d’appui stratégique pour leurs intérêts régionaux.

Enfin, Abdelaziz Rahabi estime que l’Espagne se trouve dans une position particulièrement délicate. Entre son attachement historique à la Méditerranée, son soutien traditionnel à la cause palestinienne et les exigences de solidarité au sein de l’OTAN et de l’Union européenne, Madrid est confrontée à un exercice d’équilibre de plus en plus complexe dans un contexte marqué par la montée des tensions régionales et les échéances électorales en Europe.

Synthèse : Sid Ali

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