La célébration de la Journée mondiale de l’enfance constitue une occasion, aux yeux du président du réseau Nada, pour évaluer la réalité des droits de l’enfant et d’identifier les différents risques et violations qui continuent de menacer cette catégorie de la population.
Le président du Réseau algérien pour la défense des droits de l’enfant (NADA), Abderrahmane Arar, a affirmé que l’enfance en Algérie continue de faire face à de nombreux menaces et risques, au premier rang desquels figure la violence sous toutes ses formes, qui touche désormais une large catégorie d’enfants. Il a souligné que ce phénomène demeure l’une des principales préoccupations en matière de protection de l’enfance. Dans ce contexte, il a appelé à l’actualisation et à la révision de la loi sur la protection de l’enfant promulguée en 2015.
S’exprimant hier dans une déclaration accordée à El Houria à l’occasion de la Journée mondiale de l’enfance, M. Arar a expliqué que le phénomène de la mendicité des enfants constitue une question préoccupante qui engendre d’autres problèmes. Les enfants mendiants sont exposés à de nombreux dangers, notamment les agressions sexuelles, le chantage, le harcèlement ainsi que diverses formes d’exploitation. Il a ajouté que le travail des enfants et le décrochage scolaire demeurent de véritables défis. Il a également évoqué les graves atteintes subies par certains enfants au sein même de leur famille, en particulier les agressions sexuelles commises par des proches ou des ascendants. Ces actes laissent des séquelles psychologiques et sociales profondes qui peuvent accompagner les victimes durant toute leur vie.
M. Arar a également attiré l’attention sur la souffrance de nombreuses familles confrontées à ce que l’on appelle l’enlèvement familial d’enfants, résultant de conflits entre époux de nationalités différentes ou résidant dans des pays distincts. Dans certains cas, l’enfant est privé de tout contact avec l’un de ses parents, ce qui affecte négativement son équilibre psychologique et affectif.
Concernant le phénomène des enlèvements d’enfants, il a indiqué que l’Algérie a réussi, depuis 2011, à réduire considérablement ce type de crimes grâce à une approche combinant les dimensions sécuritaire et sociale. Toutefois, certaines affaires enregistrées ces dernières années demeurent inacceptables et nécessitent davantage de vigilance ainsi qu’un renforcement de la dissuasion juridique.
Au sujet du cadre législatif, il a affirmé que l’Algérie dispose de textes importants en matière de protection de l’enfance, mais que la loi sur la protection de l’enfant de 2015 nécessite une révision et une mise à jour, notamment dans les aspects liés à la protection sociale, afin de combler les insuffisances constatées et de renforcer l’efficacité des mécanismes de prise en charge des enfants. Il a insisté sur la nécessité de renforcer le système de protection de l’enfance en accélérant la mise en œuvre des procédures judiciaires, en intervenant immédiatement pour protéger les enfants en situation de danger et en leur assurant un accompagnement psychologique et social contribuant à la reconstruction de la personnalité des victimes de violences et d’abus. Selon lui, la célébration de la Journée mondiale de l’enfance constitue une occasion d’évaluer la réalité des droits de l’enfant et d’identifier les différents risques et violations qui continuent de menacer cette catégorie de la population. Il a souligné l’importance de la mobilisation de tous les acteurs afin de garantir aux enfants un environnement sûr et sain.
Il convient de rappeler que les statistiques officielles publiées par les organismes de sécurité et les institutions nationales en Algérie font état de milliers de cas annuels de violences contre les enfants, sous diverses formes : violences physiques, verbales, numériques (cyberviolence) et agressions sexuelles. L’Organe national de protection et de promotion de l’enfance poursuit, en coordination avec les services de sécurité, le suivi de ces indicateurs afin d’en limiter l’ampleur et de développer des stratégies de défense des mineurs.
Les services de la Sûreté nationale et de la Gendarmerie nationale algérienne enregistrent chaque année entre 5 000 et 6 000 cas de violences déclarées et officiellement signalées contre des enfants à travers le pays. S’agissant de la violence numérique et cybernétique, selon les données officielles documentées par l’Association Jafra de lutte contre la violence numérique, citant le commandement de la Gendarmerie nationale, les services concernés ont recensé 556 victimes mineures (ayant subi du chantage, des menaces électroniques ou du harcèlement en ligne) en 2024. Au cours des premiers mois de l’année 2025, 464 autres victimes mineures ont déjà été enregistrées.
Amel Bici
LA NATION Quotidien National D'information