Une nouvelle étape dans le rapprochement entre Alger et Paris s’est ouverte avec l’arrivée, ce lundi, du ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, pour une visite officielle de deux jours en France. Il s’agit du premier déplacement d’un membre du gouvernement algérien dans l’Hexagone depuis le début de la grave crise diplomatique qui a secoué les relations bilatérales à partir de l’été 2024.
Cette visite intervient après plusieurs mois d’efforts de rapprochement et une série de déplacements de responsables français en Algérie. Après les visites du préfet de police de Paris et ministre de l’Intérieur français Laurent Nuñez en février dernier, puis celles de la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo, du ministre de la Justice Gérald Darmanin en mai, et, enfin, le retour de l’ambassadeur de France en Algérie, voila qu’Alger décide, à son tour de faire un premier pas.
Accueilli à son arrivée par Laurent Nuñez, Saïd Sayoud est accompagné d’une importante délégation de hauts responsables..
Selon les informations communiquées par les autorités algériennes, cette visite s’inscrit dans le prolongement du déplacement effectué par Laurent Nuñez à Alger les 16 et 17 février derniers. Les deux parties doivent tenir plusieurs réunions de travail consacrées aux dossiers de coopération bilatérale.
Au cœur des discussions figurent les questions sécuritaires, la lutte contre le terrorisme, le crime organisé et l’immigration irrégulière. La coopération migratoire, fortement affectée par la crise diplomatique, devrait occuper une place centrale dans les échanges. Selon plusieurs médias français, la question des obligations de quitter le territoire français (OQTF) devrait également être abordée lors des entretiens.
Pour les autorités françaises, cette visite constitue un signal encourageant. Quelques semaines avant ce déplacement, Laurent Nuñez avait évoqué une reprise progressive de la coopération sécuritaire entre les deux pays, estimant que les relations bilatérales entraient dans une nouvelle phase de normalisation.
La crise entre Alger et Paris avait éclaté en juillet 2024 après la décision du président français Emmanuel Macron de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cette prise de position avait provoqué une vive réaction des autorités algériennes et entraîné un gel sans précédent de plusieurs mécanismes de coopération.
Les tensions s’étaient accentuées avec l’arrivée de Bruno Retailleau au ministère français de l’Intérieur à l’automne 2024, dans un contexte marqué par des divergences croissantes sur les questions migratoires et sécuritaires.
Dans les coulisses du rapprochement, l’ancienne ministre française Ségolène Royal affirme avoir joué un rôle de facilitatrice. Élue à la présidence de l’association France-Algérie en décembre dernier, elle avait été reçue par le président Abdelmadjid Tebboune en janvier à Alger.
À son retour en France, elle a rencontré Laurent Nuñez à sa demande afin de préparer son déplacement en Algérie. Selon elle, le chef de l’État algérien avait clairement fait savoir que son pays était disposé à recevoir des responsables français, à condition que ceux-ci renoncent à toute exigence préalable.
« Le président Tebboune m’a dit qu’il était prêt à recevoir des ministres français à condition qu’ils ne posent pas de conditions. C’est ce message que j’ai transmis », a expliqué Ségolène Royal dans un entretien accordé à Beur FM.
Cette approche semble avoir porté ses fruits. La visite de Laurent Nuñez à Alger en février a permis de réactiver plusieurs canaux de coopération et d’amorcer un processus de normalisation des relations entre les deux pays.
Le réchauffement diplomatique s’est poursuivi en mai avec la visite du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, à Alger. À l’issue de son déplacement, celui-ci s’était déclaré « très rassuré » par les conditions de détention du journaliste sportif français Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie depuis près d’un an.
Le garde des Sceaux avait également indiqué avoir évoqué ce dossier avec les autorités algériennes, exprimant l’espoir que le président Abdelmadjid Tebboune puisse contribuer à une issue favorable.
Au-delà des dossiers sensibles, la visite de Saïd Sayoud à Paris apparaît aujourd’hui comme le symbole le plus visible du dégel engagé entre Alger et Paris. Après dix-huit mois d’une crise diplomatique parmi les plus graves qu’aient connues les deux pays ces dernières décennies, les autorités des deux rives semblent désormais déterminées à reconstruire progressivement une relation fondée sur le dialogue et la coopération.
Sid Ali
LA NATION Quotidien National D'information